jeudi 18 mai 2017

UN GRAIN DE SABLE DANS LA CHAUSSURE DE ?

Trois jours avant l’heure fatidique de souffler ses quarante bougies, une femme que je connais plutôt bien m’a transmis l’invitation qu’elle venait de recevoir.

La voici : 



Celles et ceux qui fréquentent ce blog connaissent ma position au sujet de ce dépistage systématique avant cinquante ans. L’important n’est pas mon avis mais celui des institutions officielles.

Par exemple, allons voir ce qu’on peut lire sur le site de l’Institut National du Cancer :

Tout est là : http://www.e-cancer.fr/Comprendre-prevenir-depister/Se-faire-depister/Depistage-du-cancer-du-sein/Vous-avez-moins-de-50-ans


Autre institut officiel et garant des recommandations et bonnes pratiques médicales en France, la Haute Autorité de Santé :





On trouve sur le site de la HAS une note de cadrage sur ce thème datant de mars 2013 : 




Voilà sa conclusion sur la mammographie de dépistage systématique chez la femme de 40 à 49 ans :


 
A la lecture des écrits de ces deux hautes institutions nationales, inutile de dire qu’il semble aisé de décliner l’invitation à se rendre près du boulodrome, avenue de l’Égalité… Il est si clair que pendant que des mecs jouent aux boules, on jouerait aux apprentis sorciers avec les seins des femmes.

Pourtant, tout n’est pas si simple car nous n’avons pas tous accès au même niveau d’information et d’éclaircissement.

Et on pourrait avant tout se poser la question suivante : non mais attendez, la position officielle est claire alors comment se fait-il que l’on propose ce dépistage qui serait inefficace mais surtout potentiellement dangereux ?

Allons un peu plus loin.

Nouveau Président, nouveau gouvernement, nouvelles méthodes ? En marche toute !

La santé.

Un médecin à la santé.

Une nouvelle ministre de la santé a été nommée, professeure de médecine, hématologue.

La presse semble emballée par ce gouvernement et cette ministre au parcours sans faille.

Agnès Buzyn, notre nouvelle ministre de la santé fut avant-hier Présidente de l’Institut National du Cancer (2011-2016).

Hier elle était Présidente de la HAS (2016-2017).

La voilà depuis le 17 mai 2017 ministre des Solidarités et de la Santé.

Qu’a fait le Docteur Buzyn pour freiner les femmes de 40 à 49 ans en marche vers les mammobiles pour se soumettre à un dépistage inutile voire dangereux comme le signalent les deux institutions qu'elle a présidées ?

Rien lorsqu’elle était à la tête de l’INca.

Pas plus lorsqu’elle était à la tête de la HAS.

Osera-t-elle enfin enclencher la marche arrière sur ce sujet désormais qu’elle est en charge du ministère des Solidarités et de la Santé ?


Rien n’est moins sûr car je crains qu’elle ne sente ce microscopique grain de sable dans sa chaussure de ministre en marche toute. 




jeudi 4 mai 2017

ÉVICTION PRÉSIDENTIELLE ?



Rien.

Personne.

Aucune leçon.

Ce blog n’est rien si ce n’est une bouteille à la mer numérique pouvant percuter deux ou trois naufragés hagards.

Je ne suis personne si ce n’est un citoyen lambda, non encarté, non militant, peu courageux.

Et surtout, je n’ai aucune leçon à donner à qui que ce soit sur quoi que ce soit.


Elle.

Elle, je l’aime.

Parfois, elle me déçoit, elle m’emmerde, je râle après elle. Mais c’est justement parce que je l’aime tant et qu’elle mérite tellement mieux. Peut-être suis-je parfois trop exigeant envers elle. Je lui dois beaucoup, elle ne me doit rien. J’ai rarement envisagé la quitter, elle est si belle, putain qu’elle est belle.

Elle, c’est la France, mon pays, ma patrie.

Afin qu’elle conserve sa beauté, que je ne râle pas trop sur elle, il y a plusieurs points à respecter. J’ai, moi, petit citoyen lambda sans leçon à donner, à me retrousser les manches et assumer mes responsabilités au quotidien. Puis, pour éviter que ce soit trop le bordel, tous les cinq ans on me demande de participer au choix de la personne à qui les clés de ce fabuleux pays seront remises.
Évidemment, ça serait trop simple si on était tous d’accord sur la personne à qui les remettre ces fameuses clés. C’est pourquoi est organisée une élection présidentielle.

Alors voilà, on est à la veille de la remise des clés. Il y a eu une longue campagne, ça a fighté dans tous les coins.

