mercredi 30 janvier 2019

SEX, DRUGS & ROCK N'ROLL ?



Malgré des critiques peu engageantes, Bohemian Rhapsody, film retraçant l’histoire du légendaire groupe Queen et de son charismatique chanteur Freddie Mercury est incontestablement un succès. Le public s’est déplacé en masse redécouvrir ou découvrir des tubes planétaires, une voix mythique, un guitariste légendaire, que de qualificatifs hors norme. Outre son impact commercial facilement évaluable, peut-on imaginer d’autres répercussions moins palpables de ce genre de film sur une population ?

Sex, drugs, rock’n roll et santé ?

Passer un bon moment au cinéma participe au bien-être individuel. A ce titre, exactement comme on peut l’entendre pour le sport ou le travail, la culture c’est la santé. Raccourci un peu bateau j’en conviens, et pas si évident à appréhender en fonction du regard de chacun. D’où l’idée de croiser mes propres regards sur ce film en particulier vu par des millions de personnes. Mes regards au pluriel car dès que l’on pose ses yeux et ses sens sur un livre, un film, une œuvre au sens large, ce qui naît de cette rencontre dépend en partie de ce qui nous a construit et de ce que nous sommes.

Au-delà du rock, du show, l’être, l’homme, le mari, le père, et, déformation professionnelle oblige, le médecin a ainsi vu de nombreux sujets abordés dans ce film : la sexualité, la drogue, l’alcool, les excès en tous genres, les conduites à risque, l’homosexualité, le questionnement sur son identité sexuelle, la solitude face à ce questionnement, la maladie, le sida, la vie, la mort. Bref, sur fond de We will rock you, Somebody to love, Bohemian Rhapsody, ces différents thèmes sont venus en permanence percutés l’être, l’homme, le mari, le père et le médecin que je suis. Cela peut-il avoir un impact sur mon comportement ? Au vu du nombre d’entrées, cela peut-il avoir un impact significatif sur une population ? La culture peut-elle contribuer même ponctuellement à actionner un des leviers de la prévention ? La culture est-elle accessible aux populations les plus fragiles, les plus à risque ? Participe-t-elle à diminuer ou accroître les inégalités de santé ? Que de questions auxquelles il est probablement difficile de répondre de façon simple et tranchée.

Et si l’on remplaçait le terme « culture » de ces interrogations par le mot « médecine » ? Voilà ce que cela donne : La médecine peut-elle contribuer même ponctuellement à actionner un des leviers de la prévention ? La médecine est-elle accessible aux populations les plus fragiles, les plus à risque ? Participe-t-elle à diminuer ou accroître les inégalités de santé ? Que de questions auxquelles il est également difficile de répondre de façon simple et tranchée, preuve que culture et médecine ont quelques points communs.

Le regard de l’homme, du mari, du père, du médecin, mais encore ?

Tignasse à la Kurt Cobain, questionnements sur la vie, sur l’avenir, besoin de s’affirmer, quête d’identité, jouer à faire comme les stars, c’est aussi le regard de l’ex ado qui peut venir enrichir la réflexion. Comment un ado, un être qui se questionne et se construit peut-il voir, comprendre ou traduire aujourd’hui les succès, les fragilités, les excès passés de Freddie ?

Ce film, Bohemian Rhapsody, constitue pour moi une sorte de piqûre de rappel dont la primo-vaccination remonte aux années quatre-vingt-dix. Il a fait revenir en boomerang des bribes de vie de la fin du siècle dernier. J’étais adolescent à la mort de Freddie Mercury, loin de moi l’idée à cette époque-là de devenir médecin un jour. Pour rafraîchir la mémoire des médecins et de tous aujourd’hui, l’homosexualité n’apparaissait plus comme « trouble de la sexualité » dans les manuels de psychiatrie que depuis une dizaine d’années seulement (1981). Pour contextualiser le propos, nous étions donc relativement loin du « mariage pour tous ». Et c’est déjà le cinéma qui a eu sur moi cet effet que j’aurais du mal à qualifier et qui a peut-être joué un rôle sur ce que j’allais devenir. Et c’est l’école qui m’a emmené ce jour-là au cinéma, au milieu des années quatre-vingt-dix.

Ecole, éducation, culture, prévention, santé ?

Je suis lycéen et notre professeure de Sciences de la Vie et de la Terre envers qui je suis extrêmement reconnaissant pour tout ce qu’elle a su me transmettre décide d’emmener sa classe voir Philadelphia.


