vendredi 9 janvier 2015

LA CARTOUCHE ET LA PLUME




Larmes, honte, et fierté.
 
Le 6 janvier au petit matin, je publiais un post dont la conclusion mesquine comportait ces mots : «nous sommes en janvier 2015, tout va bien dans le meilleur des mondes…»
 
L'après-midi de ce même 6 janvier, lors d’une réunion de travail je présentais un petit topo qui traitait de violences, de victimes, d’auteurs, de psychotraumatismes, de dissociation, de mémoire traumatique, topo plus que fortement inspiré des écrits de Muriel Salmona.
 
Puis le 7 janvier… pas besoin de faire un dessin… quoique…

 


D'abord les larmes.

J’ai pleuré.

Pleuré des larmes muettes face à cette lâche cruauté.

Pleuré les victimes, toutes les victimes, d’hier, d’aujourd’hui et de demain, ainsi que leurs proches.

Pleuré ceux qui à leur façon ont tenté de libérer la pensée de ses chaînes par un simple trait de plume.

Pleuré l’innocence du citoyen anonyme qui se lève le matin pour aller faire son taf et qui ne rentrera jamais, agent d’entretien, fonctionnaire de police.

Pleuré de tenter d’expliquer l’inexplicable à mes enfants.

Enfant.

Dans mon esprit, loin devant Charlie, l’une des «célèbres» victimes de cet effroyable attentat me renvoie à mon enfance. Ce zigoto à la drôle de tignasse qui me faisait penser à un moine aux côtés du nez de Dorothée. L’innocence de l’enfance. Si un jour on m’avait dit que Cabu terminerait comme ça un matin d’hiver… Expliquer l’inexplicable, l’impensable.

J’ai aussi pleuré les possibles conséquences en tout genre de ce drame, les amalgames, la récupération, et ce musulman que j’ai vu pleurer autant sinon plus que d’autres pendant la minute de silence.


Ensuite la honte.

J’avoue aussi avoir honte d’être ce citoyen moyen, ronchon, qui ne ressentait quasiment plus rien le matin devant son bol de café lorsque la radio relatait qu’un énième attentat avait fait des dizaines de morts loin de chez lui.

Honte de cracher régulièrement à la gueule des fonctionnaires alors que nombre d’entre eux défendent nos libertés, courent sauver des vies, traquent au péril de la leur ceux qui sèment la terreur et la mort.

Honte d’entendre cette petite poignée d’irresponsables politiques fissurer cette fameuse union nationale à peine née en se querellant au sujet d’une marche républicaine.

Honte face aux premiers incidents visant la communauté musulmane.


Enfin et surtout la fierté.

Malgré tout je suis fier.

Fier de faire partie de ce peuple qui se donne la main, de cette démocratie qui fait malgré tout bloc avec dignité et respect.

Fier de ce message de paix qui s’est répandu à la vitesse de la lumière à travers le monde. Quelle magnifique pandémie. Propageons la plus encore.

Fier de voir fleurir textes émouvants, images saisissantes et même dessins «humoristiques» nés de cette tragédie.

Soyons convaincus et faisons tous en sorte que face à la plume, la cartouche ne fasse jamais le poids.

Laissons couler l’encre, pas le sang.



Les mots comme les larmes : c’est moi.

L'illustration : pour une fois j’ai tenté de prendre ma plume pour ça aussi.


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