Au final, je crois que l’on peut qualifier cette affolante édition d’éviction présidentielle.

Rien, personne, aucune leçon à donner, mais dimanche j’irai participer à la finale de cette éviction présidentielle.

Il y a une multitude de raisons et de facteurs dans un choix ou un non-choix. En fouillant dans les tiroirs de ce blog de partage d’expériences médicales, j’ai retrouvé deux billets, un datant de 2013, l’autre de 2014, ayant pu influer sur ce que je ferai dimanche.

Voici le premier :

ÉTRANGITUDE :


Extrait : « j’observe ce qui émane de ce corps de géant, la bonté de ton regard, la douceur de tes paroles. Tu as le cœur sur la main, pour un chirurgien cardiaque ça tombe bien. On sent que tu es passionné par ton métier. On voit que tu aimes les patients, que tu aimes les gens. Pourtant, certains ne te le rendent pas forcément, et refusent formellement que tu les opères, que tu les touches, au cas où tu les salisses. Tu en rigoles… J’imagine qu’au plus profond de ta carapace, quelques larmes s’échappent discrètement. »



Voici le second :

PETIT UPPERCUT A LA FACE DU GRAND REMPLACEMENT



Avertissement :
En raison d'un risque élevé de déculturation, ce billet est fortement déconseillé aux plus cultivés d'entre vous.



Rien.

Personne.

Aucune leçon.


Elle.

Elle, je l’aime. 

Elle mérite tellement mieux. 

vendredi 6 janvier 2017

ON NE SAUVERA PAS LE MONDE MAIS ?


Crépuscule 2016 - Veilles de Noël.

Dix jours - Pas de mot.

Ne pas réagir à chaud - Respecter l’insoutenable douleur.

On ne sauvera pas le monde mais ?

Ça on savait.

On savait depuis au moins une dizaine d’années que l’administration orale de vitamine D chez le nourrisson sous la forme d’Uvestérol en pipette pouvait provoquer des malaises.

Qui savait ?

Le laboratoire Crinex père de l’Uvestérol savait puisqu’il a tenté de revoir sa copie pour améliorer le dispositif d’administration.

L’Agence française du médicament savait puisqu’elle a demandé au laboratoire de revoir sa copie.

Au ministère de la santé sous la droite comme sous la gauche, j’ai du mal à croire que personne ne savait.

Les médecins ?

Il y a différentes façons d’exercer la médecine. D’un côté la médecine cow-boy galvanisée par ses indéboulonnables certitudes. De l’autre la médecine paralysée par le doute permanent, sidérant. Ces deux médecines sont dangereuses. Fort heureusement, des médecins lisent, se forment et s’informent pour tuer en partie leurs doutes tout en étant conscients qu’ils ne deviendront jamais des cow-boys.

La médecine ne sauvera jamais le monde mais il suffisait de lire pour savoir ça :



Revue Prescrire, 2014.

Simple redite d’articles plus anciens.

Extraits :





Dans ma réalité, la chose était entendue. On ne prescrivait quasiment plus d’Uvestérol et les quelques fois où j’en voyais passer je proposais aux parents de le substituer par une autre vitamine D en leur expliquant la raison.

Dans la réalité, des nourrissons sortaient encore tout récemment de certaines et trop nombreuses maternités sous Uvestérol.

Notre réalité, la réalité, il y a toujours un écart.

Tout récemment, une jeune mère me téléphone affolée car elle administre de l’Uvestérol à son bébé. Elle vient de voir l’affaire à la télé. Je la rassure, l’invite à remplacer sa vitamine D. Elle m’informe qu’elle est sortie de la maternité avec cette prescription sans aucune explication. Je lui demande si le médecin qui suit son enfant ne lui a pas proposé une autre forme de vitamine.

Réflexion personnelle qui jaillit quelque part dans mon cerveau pendant la conversation téléphonique : « Ces médecins qui ne lisent pas et ne s’informent pas, vraiment quelles plaies ! »

Sauf que le seul médecin consulté depuis la sortie de maternité de cet enfant, c’est moi…

Réflexion qui jaillit quelque part dans votre cerveau pendant la lecture de ce billet : « Quel loser ce toubib, il ne s’est pas préoccupé de savoir quelle vitamine D reçoit son petit patient et est incapable de se rappeler de cette consultation quand la mère l’appelle ! »

Réalité de la médecine :

-aucune prescription de médicament ou d’examen d’investigation n’est anodine

-il faut vérifier ce que l’on fait

-il faut vérifier ce que les autres font

-il n’est pas toujours aisé de se remémorer en quelques secondes au téléphone un patient vu une seule fois en consultation

Dans ma réalité, on ne prescrivait quasiment plus d’Uvestérol. J’ai certainement posé de nombreuses questions pendant la consultation, mais pas celle-là. Ce jour-là, c’est passé à l’as. Je lis, je m’informe, je savais. Malgré tout j’aurais pu être le médecin d’un nourrisson mort après l’administration d’une dose de vitamine D, prescription du domaine de la prévention...

