vendredi 28 juin 2019

AVEC DES SI ON METTRAIT LA PMI EN BOUTEILLE ?


Je sais : rien ne va plus à l’hôpital, les services des urgences sont en crise, la médecine générale est désertée.

Mais je vous rassure, né en 1945 par ordonnance non pas médicale mais ministérielle, un maillon mal connu, peu reconnu de la chaîne de notre système de santé frise la rupture si rien n’est fait pour le sauver dans un délai raisonnable.

Médecine préventive à vocation universelle ciblée sur la planification familiale, le suivi des grossesses ainsi que des enfants jusqu’à l’âge de six ans, la mal nommée Protection Maternelle et Infantile est tout autant malmenée que la médecine hospitalière ou la médecine générale sinon plus.

Mal nommée car si à l’origine au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale sa vocation était de lutter, protéger contre la mortalité infantile, le contexte actuel est bien différent et le mot « Protection » porte à confusion avec la protection de l’enfance. Sa substitution par « Prévention Maternelle et Infantile » ou « Promotion Maternelle et Infantile » serait une première étape symbolique pour modifier le regard des citoyens comme des professionnels sur un service public pour tout public.

Portée par les Conseils Départementaux (ex Conseils Généraux), elle souffre d’une forte hétérogénéité sur le territoire, dépendant essentiellement du budget que les élus peuvent ou parfois veulent lui allouer mais aussi des priorités et des visions politiques de chaque assemblée départementale. A la décharge des élus départementaux, l’Etat comme l’Assurance Maladie ne se sont pas bousculés pour leur venir en aide.

Petit aperçu d’une PMI en crise:

-en vingt ans, le nombre d’enfants vus en consultation en PMI a diminué quasiment de moitié passant de 900 000 à 550 000. Vu l’état de la démographie des pédiatres libéraux et des médecins généralistes sur le même laps de temps, il y a peu de place pour un effet de vases communicants.

-le budget général de la PMI a diminué de 4 % entre 2013 et 2017.

-de nombreux postes de médecins sont vacants alors même que deux tiers des médecins de PMI en poste atteindront l’âge de la retraite d’ici 2020.

Il paraît pourtant que la prévention serait un axe prioritaire de la Stratégie Nationale de Santé et bénéfique tant pour la population que pour les finances publiques.

L’heure n’est plus à tirer la sonnette d’alarme mais à pratiquer le massage cardiaque.

Dans cet objectif, un rapport intitulé « Pour sauver la PMI, agissons maintenant ! » (en lien ici) a été présenté par la députée Michèle Peyron. Il contient plusieurs propositions ainsi que le budget nécessaire pour les mettre en oeuvre : 100 millions d’Euros, une somme homéopathique.

Hasard du calendrier d’une fin de mois de juin caniculaire où les millions d’Euros se télescopent, la Commission de la transparence de la Haute Autorité de Santé a voté ce 26 juin le déremboursement de l’homéopathie pour cause d’efficacité non prouvée. Si la ministre de la santé actait cet avis, ce serait possiblement 126 millions d’Euros d’économie. Imaginons les économies potentielles si dans le domaine médical tout ce qui n’a pas fait la preuve de son efficacité voire mieux, si tout ce qui a fait la preuve de son inefficacité était déremboursé.

Pour le moment nous en sommes là, plutôt Madame Agnès Buzyn, Ministre des Solidarités et de la Santé en est là avec d’un côté un rapport pour sauver la PMI à 100 millions d’Euros par an, de l’autre un avis de la HAS sur un déremboursement avec à la clé une économie évaluée à 126 millions d'Euros par an.

Et si on faisait se communiquer les vases. 

Et si l'homéopathie finissait par sauver la peau de la PMI, quel beau tour d'honneur. 