L’enseignante avait sans doute trouvé avec ce film matière à aborder des thèmes de son programme. C’était aussi pour elle un moyen d’instaurer le débat entre ses élèves et de les inviter à la réflexion autour de l’homosexualité, la maladie, la transmission du VIH. La prof, ma prof contribuait tout bonnement à faire de la prévention. Je n’ai jamais revu ce film mais je serais curieux de le revoir avec mes yeux non plus d’ado mais d’homme, de mari, de père et de médecin. Je suis certain qu’il m’a laissé quelques traces mnésiques lorsque quelques années plus tard, devenu étudiant en médecine, je posais mes mains maladroites sur des corps meurtris au fond des lits d’hôpitaux. Ou encore lorsque devenu interne sur un territoire où cette foutue maladie sévit plus qu’en métropole, le souffrant qui se savait condamné cherchait à planter ses pupilles dans mon regard fuyant. Mes regards au pluriel. Dès que l’on pose ses yeux, ses mains et ses sens sur un corps, un visage, un être au sens large, ce qui naît de cette rencontre dépend en partie de ce qui nous a construit et de ce que nous sommes. Mon regard fuyant. Fuir la réalité de la vie, la proximité de la mort, s’évader dans les rues, dans les rues de Philadelphie. Dès que les premières notes retentissent, l’être, l’homme, le mari, le père, le médecin que je suis devenu se retrouve aussitôt dans la peau de l’ado qu’il était, s’enfonçant dans son siège, s’efforçant de retenir ses larmes, au milieu d’une salle de cinéma, à la fin de Philadelphia.

Streets of Philadelphia, Bruce Springsteen, Sex, Drugs, & Rock n’Roll.



Le mot « drug » peut se traduire de deux façons : drogue et médicament. Bien que nous soyons sur un blog de médecin, il a été pour le moment peu question de médicament. Patience, ça arrive. Mais plusieurs jalons devaient être posés et surtout, le principe ici est toujours d’inviter à la réflexion, de voyager vers le questionnement. Tout ce qui précède peut-être transposé à ce qui va suivre. Tout ce qui va suivre est sans doute à voir avec plusieurs regards. C’est le croisement des regards qui enrichit la pensée.

Aurions-nous pu sauver le soldat Freddie ?

Avec nos armes actuelles, nos outils de prévention, Queen remplirait-il toujours les stades du monde ? The show must go on




L’affiche ci-dessus invite à utiliser un des moyens de prévention à disposition, à savoir la prise d’un médicament antirétroviral (Truvada) contre l’infection par le virus VIH par des personnes non infectées mais exposées à un haut risque de contamination. Cette méthode s’appelle « PrEP » pour Pré (avant) – Exposition (contact avec le VIH) – Prophylaxie (prévention de l’infection). Il s’agit d’une prescription encadrée et ciblée dont la Haute Autorité de Santé donne des précisions : La prophylaxie pré-exposition (PrEP) au VIH par TRUVADA.

Tous les outils de prévention contre cette terrible infection sont à considérer.

Celui-ci s’est confronté à nos questions précédentes sur la culture et la médecine : Cette méthode est-elle accessible aux populations les plus fragiles, les plus à risque ?

Il semblerait que non puisque peu connue de la population ciblée, une campagne nationale de promotion de la PrEP a été lancée durant l’été 2018. Il est ainsi possible d’en voir des affiches sur les panneaux publicitaires des arrêts de bus par exemple avec l’hypothèse que diffusée dans la population générale, l’information atteindra la population à risque. Si effectivement par ce biais des contaminations peuvent être évitées, nous ne pouvons que nous en réjouir.

Malgré tout, comme dans toute démarche, que celle-ci soit curative ou préventive, je me pose la question de la balance bénéfices-risques de ce genre de campagne : quel impact peut-elle avoir sur la population générale ? Quel effet sur le comportement individuel du mari infidèle, de la quinqua divorcée à la recherche du prince charmant, du petit groupe d’ado en quête d’expériences nouvelles, et ainsi de suite ? Quels effets collatéraux sur toutes ces personnes qui attendent le bus sans forcément conscientiser les différents messages, la masse d’images et d’informations non filtrées, non accompagnées qui les traversent ? Il y a souvent un delta entre l’information communiquée et l’information reçue. On peut ici imaginer que l’affiche inscrive mentalement l’idée du médicament salvateur pour tous, avant comme après un rapport sexuel, et que bien que certains soient remboursés depuis peu, les préservatifs qui protègent contre le VIH et d’autres infections sexuellement transmissibles passent à la trappe. Autrement dit, la rencontre d’un message aussi louable soit-il et de l’esprit ne peut-il pas renforcer le comportement bénéfique pour un individu tout en précipitant un autre moins averti, peu disposé, dans une conduite à risque ?