On ne sauvera pas le monde mais ?

Ça on savait.

Petit risque / gros risque. Petit rhume / gros rhume. Responsabiliser les patients. Responsabiliser les médecins.

Alors mesdames et messieurs les ministres, ex-ministres, candidats et futurs candidats aux responsabilités suprêmes, que fait-on ? Quelles leçons tirons-nous ? Quel programme annoncez-vous ?

Une simple prescription préventive de vitamine D : Aucun risque ? Petit risque ou très gros risque ? Responsabilité du patient, du médecin ? Qui d’autre encore ? D’autres candidats pour accéder aux responsabilités ? Suivez mon regard…

2017, bonne année, bonne santé, la médecine fait et fera encore d’indéniables prouesses. Des médicaments sauveront des vies. Tant mieux. L’espoir.

2017, le contexte est tendu, crispant, incertain, d’autres priorités, état d’urgence, urgence absolue.

Je répète : Le médicament sauve et améliore des vies.

Mais le médicament en cueille également. Combien ? Pourquoi ? Comment l’éviter ?
À quand un plan Vigipirate pour lutter contre ces morts-là ? Cette réalité-là ?

Crépuscule 2016 - Veilles de Noël.

Dix jours - Nourrisson de dix jours - Pas de mot pour décrire l’insoutenable.

On ne sauvera pas le monde mais ?

Ça on savait*.

*Lire à ce sujet le billet coup de gueule d'un confrère triste sur son blog HIPPOCRATE ET PINDARE SONT DANS UN BATEAU

jeudi 8 décembre 2016

LES BRUTES À BARBE ?



J’ai lu ce fameux livre.

Un essai qui a levé beaucoup d’encre médicale contre lui. Essai transformé ?

Bien que quelques scintillements d’éclairs persistent, j’ai préféré attendre la fin des grondements du tonnerre autour de ces pages pour les lire.

Un certain nombre de médecins semble avoir été blessé par le titre assumé de l’écrivain Martin Winckler : Les brutes en blanc et par la question de son bandeau qui claque comme un uppercut : Pourquoi y-a-t-il tant de médecins maltraitants ?

Finalement, j’ai choisi de ne pas ouvrir le livre de l’auteur Martin Winckler. Mais j’ai ouvert celui de mon confrère généraliste, le Docteur Marc Zaffran. Cela me semblait simplifier la tâche, mettre de côté Dr Jekyll et Mr Hyde pour mieux me concentrer sur l’ouvrage d’un généraliste lu par un généraliste. Généraliste, généraliser, généralister, généralités ? En fait la chose ne me fut pas aisée car l’écrivain hante forcément les lignes ce qui brouille l’esprit.


Le titre ?

Rien de très surprenant si l’on a lu le trépied wincklerien : La maladie de Sachs, Les trois médecins, et Le Chœur des femmes, qui sous forme fictive dénonçait déjà la brutalité du métier, des études médicales, du milieu médical et tendait vers LE soignant idéal, ce professionnel inatteignable.

Rien de très surprenant non plus pour les visiteurs du site internet de l’auteur [ou du (d)au(c)teur ?] sur lequel était publiée il y a quelques années une série de portraits de médecins maltraitants, méprisants, phobiques et même terroristes !

Il a fallu ainsi se concentrer pour aborder cet ouvrage dont le titre a été interprété comme le diagnostic d’un trouble, d’un syndrome que le docteur Zaffran allait j’imagine nous décrire, nous en détailler les signes, les éventuelles étiologies (causes) et pourquoi pas le traitement.

À l’annonce d’un diagnostic, à la description d’un trouble, plusieurs réactions peuvent schématiquement être observées :

-le déni, cela ne me concerne pas, circulez, il n’y a rien à voir !

-l’affolement général, sidérant, je suis atteint, je suis foutu !

-le questionnement, je ne pense pas être atteint, mais quand même, il y a deux ou trois signes qui m’inquiètent, peut-être bien que oui mais non, et merde, je crois qu’en fait si.