Mais si Avis et Rapport finissent leur vie comme tant d’autres au fond d’un tiroir ministériel…

Avec des si.

mardi 30 avril 2019

PROJET DE VACCINATION UNIVERSELLE CONTRE LE PAPILLOMAVIRUS (HPV). NOUS, MÉDECINS ET PHARMACIENS INDÉPENDANTS DE L'INDUSTRIE PHARMACEUTIQUE DÉNONÇONS L'APPEL DES 50 AU NOM DE L’INTÉGRITÉ ET DE LA RAISON

Deux phrases d’une de mes récentes lectures se sont profondément inscrites dans mon esprit comme si la force de frappe d’une vieille machine à écrire en avait imprimé chaque mot sur la zone cérébrale appropriée.

«Les êtres humains pensent en récits, plutôt qu'en faits, en chiffres ou en équations. Plus le récit est simple, mieux ça vaut.»

La médecine ne me semble pas déroger à cette idée. Nombre de décisions médicales découlent probablement de la subjectivité de récits d’expériences. Ces récits ont leur importance, la transmission de ces expériences est nécessaire. Cependant, elles ont d’autant plus de valeur lorsqu’on s’attelle à les confronter à l’objectivité froide des faits, des chiffres, des équations statistiques. Cela devient alors un exercice compliqué, pertinent, primordial. Mais terriblement difficile car il implique la remise en question, la reconnaissance de ses erreurs, la rectification du tir. L'exercice devient d'autant plus nébuleux lorsque le récit médical, outre sa subjectivité et l’émotion qui l’accompagne est infecté par ce que l’on se délecte à nommer à la sauce british les fake news. Encore plus complexe lorsque les faits, les chiffres, les statistiques, outre leur froideur répulsive sont biaisés, pollués par certaines interprétations hasardeuses, quelques conclusions rapides, voire parfois tout bonnement manipulés par l’appât du gain.

Comment le patient peut-il s'y retrouver au milieu de cet imbroglio ? D'ailleurs médecins et soignants sont-ils toujours mieux éclairés ? Très éclairants ? A condition d’avoir une once d’humilité de le laisser libre de faire son choix, comment le patient peut-il décider sereinement ?

L’exemple de la vaccination contre le papillomavirus humain (HPV) :

Perdus entre d’un côté fake news et récits catastrophes dont se gargarisent des antivax contaminant la toile à la vitesse de la lumière et de l’autre les raccourcis dogmatiques de certains porte-voix médiatiques de la médecine sponsorisés pour affirmer que le vaccin protège contre une pelletée de cancers véritables fléaux de santé publique d’où l’urgence absolue de sa généralisation étape pré-obligation, comment s’étonner de la perte de confiance de patients et de parents sidérés par le doute ?

C'est pourquoi, face à l’ubiquité des fake news médicales, des récits subjectifs, et des statistiques tronquées, malgré le risque d’être catégorisé dans un camp dont je ne suis pas ni de loin encore moins de près, il me semblait important de relayer le texte qui suit dont un site dédié est consultable sur ce lien.

Sylvain Fèvre


Dans un appel diffusé le 20 mars 2019, 50 médecins, sociétés savantes, sociétés professionnelles, sociétés privées, syndicats médicaux et associations de patients, appellent à la généralisation du vaccin contre le papillomavirus humain (HPV) et à l’extension de son indication aux garçons afin, disent-ils, d’éliminer les cancers dont ces virus seraient responsables.

28/04/2019. Nous, médecins et pharmaciens indépendants de l’industrie pharmaceutique, dénonçons le non-respect de la loi par les signataires de cet appel et nous opposons à la généralisation de ces vaccins en raison des incertitudes majeures qui pèsent sur leur rapport bénéfice-risque et coût-efficacité.

Cette page est une version résumée et non référencée de notre droit de réponse complet que vous pouvez télécharger ci-dessous.



Un « appel des 50 » ne respectant pas l’obligation de déclaration des liens et conflits d’intérêt


Sur l’«appel des 50», aucune mention n’est faite des liens d’intérêts des professionnels et des sociétés ou associations avec les trois fabricants des vaccins contre le HPV.