Dans une société dans laquelle la marchandisation des corps est en marche à vive allure, où la médicalisation des moindres recoins de l’intimité de la vie s’étend chaque jour un peu plus, où la frontière entre campagne préventive et campagne publicitaire n’est pas toujours très nette, où l’on observe fréquemment que la surpuissante industrie pharmaceutique aux manettes a la fâcheuse tendance à médicamenter toujours plus pour gagner encore plus, où il suffit d’un click pour commander des pilules en ligne, où malgré le célèbre message « les antibiotiques c’est pas automatique », nous sommes toujours confrontés à des résistances bactériennes inquiétantes, que les virus s’emparent également de cette capacité à résister, ce sont toutes ces questions et ces aspects qui viennent se percuter car les choses sont souvent beaucoup plus complexes qu’on ne veut le présenter.


Are we the champions, my friends ?

Sex, drugs & rock n’roll. 



mardi 4 décembre 2018

LES PETITS PAS ?



Cinq ans déjà.

Cela fait cinq ans qu'était régulièrement dénoncée en ces murs l'invitation faite aux femmes sans antécédent à réaliser une mammographie de dépistage dès l'âge de quarante ans en dehors de toute recommandation scientifique.

Oui, dilatez- vous les pupilles, remontez vos lunettes sur vos tarins, vous avez bel et bien lu : « EN DEHORS DE TOUTE RECOMMANDATION SCIENTIFIQUE ».
Nom d'un chien !

Pour certains, la première salve d'alerte comparait maladroitement le mammobile à la papamobile. Pourtant, la métaphore était calculée au millimètre puisque nous sentions bien là toutes les effluves d'une médecine de paroisse, une spécificité locale, une expérimentation vouée à prendre son temps. Le temps étant de l'argent, gagner du temps, c'est gagner de l'argent, tout simplement.

L' Agence Régionale de Santé fut informée, l'Institut National du Cancer (bien connu de l'actuelle ministre de la santé) fut alerté.

Puis...

Rien. Nada. Que tchi.

Depuis, des mammobiles sont passés sous les ponts.

Des nanas ont laissé leurs seins sous les rayons.

Des piqûres de rappel ont été projetées dans la toile sous une forme et sous une autre.

Silence. Silence silencieux. Très silencieux.

Notre société est ainsi. Il est tellement plus important de savoir que telle star du web s'est fait bouillir des nouilles, que telle autre starlette à la nouille a mis ses chaussettes à l'envers, photos à l'appui partagées instantanément sur tous les réseaux sociaux possibles.

Je me suis souvent posé la question du rôle de l'Ordre des médecins sur ce sujet.
L'Ordre est avant tout là pour le respect de la déontologie, pas pour des questions scientifiques. On l'a cependant entendu applaudir de ses plus fermes paluches l'extension de l'obligation vaccinale. On l'a aussi vu s'émouvoir sur les Brutes en blanc de Martin Winckler dénonçant certaines pratiques médicales.

Mais.

Mais pas le moindre mouvement de sourcil quant à cette pratique du dépistage organisé du cancer du sein dès quarante ans alors qu'il s'agit d'un âge où les risques de sur-diagnostic et de sur-traitement sont plus importants que les bénéfices.

Ne peut-on pas considérer là qu'il est question d'information déloyale et trompeuse sur cette tranche de la population, donc de déontologie ?

Ce qui est certain, c'est qu'enfin, après cinq ans, malgré la timidité de l'Agence Régionale de Santé et de l'Institut National du Cancer, malgré le silence de l'Ordre médical, alors que pas plus tard qu'en fin d'année dernière encore les femmes de quarante ans recevaient à leur domicile l'invitation à ce dépistage, désormais, le message est rétabli. Le mammobile se déplace toujours de villes en villes avec le chiffre cinq masquant le chiffre quatre. Enfin, la brebis égarée est rentrée dans le rang de la bergerie.


On ne connaîtra pas l'origine de ce basculement. Mais quelques noms me viennent en tête car je pense qu'ils ont largement contribué à ce petit pas.

Je pense à :





Aux membres de Cancer rose avec une mention spéciale à la fougueuse radiologue 

Aux sites journalistiques Dis-leur et APM News.

Mais j'en oublie d'autres.

Cinq ans. Cinq ans déjà. Mais cinq ans c'est tellement long pour ce petit pas.

Un petit pas pour le dépistologue, un grand pas pour ?