Vous savez ça fait ça quand on commence à aborder la pathologie durant les études de médecine, ce que j’ai nommé un jour le stade pré-pubère du futur médecin. C’est aussi ce qu’on peut ressentir quand on s’informe sur une maladie en parcourant le net ou certains magazines jusqu’à aboutir parfois à la réaction précédente : l’affolement général.

J’ai été un peu dans ce troisième cas de figure lorsque le diagnostic du Dr Zaffran est tombé dans certaines unes de journaux : « Je ne pense pas être une brute, mais quand même, deux ou trois signes m’inquiètent, peut-être bien que oui mais non, et merde, je crois qu’en fait si. En puisant dans ce que j’ai caché sous le tapis dans un coin de mon cerveau, il m’est probablement arrivé d’être une putain de sale brute, mais chut… secret médical ! » Secret médical ou omerta ?


Le contenu ?

Marc Zaffran décrit cette blanche brutalité, un trouble qui contamine essentiellement le futur médecin durant ses études en milieu hospitalier, un peu comme un virus en latence, sournois. Comme souvent en médecine, les causes sont multifactorielles. Les causes environnementales favorisantes y prennent une large part : le contexte socio-familial, le système de formation, l’environnement institutionnel.

Ce trouble affecte donc le médecin très tôt dans son cursus, s’installe progressivement, durablement, les signes les plus visibles apparaissent plus tard lors de son exercice (serait-ce une maladie professionnelle ?), sa particularité étant que ceux qui en subissent les pires conséquences sont les patients. C’est justement à travers les nombreux témoignages de ces derniers que le Dr Zaffran en est venu à établir son diagnostic.

Voici ce que j’ai compris de l’ossature de la méthode employée par le médecin généraliste :

1) Je puise dans mon expérience de médecin en formation, de médecin en exercice.

2) Je recueille les témoignages, expériences, souffrances de nombreux patients.

3) J’appuie mes dires de références, d’études.

On a ici ce qui ressemble aux trois piliers de l’Evidence Based Medicine.

Reprenons point par point.

Le point 1 : l’expérience du médecin :

La formation médicale du Dr Zaffran se déroule dans les années soixante-dix. On peut donc lui reprocher que ce qu’il en puise est daté, qu’en quarante ans les choses ont changé et que la brutalité vécue ou ressentie n’est plus. C’est alors l’effritement d’une partie du pilier 1 qui menace de faire s’effondrer le reste. Cela peut s’entendre. Sauf que…

Sauf que lorsqu’on lit certains passages de la vie de Zaffran le carabin des seventies et que ces scènes nous renvoient à nos propres souvenirs comme si nous les avions vécues au détail près avec vingt à trente ans de décalage dans d’autres lieux, c’est assez troublant. Il est également assez tourneboulant de lire des scènes similaires relatées sur les blogs d’étudiants en formation médicale actuellement. Sans parler des jeunes et moins jeunes internes reçus régulièrement en stage qui confient parfois ce genre d’événements. Donc dire que les études médicales ne sont que violences et brutalités est faux et exagéré. Tout comme il est faux de dire qu’il n’y a plus de violences ni de brutalités durant les études de médecine de nos jours.

On a reproché au Dr Zaffran de ne plus exercer et de ne plus vivre en France. Cela suffirait donc à décrédibiliser son écrit sur la profession médicale. On peut aussi se dire que c’est en levant le nez du guidon, en allant voir ce qui se passe ailleurs, en prenant un peu de distance, qu’il est plus facile de voir et dénoncer ce que ceux qui ont le nez tellement collé au guidon ne voient pas. Et entre nous, vous en connaissez beaucoup des médecins en exercice en France qui ont les couilles de briser la loi du silence sur la maltraitance médicale ?

Donc même si je ne suis pas forcément d’accord sur tout, même si je pense qu’il faut se méfier des amalgames et généralités, que des choses s’améliorent et qu’il faut promouvoir ces améliorations, je considère que l’essentiel du point 1 reste solide.

Le point 2 : les témoignages de patients :

Il suffit de faire soi-même l’expérience. Interrogez votre entourage familial, amical, professionnel, vos patients si vous êtes médecin. Il est assez aisé de récolter quelques expériences assez brutales et violentes. Ce ne sont souvent que des mots ou des attitudes, mais des mots qui font mal.