Une analyse approfondie retrouve 1 611 066 euros d’avantages et rémunération provenant des fabricants des vaccins contre le HPV pour l’ensemble des signataires, répartis ainsi : 223 765 euros pour les individus et 1 387 301 euros pour les entités qu’ils gèrent.


Dans l'«appel des 50», les conflits d'intérêts sont omniprésents. On les retrouve au niveau des «leaders d'opinion» mis en avant, des groupes d'experts, des sociétés de formation médicale continue. Or, ces intervenants ont l'oreille de leurs confrères qui voient en elles des références fiables dans une discipline médicale en constante évolution.

Concernant les associations de patients de l'appel, quatre d'entre elles ont des conflits d'intérêts directs et deux d'entre elles sont en relation étroite avec un leader d'opinion qui déclare les avoir créées.


Un bref retour en arrière


En février 2007, Xavier Bertrand, ministre de la santé, court-circuite les instances scientifiques et l'avis obligatoire de la commission de la transparence. Avant qu'elles n'aient eu le temps de se prononcer, il annonce le remboursement du vaccin, au nom de l'urgence générée par «la pression médiatique».

Pourtant, en mars 2007, le groupe de travail chargé de l'évaluation du vaccin, prenant en considération la diminution rapide de l'incidence du cancer du col en France, demandait de prioriser le dépistage organisé et n'évoquait aucune urgence.



L’efficacité du Gardasil® pour réduire l’incidence du cancer du col de l’utérus n’a jamais été démontrée


Effectués dans le cadre d’une procédure accélérée, les essais cliniques n’avaient pas pour critère d’évaluation l’efficacité du vaccin quadrivalent contre le cancer. Il a seulement été admis de manière contestable par la Food and Drug Administration (FDA) puis par l’Agence européenne du médicament (EMA) que le vaccin présentait une efficacité partielle sur les lésions précancéreuses de haut grade. Cette efficacité a été considérée comme un critère intermédiaire ou de substitution pour la prévention du cancer.


Un «appel des 50» qui utilise des artifices de communication propres au marketing et dont la rigueur scientifique est absente


Les économies envisagées dans l’«appel des 50» demeurent purement hypothétiques. En revanche le coût d’une vaccination offerte gratuitement par l’Etat est bien réel. Au prix actuel du Gardasil 9® hors taxes, soit 113 euros la dose il en coûterait pour vacciner 100% des garçons et des filles à partir de 11 ans avec un rattrapage jusqu’à 19 ans, deux doses jusqu’à 14 ans et trois doses à partir de 15 ans selon les recommandations 1,9 milliards pendants les deux premières années puis 180 millions d’euros annuels en vaccination de routine.

Par ailleurs, il n’a pas été démontré que le Gardasil®️ réduisait les lésions précancéreuses de haut grade des garçons, cette efficacité demeure donc purement spéculative.


Des incertitudes sur la sécurité des vaccins quadrivalents et nonavalents Gardasil®️ et Gardasil 9®️


Une étude de qualité et indépendante faite par l'ANSM et l'Assurance Maladie en 2015 a bien montré un risque accru de syndromes de Guillain-Barré chez les jeunes filles vaccinées.

Il faut noter également que la revue Prescrire indique que le pourcentage de réactions sévères locales est multiplié par deux avec le Gardasil 9®️ par rapport au Gardasil®️ passant de 2,7% à 4,5%.


En conclusion


Notre propos est de montrer ici comment les intérêts privés, lorsqu’ils sont relayés par des personnalités et des organismes présentant des conflits d’intérêts peuvent orienter les politiques de santé vers des interventions non prioritaires au coût élevé, aux risques mal évalués et aux bénéfices incertains.


La vaccination anti-HPV est un cas d’école du «ghost management» (gestion fantôme) employé méthodiquement par les industriels : un management total, une gestion invisible, mais omniprésente, de tous les niveaux de la recherche, de la formation et de l’information médicales.


Pour tous ces motifs, non exhaustifs, et en raison des très fortes incertitudes qui persistent sur ce vaccin, au contraire des signataires de l’«appel des 50», nous, médecins et pharmaciens indépendants de l’industrie pharmaceutique, considérons qu’un moratoire sur ces vaccins est nécessaire.