La vie n'est pas toujours rose, donc quand certains veulent la rendre rose au mois d'octobre, petit conseil : faites un petit pas de côté. Le débat de ce dépistage dès quarante ans semble clos, reste désormais à réaliser quelques pas sur celui à partir de cinquante ans ?

mercredi 27 juin 2018

UN DE PERDU DIX DE RETROUVÉS ?



L’aînée a dix ans, la cadette en a six, le petit dernier vient de souffler ses trois mois.

J’ai suivi et vacciné les deux grandes.

J’ai accompagné comme j’ai pu la maman durant une période de sa vie qui ne laissait pas présager un long fleuve tranquille.

Puis les choses semblent s’être « tassées » comme on dit.

Le petit dernier est alors arrivé.

Lors de la consultation du deuxième mois, cette maman m’explique qu’elle est bien embêtée car le papa (que je n’ai jamais rencontré même pour les plus grandes) refuse « les onze nouveaux vaccins ».

Suivent alors de longues explications.

—Ce ne sont pas des vaccins nouveaux. Ce sont les mêmes que pour vos filles.

—Oui mais pour les filles, on avait refusé celui contre l’hépatite B.

On parle, on rassure, elle est d’accord, elle.

Je propose un compromis.

—Je peux vous prescrire le vaccin sans hépatite B dans un premier temps si c’est cela qui bloque. Et revenez avec votre mari.

Le rendez-vous est fixé une semaine plus tard.

La semaine passe.

Elle revient, seule.

—Je suis désolée. Je n’ai pas réussi à le faire venir. Et il refuse le vaccin même sans hépatite. Avec toutes ces histoires autour des vaccins, il se méfie de tout. Ce qu’il acceptait pour les filles, maintenant il le refuse. D’ailleurs à l’époque il ne se posait pas toutes ces questions. C’est sur internet qu’il trouve des trucs qui le braquent. On s’est engueulés. Je vais encore essayer, mes beaux-parents aussi vont essayer. Pouvons-nous reprendre un rendez-vous ?

Elle revient, avec son enfant de trois mois, sans son mari.

Les choses se sont peut-être « tassées » comme on dit.

—Docteur, on n’a pas réussi. Il ne veut rien entendre. Il s’est engueulé avec ses parents. On s’est encore engueulés nous aussi.

Alors j’examine ce petit bout de chou. On discute.

Je questionne : pourquoi l’avis de ce papa pèserait-il plus que celui de cette maman ?

Je me souviens de propos de certains confrères : « Si refus vaccinal, alors je ne m’emmerde pas à suivre l’enfant, ouste, du balai ! »

Impossible pour moi face à cette maman de prendre cette option bien étonnante lorsqu’on se dit « soignant ».

Je creuse : les engueulades ont-elles pour seul motif la vaccination du petit dernier ? D’autres moments de tension pour ne pas dire violences émergent-ils de temps en temps, comme lorsque les grandes étaient petites, cette période de long fleuve agité ?

Je repense à certains points lus dans le bulletin de l’ordre des médecins de mai-juin 2018 :





Cela peut-il m’aider dans cette situation ? L’enfant ne va pas en collectivité et sera scolarisé dans trois ans.

La « CRIP » est le service auquel nous devons signaler les situations d’enfants que nous suspectons être en danger.

Les sanctions : deux ans de prison, trente mille euros d’amende.

En m’installant dans la posture du père fouettard, vais-je aider cette maman ?

Quelle balance bénéfices / risques pour cette situation ?

Le delta entre le cadre général et la singularité des situations, entre la théorie et la pratique, entre les bureaux cossus des hautes sphères et la rugosité de la réalité du terrain.

J’ai renouvelé ma disponibilité pour rencontrer ce papa. J’ai fixé un nouveau rendez-vous à ce petit et sa maman. On marche pour le moment sur un fil, il faut éviter qu’il cède. Avant tout ne pas nuire.

Certains parient : un de perdu dix de retrouvés.

En rigidifiant la loi sur l’obligation vaccinale, on peut observer parfois qu’un de perdu c’est vraiment un de perdu, et que ça peut même être un de perdu là où l’on avait en grande partie gagné.

Un de perdu, c’est dix de retrouvés, mais si en même temps, EN MÊME TEMPS, un de retrouvé c’est dix de perdus, alors je vous laisse faire le bilan des courses.

Pour en savoir plus sur l’illustration et faire le lien avec ce billet, voici le mot clé : Danaïdes.


jeudi 19 avril 2018

GRILLER LA PRIORITÉ ?


En date du 19 avril 2018 au matin, j’ai entendu les bribes d’une interview de la ministre en charge de la santé des Français. Interrogée par le journaliste d’Europe 1 Monsieur Cohen, Madame Buzyn s’est exprimée sur la polémique actuelle autour du remboursement de l’homéopathie.