Évidemment l’aura de l’écrivain Winckler a permis au Dr Zaffran de récolter de nombreux témoignages sur de nombreuses années. C’est là que l’on peut se demander s’il n’y pas du coup une vision biaisée, exagérée de la réalité qui aurait pu nourrir la colère du médecin le poussant à des propos que certains interprètent comme des généralités, un discrédit, voire des insultes sur l’ensemble de la profession ? C’est un peu comme lorsqu’on exerce dans un service spécialisé dans la leucémie et que l’on reçoit tous les patients atteints des leucémies les plus graves de la région. On a l’impression que tout le monde sera atteint de cette pathologie un jour ou l’autre alors qu’heureusement, une minorité de la population est atteinte.

On ne peut donc nier le point 2, à savoir les témoignages de patients ayant subi de la violence, de la brutalité, de la maltraitance de la part des médecins. Elle ne doit être ni excusée, ni minorée, au contraire dénoncée en étant vigilant à ne pas la majorer, l’extrapoler.

Le point 3 : les références :

C’est sans doute le point qui constitue la principale limite de l’écrit, la fragilité des trois piliers. Imaginons que Les brutes en blanc soit une thèse de médecine présentée devant un jury. C’est possiblement sur ses références bibliographiques que le thésard se ferait tailler un costume, brutaliser par ses Maîtres. C’est sur ce point que le lecteur médecin attendrait plus de solidité. Le propre de la médecine en général et de la médecine générale en particulier est de savoir passer la main au bon moment pour confirmer, affiner, infirmer un diagnostic. Le diagnostic du médecin généraliste Marc Zaffran sur les hommes en blanc n’aurait-il pas gagné en crédibilité à être affiné par de meilleures références et/ou en s’entourant d’experts du sujet ? La « caste » médicale se serait sans doute moins soulevée mais un écrit trop spécialisé, trop scientifique ne risquait-il pas de perdre le lecteur lambda ou le patient alpha ?

Ou tout simplement, la littérature sur ce thème est maigre, les experts inexistants et tout le mérite revient au Dr Zaffran d’ouvrir courageusement un débat demandant approfondissements. Il est alors important de préciser que nous sommes dans le cadre d’une hypothèse diagnostique et non dans celui d’un diagnostic indiscutable. Aux chercheurs, aux fouineurs ensuite d’apporter les solides bases du point 3 comme en son temps Pasteur a apporté les preuves scientifiques de l’hypothèse de Semmelweis sur la fièvre puerpérale formulée quelques décennies plus tôt sous les foudres de la communauté médicale incapable de comprendre l’intérêt de se laver les mains.

Pour conclure sur le point 3 : probablement le point sur lequel Marc Zaffran peut se faire le plus dézinguer par ceux qui ont lu ou liront son livre alors que le problème mérite d’être posé donc travail à approfondir et poursuivre ?

Ce dernier point permet d’enchaîner avec le traitement car qui dit trouble dit forcément traitement.


Le traitement ?

Comme souvent en médecine, le traitement proposé par le Dr Zaffran est un traitement essentiellement symptomatique. D’où l’intérêt d’enrichir le point 3 afin d’envisager un traitement étiologique ou mieux encore une démarche préventive afin d’éradiquer le syndrome des brutes en blanc.

Pour l’heure ce traitement peut être résumé à :

-la fuite (un patient pris dans les griffes d’une brute médicale doit fuir sans payer)

et/ou

-la poursuite (il est conseillé au patient victime de porter plainte contre le médecin).

Il est trop tôt pour juger l’efficacité de ces deux démarches thérapeutiques seule ou en association mais une réussite indiscutable a été le traitement médiatique Des brutes en blanc ou plutôt de Les brutes en blanc (Des/Les : un détail qui peut faire toute la différence).

Bien sûr, l’utilité d’un traitement réside dans son efficacité. Mais il doit également être simple et accessible. Or, le traitement proposé est-il simple et accessible pour les patients les plus vulnérables (personnes âgées, handicapées, affaiblies par une grave maladie) ? Est-ce aisé par exemple pour un patient âgé, grabataire, en institution, victime d’une brute en blanc, de prendre la poudre d’escampette et de la traîner devant la justice ? D’ailleurs, les patients vulnérables ne sont-ils pas les meilleures proies et les plus nombreuses victimes de ces brutes ? Et ces brutes sont-elles forcément des médecins ? Le Dr Zaffran utilise souvent dans ses écrits le terme soignant et concentre pourtant son diagnostic sur les seuls médecins. Si on le suit dans sa logique et son diagnostic et que l’on veut être exhaustif, ne doit-on pas considérer qu’une brute un blanc peut se cacher dans tout soignant ? Pour avoir été témoin en tant qu’interne en gynécologie de la brutalité de certaines sage-femmes sur leurs élèves et pour échanger régulièrement avec mes collègues infirmières sur leur parcours de formation et leurs expériences professionnelles, je crains que la maltraitance durant leurs études est bien réelle et qu’elles ont toutes côtoyé au moins une brute au sein même de leur profession.