Et pour qu’enfin, en toute transparence, les médecins et les patients puissent se déterminer sur la réelle balance bénéfice/risque de la vaccination anti HPV, nous demandons une commission d’enquête parlementaire.

Cette page est une version résumée et non référencée de notre droit de réponse complet que vous pouvez télécharger ci-dessous.



Les 15 signataires : Jean-Baptiste Blanc, Rémy Boussageon, Philippe De Chazournes, Sylvie Erpeldinger, Sylvain Fèvre, Marie Flori, Marc Gourmelon, Jean-Claude Grange, Christian Lehmann, Claudina Michal-Teitelbaum, Joël Pélerin, Armel Sevestre, Bertrand Stalnikiewicz, Amine Umlil, Martin Winckler

Déclarent ne pas recevoir la visite médicale et n’avoir aucun conflits d’intérêts en ce qui concerne les vaccins anti-HPV ou avec toute entreprise du domaine de la santé.

Blogs/sites/twitter : Jean-Baptiste Blanc Chroniques d’un jeune médecin quinquagénaire/@Dr_JB_Blanc, Philippe De Chazournes Med’Océan/@Medocean974, Sylvain Fèvre ASK/@SylvainASK, Marc Gourmelon @mgourmelon, Jean-Claude Grange De la médecine générale, seulement de la médecine générale/@docdu16, Christian Lehmann En attendant H5N1/@LehmannDrC, Claudina Michal-Teitelbaum @MartinFierro769, Bertrand Stalnikiewicz dr.niide.over-blog.com/@docteurniide, Amine Umlil CTIAP/@amine_umlil, Martin Winckler L'école des soignant.e.s/@MartinWinckler


Site dédié à cette question consultable sur ce lien.

mercredi 30 janvier 2019

SEX, DRUGS & ROCK N'ROLL ?



Malgré des critiques peu engageantes, Bohemian Rhapsody, film retraçant l’histoire du légendaire groupe Queen et de son charismatique chanteur Freddie Mercury est incontestablement un succès. Le public s’est déplacé en masse redécouvrir ou découvrir des tubes planétaires, une voix mythique, un guitariste légendaire, que de qualificatifs hors norme. Outre son impact commercial facilement évaluable, peut-on imaginer d’autres répercussions moins palpables de ce genre de film sur une population ?

Sex, drugs, rock’n roll et santé ?

Passer un bon moment au cinéma participe au bien-être individuel. A ce titre, exactement comme on peut l’entendre pour le sport ou le travail, la culture c’est la santé. Raccourci un peu bateau j’en conviens, et pas si évident à appréhender en fonction du regard de chacun. D’où l’idée de croiser mes propres regards sur ce film en particulier vu par des millions de personnes. Mes regards au pluriel car dès que l’on pose ses yeux et ses sens sur un livre, un film, une œuvre au sens large, ce qui naît de cette rencontre dépend en partie de ce qui nous a construit et de ce que nous sommes.

Au-delà du rock, du show, l’être, l’homme, le mari, le père, et, déformation professionnelle oblige, le médecin a ainsi vu de nombreux sujets abordés dans ce film : la sexualité, la drogue, l’alcool, les excès en tous genres, les conduites à risque, l’homosexualité, le questionnement sur son identité sexuelle, la solitude face à ce questionnement, la maladie, le sida, la vie, la mort. Bref, sur fond de We will rock you, Somebody to love, Bohemian Rhapsody, ces différents thèmes sont venus en permanence percutés l’être, l’homme, le mari, le père et le médecin que je suis. Cela peut-il avoir un impact sur mon comportement ? Au vu du nombre d’entrées, cela peut-il avoir un impact significatif sur une population ? La culture peut-elle contribuer même ponctuellement à actionner un des leviers de la prévention ? La culture est-elle accessible aux populations les plus fragiles, les plus à risque ? Participe-t-elle à diminuer ou accroître les inégalités de santé ? Que de questions auxquelles il est probablement difficile de répondre de façon simple et tranchée.

Et si l’on remplaçait le terme « culture » de ces interrogations par le mot « médecine » ? Voilà ce que cela donne : La médecine peut-elle contribuer même ponctuellement à actionner un des leviers de la prévention ? La médecine est-elle accessible aux populations les plus fragiles, les plus à risque ? Participe-t-elle à diminuer ou accroître les inégalités de santé ? Que de questions auxquelles il est également difficile de répondre de façon simple et tranchée, preuve que culture et médecine ont quelques points communs.

Le regard de l’homme, du mari, du père, du médecin, mais encore ?

Tignasse à la Kurt Cobain, questionnements sur la vie, sur l’avenir, besoin de s’affirmer, quête d’identité, jouer à faire comme les stars, c’est aussi le regard de l’ex ado qui peut venir enrichir la réflexion. Comment un ado, un être qui se questionne et se construit peut-il voir, comprendre ou traduire aujourd’hui les succès, les fragilités, les excès passés de Freddie ?

Ce film, Bohemian Rhapsody, constitue pour moi une sorte de piqûre de rappel dont la primo-vaccination remonte aux années quatre-vingt-dix. Il a fait revenir en boomerang des bribes de vie de la fin du siècle dernier. J’étais adolescent à la mort de Freddie Mercury, loin de moi l’idée à cette époque-là de devenir médecin un jour. Pour rafraîchir la mémoire des médecins et de tous aujourd’hui, l’homosexualité n’apparaissait plus comme « trouble de la sexualité » dans les manuels de psychiatrie que depuis une dizaine d’années seulement (1981). Pour contextualiser le propos, nous étions donc relativement loin du « mariage pour tous ». Et c’est déjà le cinéma qui a eu sur moi cet effet que j’aurais du mal à qualifier et qui a peut-être joué un rôle sur ce que j’allais devenir. Et c’est l’école qui m’a emmené ce jour-là au cinéma, au milieu des années quatre-vingt-dix.

Ecole, éducation, culture, prévention, santé ?

Je suis lycéen et notre professeure de Sciences de la Vie et de la Terre envers qui je suis extrêmement reconnaissant pour tout ce qu’elle a su me transmettre décide d’emmener sa classe voir Philadelphia.


L’enseignante avait sans doute trouvé avec ce film matière à aborder des thèmes de son programme. C’était aussi pour elle un moyen d’instaurer le débat entre ses élèves et de les inviter à la réflexion autour de l’homosexualité, la maladie, la transmission du VIH. La prof, ma prof contribuait tout bonnement à faire de la prévention. Je n’ai jamais revu ce film mais je serais curieux de le revoir avec mes yeux non plus d’ado mais d’homme, de mari, de père et de médecin. Je suis certain qu’il m’a laissé quelques traces mnésiques lorsque quelques années plus tard, devenu étudiant en médecine, je posais mes mains maladroites sur des corps meurtris au fond des lits d’hôpitaux. Ou encore lorsque devenu interne sur un territoire où cette foutue maladie sévit plus qu’en métropole, le souffrant qui se savait condamné cherchait à planter ses pupilles dans mon regard fuyant. Mes regards au pluriel. Dès que l’on pose ses yeux, ses mains et ses sens sur un corps, un visage, un être au sens large, ce qui naît de cette rencontre dépend en partie de ce qui nous a construit et de ce que nous sommes. Mon regard fuyant. Fuir la réalité de la vie, la proximité de la mort, s’évader dans les rues, dans les rues de Philadelphie. Dès que les premières notes retentissent, l’être, l’homme, le mari, le père, le médecin que je suis devenu se retrouve aussitôt dans la peau de l’ado qu’il était, s’enfonçant dans son siège, s’efforçant de retenir ses larmes, au milieu d’une salle de cinéma, à la fin de Philadelphia.

Streets of Philadelphia, Bruce Springsteen, Sex, Drugs, & Rock n’Roll.