Voilà comment alors que nous sommes dans la partie « Traitement » nous en sommes à étendre le spectre du diagnostic à tout le corps soignant (et je vous préviens, ça n’est pas fini) tout en considérant que les patients les plus vulnérables n’ont pas forcément accès au traitement et c’est là un des paradoxes tellement fréquent en médecine à l’origine de l’augmentation des inégalités en santé. Quant aux véritables crapules médicales, ne sont-elles pas aussi intouchables que le soignant idéal est inatteignable ? Le traitement judiciaire préconisé par le Dr Zaffran ne risque-t-il pas d’être aussi efficace que quelques granules homéopathiques sur ces brutes-là tandis que ses effets indésirables pourraient intoxiquer gravement des médecins fragilisés par leurs doutes et questionnements en quête de devenir ce soignant idéal ?


Des patients plus blancs que blancs ?

D’un côte du bureau médical, la brute, de l’autre le bon patient. La réalité serait-elle aussi simple ? À la façon dont ont été brossés divers portraits de médecins maltraitants, il semble assez facile d’établir en miroir ceux de patients impatients, intolérants, exigeant d’être guéris avant d’avoir été examinés, examinés avant d’être malades, les plus exigeants étant rarement les plus malades. Le quotidien du médecin tout simplement bercé par les douces violences de la vie. Mais il arrive parfois que la véritable brutalité gagne le camp des patients et qu’elle s’abatte justement sur des médecins vulnérables de façon peut-être explicable mais en aucun cas excusable. La boucle est bouclée, les brutes en blanc sont partout surtout si l’on baisse le seuil de définition de la brutalité comme on l’a vu faire avec celui de la glycémie, du cholestérol ou de la tension artérielle. C’est l’histoire de mon Père Noël, cette brute à barbe blanche. Certains patients font leur liste de médicaments ou d’examens avant de venir consulter leur médecin comme les enfants font leur liste de cadeaux au Père Noël. Tout comme les enfants n’auront pas forcément tous les cadeaux souhaités au pied du sapin, les médecins ne répondront pas forcément à la demande de leurs patients et ce pour leur bien. Est-ce de la brutalité ? Pour certains patients, cela pourra être vécu comme tel d’où un risque de sur-diagnostic.


Les risques ?

Ce n’est pas parce qu’il y aurait risques qu’il faut étouffer l’affaire, soyons clair. La lumière centrée sur le problème de la maltraitance médicale allumée par le Dr Z. ne doit pas être éteinte par les éventuels risques bien que s’ils existent, ils faillent tout de même les prendre en considération.

Le sur-diagnostic : en fonction de la subjectivité de chacun, des brutes en blanc n’en sont pas.

Le sur-traitement : fuir ou poursuivre un médecin qui n’est pas une brute en blanc n’est pas dénué d’effets indésirables graves car se prendre un procès dans les dents peut être fatal.

Au contraire le sous-diagnostic donc l’absence de traitement contre les véritables brutes en blanc.

En résumé, il peut être difficile de tirer juste.


Pour conclure :

A contre-courant de tout ce que je viens d’écrire, je me demande si les médecins bienveillants doivent forcément être écartés du diagnostic de brutes en blanc. Je pense qu’on a plus de chance de rencontrer des médecins humains et bienveillants que des brutes mais la bienveillance immunise-t-elle forcément contre toutes les formes de maltraitance ? Vous voyez que l’on peut encore élargir le champ du diagnostic.

Martin Winckler, l’auteur à succès pour les uns, l’auteur de brutalités sur un corps médical meurtri pour les autres, permet grâce à son nom de plume de sonner le tocsin sur des gestes, des attitudes, des comportements, des mots et jugements inacceptables et condamnables. On peut lui reconnaître le mérite d’ouvrir ce débat douloureux.

Mais parmi d’autres, j’ai commis une grave erreur dans ma lecture puis dans l’écriture de ce billet. J’ai précisé avoir lu non pas le livre de Martin Winckler mais celui de mon confrère médecin généraliste le Dr Marc Zaffran. Alors j’en ai donné mon analyse, j’ai évoqué son trouble, son diagnostic, résumé son traitement, sa méthode diagnostique. J’ai ensuite embrayé sur les possibilités d’élargir les critères diagnostiques, de diminuer le seuil de diagnostic, les risques de sur-diagnostic et de sur-traitement, la difficulté pour les patients les plus fragiles d’accéder au traitement. Pour tenter de vous y entraîner avec moi, je suis tombé intentionnellement au fond du piège dans lequel sont engluées nos sociétés favorisées, dans la source d’une maltraitance sournoise et fréquente qui fait de toute la chaîne de soignants même humaine et bienveillante une brute en blanc : la médicalisation de tous les aspects de la vie.