Le mot « drug » peut se traduire de deux façons : drogue et médicament. Bien que nous soyons sur un blog de médecin, il a été pour le moment peu question de médicament. Patience, ça arrive. Mais plusieurs jalons devaient être posés et surtout, le principe ici est toujours d’inviter à la réflexion, de voyager vers le questionnement. Tout ce qui précède peut-être transposé à ce qui va suivre. Tout ce qui va suivre est sans doute à voir avec plusieurs regards. C’est le croisement des regards qui enrichit la pensée.

Aurions-nous pu sauver le soldat Freddie ?

Avec nos armes actuelles, nos outils de prévention, Queen remplirait-il toujours les stades du monde ? The show must go on




L’affiche ci-dessus invite à utiliser un des moyens de prévention à disposition, à savoir la prise d’un médicament antirétroviral (Truvada) contre l’infection par le virus VIH par des personnes non infectées mais exposées à un haut risque de contamination. Cette méthode s’appelle « PrEP » pour Pré (avant) – Exposition (contact avec le VIH) – Prophylaxie (prévention de l’infection). Il s’agit d’une prescription encadrée et ciblée dont la Haute Autorité de Santé donne des précisions : La prophylaxie pré-exposition (PrEP) au VIH par TRUVADA.

Tous les outils de prévention contre cette terrible infection sont à considérer.

Celui-ci s’est confronté à nos questions précédentes sur la culture et la médecine : Cette méthode est-elle accessible aux populations les plus fragiles, les plus à risque ?

Il semblerait que non puisque peu connue de la population ciblée, une campagne nationale de promotion de la PrEP a été lancée durant l’été 2018. Il est ainsi possible d’en voir des affiches sur les panneaux publicitaires des arrêts de bus par exemple avec l’hypothèse que diffusée dans la population générale, l’information atteindra la population à risque. Si effectivement par ce biais des contaminations peuvent être évitées, nous ne pouvons que nous en réjouir.

Malgré tout, comme dans toute démarche, que celle-ci soit curative ou préventive, je me pose la question de la balance bénéfices-risques de ce genre de campagne : quel impact peut-elle avoir sur la population générale ? Quel effet sur le comportement individuel du mari infidèle, de la quinqua divorcée à la recherche du prince charmant, du petit groupe d’ado en quête d’expériences nouvelles, et ainsi de suite ? Quels effets collatéraux sur toutes ces personnes qui attendent le bus sans forcément conscientiser les différents messages, la masse d’images et d’informations non filtrées, non accompagnées qui les traversent ? Il y a souvent un delta entre l’information communiquée et l’information reçue. On peut ici imaginer que l’affiche inscrive mentalement l’idée du médicament salvateur pour tous, avant comme après un rapport sexuel, et que bien que certains soient remboursés depuis peu, les préservatifs qui protègent contre le VIH et d’autres infections sexuellement transmissibles passent à la trappe. Autrement dit, la rencontre d’un message aussi louable soit-il et de l’esprit ne peut-il pas renforcer le comportement bénéfique pour un individu tout en précipitant un autre moins averti, peu disposé, dans une conduite à risque ?

Dans une société dans laquelle la marchandisation des corps est en marche à vive allure, où la médicalisation des moindres recoins de l’intimité de la vie s’étend chaque jour un peu plus, où la frontière entre campagne préventive et campagne publicitaire n’est pas toujours très nette, où l’on observe fréquemment que la surpuissante industrie pharmaceutique aux manettes a la fâcheuse tendance à médicamenter toujours plus pour gagner encore plus, où il suffit d’un click pour commander des pilules en ligne, où malgré le célèbre message « les antibiotiques c’est pas automatique », nous sommes toujours confrontés à des résistances bactériennes inquiétantes, que les virus s’emparent également de cette capacité à résister, ce sont toutes ces questions et ces aspects qui viennent se percuter car les choses sont souvent beaucoup plus complexes qu’on ne veut le présenter.


Are we the champions, my friends ?

Sex, drugs & rock n’roll. 



mardi 4 décembre 2018

LES PETITS PAS ?



Cinq ans déjà.

Cela fait cinq ans qu'était régulièrement dénoncée en ces murs l'invitation faite aux femmes sans antécédent à réaliser une mammographie de dépistage dès l'âge de quarante ans en dehors de toute recommandation scientifique.

Oui, dilatez- vous les pupilles, remontez vos lunettes sur vos tarins, vous avez bel et bien lu : « EN DEHORS DE TOUTE RECOMMANDATION SCIENTIFIQUE ».
Nom d'un chien !

Pour certains, la première salve d'alerte comparait maladroitement le mammobile à la papamobile. Pourtant, la métaphore était calculée au millimètre puisque nous sentions bien là toutes les effluves d'une médecine de paroisse, une spécificité locale, une expérimentation vouée à prendre son temps. Le temps étant de l'argent, gagner du temps, c'est gagner de l'argent, tout simplement.

L' Agence Régionale de Santé fut informée, l'Institut National du Cancer (bien connu de l'actuelle ministre de la santé) fut alerté.

Puis...

Rien. Nada. Que tchi.

Depuis, des mammobiles sont passés sous les ponts.

Des nanas ont laissé leurs seins sous les rayons.

Des piqûres de rappel ont été projetées dans la toile sous une forme et sous une autre.

Silence. Silence silencieux. Très silencieux.

Notre société est ainsi. Il est tellement plus important de savoir que telle star du web s'est fait bouillir des nouilles, que telle autre starlette à la nouille a mis ses chaussettes à l'envers, photos à l'appui partagées instantanément sur tous les réseaux sociaux possibles.

Je me suis souvent posé la question du rôle de l'Ordre des médecins sur ce sujet.
L'Ordre est avant tout là pour le respect de la déontologie, pas pour des questions scientifiques. On l'a cependant entendu applaudir de ses plus fermes paluches l'extension de l'obligation vaccinale. On l'a aussi vu s'émouvoir sur les Brutes en blanc de Martin Winckler dénonçant certaines pratiques médicales.

Mais.

Mais pas le moindre mouvement de sourcil quant à cette pratique du dépistage organisé du cancer du sein dès quarante ans alors qu'il s'agit d'un âge où les risques de sur-diagnostic et de sur-traitement sont plus importants que les bénéfices.

Ne peut-on pas considérer là qu'il est question d'information déloyale et trompeuse sur cette tranche de la population, donc de déontologie ?

Ce qui est certain, c'est qu'enfin, après cinq ans, malgré la timidité de l'Agence Régionale de Santé et de l'Institut National du Cancer, malgré le silence de l'Ordre médical, alors que pas plus tard qu'en fin d'année dernière encore les femmes de quarante ans recevaient à leur domicile l'invitation à ce dépistage, désormais, le message est rétabli. Le mammobile se déplace toujours de villes en villes avec le chiffre cinq masquant le chiffre quatre. Enfin, la brebis égarée est rentrée dans le rang de la bergerie.


On ne connaîtra pas l'origine de ce basculement. Mais quelques noms me viennent en tête car je pense qu'ils ont largement contribué à ce petit pas.

Je pense à :





Aux membres de Cancer rose avec une mention spéciale à la fougueuse radiologue 

Aux sites journalistiques Dis-leur et APM News.

Mais j'en oublie d'autres.

Cinq ans. Cinq ans déjà. Mais cinq ans c'est tellement long pour ce petit pas.

Un petit pas pour le dépistologue, un grand pas pour ?

La vie n'est pas toujours rose, donc quand certains veulent la rendre rose au mois d'octobre, petit conseil : faites un petit pas de côté. Le débat de ce dépistage dès quarante ans semble clos, reste désormais à réaliser quelques pas sur celui à partir de cinquante ans ?

mercredi 27 juin 2018

UN DE PERDU DIX DE RETROUVÉS ?



L’aînée a dix ans, la cadette en a six, le petit dernier vient de souffler ses trois mois.