La médecine est violente et brutale dans le sens où l’on a cherché et l’on cherche encore plus à médicaliser les moindres recoins de la vie, de la conception, de la grossesse, de la naissance, de l’enfance et ses troubles, l’adolescence et ses vagues, la vieillesse et ses faiblesses et ainsi de suite jusqu’à la mort. Il est plus que temps de démédicaliser, dé-prescrire, ramener l’illusion de la Toute Puissance médicale dans le champ du juste équilibre des soins. L’engrenage de la médicalisation sans frein instille cette illusion de Toute Puissance dans l’esprit des soignants comme dans les yeux des patients, et plus largement de tous les citoyens. Cette illusion est source de violences qui touchent tous les corps, le corps médical, les corps et les âmes humaines. Outre l’avantage de diminuer même partiellement la maltraitance médicale, la démédicalisation c’est dans mon esprit une médecine plus et mieux ciblée sur des patients qui en ont véritablement besoin, c’est un meilleur accès à des soins appropriés pour les plus vulnérables et les plus éloignés d’entre nous d’un système qui leur tourne de plus en plus le dos. Ce n’est donc absolument pas de l’anti-médecine. C’est enfin une des réponses à la pénurie médicale, problématique exclusivement abordée par l’angle du « y a pas assez de médecins » sans jamais se demander « et s’il y avait trop de médecine ? ». Je crois viscéralement que la lumière doit être braquée sur ce débat-là, qu’il faut à la fois l’approfondir des contributions les plus diverses et indépendantes tout en le vulgarisant pour un large public.


PS : il n’est pas exclu qu’à la seule lecture du titre de ce billet, un communiqué émane du CNOB (Conseil National de l’Ordre des Barbus), un peu d’humour n’a jamais tué personne.

mercredi 26 octobre 2016

RETOURNER LE RÉTROVISEUR ?

Peu le temps ni le goût d’écrire en ce moment mais l’envie de proposer dans un premier temps un peu de relativisme dans ce monde de brutes multicolores.

Je n’ai pas cherché ce qui va suivre. Parfois les plus belles perles se présentent spontanément sur notre chemin, alors on les ramasse, on les observe, on médite et on peut aller jusqu’à les partager. Ces perles sont des affiches qui datent, des pages qui sentent le temps. N’en demandez pas plus, je ne saurai répondre avec précision. Faufilez-vous entre les lignes écrites par des médecins de l’époque, posez vos yeux sur les images anciennes, passez mes quelques commentaires si vous les trouvez futiles. Regardons ensemble dans le rétroviseur de ce drôle de monde qu’est le monde médical en conservant à l’esprit qu’il s’agit là d’éléments passés voire dépassés. Ensuite nous retournerons le rétroviseur.



Saviez-vous pourquoi la femme possède deux seins ?


Dame nature ayant prévu (elle est très prévoyante Dame nature) une paire de « mamelles » par enfant, l’expulsion de jumeaux est anormale.

Mais même si Dame nature a prévu une paire de « mamelles » et du lait maternel, l’homme a toujours eu la prétention de se hisser au moins à son niveau. 


Le médecin a cependant l’humilité d’être approximatif concernant la durée de la grossesse d’autant que la nature semble brouiller les pistes en fonction du lieu de vie de la femme enceinte. Quid de la femme qui déménagerait de France en Allemagne en cours de grossesse ? Quant à l’homme en partance, à qui faire certifier la date de séparation ? L’huissier ou le médecin ? 





Sans attendre le seuil des 300 jours, en grand seigneur le prince charmant pourra toujours conduire son ex « à toute époque de la grossesse » dans une maison d’accouchement confortable.



Et prier pour qu’elle ne développe pas une folie furieuse puerpérale ! 



Si votre douce se plaint de « goûts bizarres », vous savez ce qui vous attend.


Si vous ne savez pas, vous pouvez toujours aller faire un tour aux couveuses avec des bébés vivants à l’intérieur s’il vous plaît. Cela peut être utile, intéressant et instructif.



Quelques conseils pour coucher bébé, une histoire tourneboulante à dormir debout ! (Je rappelle pour les zappeurs du net qu’il s’agit là de regarder dans le rétroviseur ce qui s’écrivait jadis sur ce sujet donc à ne pas prendre pour des conseils actuels, merci)



Et les vaccins au fait ? Celui contre la tuberculose, vous en pensez quoi docteur ?