J’ai suivi et vacciné les deux grandes.

J’ai accompagné comme j’ai pu la maman durant une période de sa vie qui ne laissait pas présager un long fleuve tranquille.

Puis les choses semblent s’être « tassées » comme on dit.

Le petit dernier est alors arrivé.

Lors de la consultation du deuxième mois, cette maman m’explique qu’elle est bien embêtée car le papa (que je n’ai jamais rencontré même pour les plus grandes) refuse « les onze nouveaux vaccins ».

Suivent alors de longues explications.

—Ce ne sont pas des vaccins nouveaux. Ce sont les mêmes que pour vos filles.

—Oui mais pour les filles, on avait refusé celui contre l’hépatite B.

On parle, on rassure, elle est d’accord, elle.

Je propose un compromis.

—Je peux vous prescrire le vaccin sans hépatite B dans un premier temps si c’est cela qui bloque. Et revenez avec votre mari.

Le rendez-vous est fixé une semaine plus tard.

La semaine passe.

Elle revient, seule.

—Je suis désolée. Je n’ai pas réussi à le faire venir. Et il refuse le vaccin même sans hépatite. Avec toutes ces histoires autour des vaccins, il se méfie de tout. Ce qu’il acceptait pour les filles, maintenant il le refuse. D’ailleurs à l’époque il ne se posait pas toutes ces questions. C’est sur internet qu’il trouve des trucs qui le braquent. On s’est engueulés. Je vais encore essayer, mes beaux-parents aussi vont essayer. Pouvons-nous reprendre un rendez-vous ?

Elle revient, avec son enfant de trois mois, sans son mari.

Les choses se sont peut-être « tassées » comme on dit.

—Docteur, on n’a pas réussi. Il ne veut rien entendre. Il s’est engueulé avec ses parents. On s’est encore engueulés nous aussi.

Alors j’examine ce petit bout de chou. On discute.

Je questionne : pourquoi l’avis de ce papa pèserait-il plus que celui de cette maman ?

Je me souviens de propos de certains confrères : « Si refus vaccinal, alors je ne m’emmerde pas à suivre l’enfant, ouste, du balai ! »

Impossible pour moi face à cette maman de prendre cette option bien étonnante lorsqu’on se dit « soignant ».

Je creuse : les engueulades ont-elles pour seul motif la vaccination du petit dernier ? D’autres moments de tension pour ne pas dire violences émergent-ils de temps en temps, comme lorsque les grandes étaient petites, cette période de long fleuve agité ?

Je repense à certains points lus dans le bulletin de l’ordre des médecins de mai-juin 2018 :





Cela peut-il m’aider dans cette situation ? L’enfant ne va pas en collectivité et sera scolarisé dans trois ans.

La « CRIP » est le service auquel nous devons signaler les situations d’enfants que nous suspectons être en danger.

Les sanctions : deux ans de prison, trente mille euros d’amende.

En m’installant dans la posture du père fouettard, vais-je aider cette maman ?

Quelle balance bénéfices / risques pour cette situation ?

Le delta entre le cadre général et la singularité des situations, entre la théorie et la pratique, entre les bureaux cossus des hautes sphères et la rugosité de la réalité du terrain.

J’ai renouvelé ma disponibilité pour rencontrer ce papa. J’ai fixé un nouveau rendez-vous à ce petit et sa maman. On marche pour le moment sur un fil, il faut éviter qu’il cède. Avant tout ne pas nuire.

Certains parient : un de perdu dix de retrouvés.

En rigidifiant la loi sur l’obligation vaccinale, on peut observer parfois qu’un de perdu c’est vraiment un de perdu, et que ça peut même être un de perdu là où l’on avait en grande partie gagné.

Un de perdu, c’est dix de retrouvés, mais si en même temps, EN MÊME TEMPS, un de retrouvé c’est dix de perdus, alors je vous laisse faire le bilan des courses.

Pour en savoir plus sur l’illustration et faire le lien avec ce billet, voici le mot clé : Danaïdes.