Valeur thérapeutique incertaine mais innocuité absolue à condition que...


Des docteurs connus et réputés conseillent même…

Pas obligatoire mais le mieux est de demander conseil à son médecin pour se dégager de toute responsabilité.

J’adore les passages de ce gros bouquin désarticulé aux pages jaunies qui sentent tellement le temps. Le temps présent ?

Le temps d’avant : Robert, ça y est, ils arrivent, les biberons Robert !



Les campagnes d’affichage de maintenant du Robert de Béziers… Le pire. Épuisant les grands et les mi grands.


Aïe ! Pas de politique (si cela s’appelle de la politique) ! On a dit surtout pas de politique ! Encore moins pendant les repas conseillaient les docteurs pour une bonne hygiène alimentaire. Il faut toujours écouter les docteurs, ils savent eux ce qui est bon ou pas : 




D’autant que la politique, ça fait monter la tension mais heureusement :




Tout est bon dans cette affiche, le nom du laboratoire dans le nom du médicament, l’action douce et prolongée sans dépression secondaire, l’image du patient hypertendu mais qui a l’air si serein malgré ses 21 de tension. On flippe pour moins que ça de nos jours non ?


A en croire l’image suivante d’un autre laboratoire, on devait se refiler le même dessinateur à l’époque. Regardez le patient, c’est le même non ? Ou alors s'agissait-il des prémices d’une future OPA ? 



Le syndrome de la cinquantaine n’est donc pas un mythe, et mieux que ça, il se traite et c’est remboursé !

Enfin le meilleur pour la fin. Quelques conseils pour rester bien portantes mesdames : 



Allez les filles lustrez-moi ça, il faut que ça brille.

Quant aux jeunes hommes ces branleurs ! La branlette cette déformation sexuelle ! Ce fléau qui perturbe le système nerveux de façon définitive !





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Regarder dans le rétroviseur peut faire sourire.


J’ai souri à la lecture de ces passages, à la vue de ces images. Un sourire retenu, non moqueur. Car regarder dans le rétroviseur permet de relativiser tout en prenant conscience que l’on sourira sur nous, nos dogmes, nos certitudes et nos questionnements actuels d’ici quelques décennies.

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Puis j’ai retourné le rétroviseur.


Alors j’ai souri d’un sourire un peu triste, grimaçant et désabusé face à ces dogmes, certitudes, (im)postures dans certains domaines de la médecine que l’on sait urgent et utile à revoir ou réinterroger dès aujourd’hui.

L’actualité toute fraîche sur le dépistage organisé du cancer du sein (voir ce texte ici) ou encore la décision du ministère de la santé de ne pas dérembourser les médicaments anti-Alzheimer (malgré ce communiqué de la Haute Autorité de Santé) ne semblent pas à même d’effacer mon rictus.

De mes yeux de minuscule médecin de bas terrain vague, voilà ce que représente de nos jours la principale brutalité infligée aux patients sans pour autant en nier les autres formes auxquelles je participe probablement, un peu, parfois, beaucoup, passionnément, à la folie. Quand on sait mais que l’on tait ou que l’on décide de s’asseoir sur ce qui est prouvé, c’est scandaleux.

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Retourner le rétroviseur, ce n’est pas regarder dans une boule de cristal mais bel et bien s’attendre à de futurs scandales.

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Voltaire disait de la médecine : «L’art de la médecine consiste à distraire le malade pendant que la nature le guérit.»

Je me demande si on ne peut s’autoriser à penser que l’art de la politique ne consiste pas à distraire le peuple pendant que la finance le spolie.


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En savoir plus sur :

-la médiocrité de la ministre de la santé : il suffit de la voir à l’œuvre dans les média chaque jour, cette fin de règne est un festival. La levée de fonds pour une éventuelle campagne de son mentor primerait-elle sur la santé publique ?

-le Rapport du comité d’orientation sur le dépistage organisé du cancer du sein par mammographie (09/2016) :


-l’Avis de la commission de transparence sur les médicaments de la maladie d’Alzheimer : publication prochaine ici


Les pages qui sentent le temps sont issues d’un ouvrage dont la publication daterait des années 1935-1940, intitulé La nouvelle médecine familiale, Éditions Musy Frères, écrit par les Drs Brillault, Petit, Baumel, Bercovici, Doubosarski de la faculté de médecine de Paris et la Dr Strary de la faculté de médecine de Genève.