Entre ce que l’on entend, comprend et retient, il y a toujours un delta.

Pour entendre il suffit d’aller écouter ce passage sur le site de la radio en question.

Voilà les quelques points que j’ai compris de la bouche ministérielle sur le sujet.

En tant que scientifique, notre ministre estime que le seul effet de l’homéopathie est un effet placebo. Elle ajoute que si on doit se poser la question du remboursement des médicaments homéopathiques, on doit plus généralement se poser la question du remboursement de médicaments très peu efficaces. Cela ne représenterait « que » quelques dizaines de millions d’euros. Elle conclut enfin que ce n’est pas une priorité aujourd’hui.

Ces quelques éléments me semblent être d’un intérêt majeur car ils traduisent beaucoup.

Voilà ce que j’en retiens :
  1. Au ministère de la santé, on n’est pas à quelques dizaines de millions d’euros près.
  1. Le choix est assumé de rembourser des produits homéopathiques comme allopathiques pas ou peu efficaces, bien que la priorité des priorités soit finalement l’aspect financier.
  1. Car c’est bien sur ce terrain-là que la ministre établit sa priorité. Tout du moins les pépètes semblent griller la priorité à la science et à l’honnêteté intellectuelle que l’on doit aux patients.
J’imagine que dans les bureaux de Big Pharma allo comme homéopathiques, on se frotte les mains après de tels propos.

Voilà pourquoi je suis en désaccord avec Madame Buzyn :
  1. J’estime que l’on doit justement se poser la question du déremboursement des médicaments mais aussi des examens en tout genre (dans le domaine du dépistage, on a plusieurs exemples incontestables) peu ou pas efficaces voire potentiellement dangereux.
  2. C’est une priorité parce qu’il faut arrêter de laisser croire aux patients, aux citoyens, que tous leurs maux et toutes leurs craintes peuvent se régler à coups de molécules chimiques ou d’examens paracliniques, ce que je qualifiais dans un ancien billet d’illusion de la toute-puissance médicale.
  1. Au-delà de la question du remboursement, le simple fait de prescrire ou d’autoriser la vente de produits, examens, dispositifs, etc… ayant fait la preuve de leur inefficacité ou de leur très faible efficacité revient à mentir aux patients. Comment bâtir alors une relation de soin utile, solide et durable sur de telles fondations ? Et que dire de ce qui est à la fois inefficace et potentiellement dangereux ?
Plus globalement, il faut mettre un coup de frein à la médicalisation à outrance des moindres recoins de la vie des gens. Face à la fuite en avant vers la santé considérée comme un bien de consommation comme un autre, un marché plus prometteur que bien d’autres, il est même temps d’enclencher la marche arrière. Mais apparemment, telle n’est pas la priorité ministérielle.

Là où on la penserait sanitaire, la priorité des priorités est financière.

Pourtant, même sur cette voie-là, le coup de karcher sur la somme de toutes ces pratiques et prescriptions précipiterait les quelques dizaines de millions d’euros en plusieurs centaines. Alors, l’oreille ministérielle pointerait-elle pour revoir l’ordre de ses priorités ? Pas si sûr car dans les bureaux de Big Pharma and co, on prendrait soin d’arrêter un instant de se frotter les mains pour ramener les conseillers de nos gouvernants à la raison, à leur raison.

Le principe est simple à comprendre bien que douloureux à entendre : les vrais malades coûtent cher pendant que les faux malades rapportent gros.

Une fois ce principe intégré et les priorités fixées, vous voyez aussitôt vers quelle voie vous êtes embarqués et qui tient véritablement les manettes.

Il n’est jamais trop tard pour ouvrir les yeux, paraît-il.

Courage.

Concluons de façon claire, nette et cohérente.

Si l'économie grille la priorité à la science, à la déontologie, à l'éthique, à l'intérêt du patient citoyen, alors, en dehors d'un coup de com' low-cost, la nomination d'un médecin aussi brillant soit-il à la tête du ministère de la santé ne se justifie aucunement.

lundi 15 janvier 2018

LE DÉPARTEMENT DE L'HÉRAULT PLACÉ EN VIGILANCE ROSE ?


Depuis quatre ans, le dépistage systématique du cancer du sein des femmes sans facteur de risque proposé dès l’âge de quarante ans par une structure mobile dans l’Hérault est régulièrement questionné sur ce blog. Quelques éléments de réponse éclairants pour ne pas dire tourneboulants ont été récemment apportés.

Précisons que les recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS) comme les préconisations de l’Institut National du Cancer (INCa) invitent au dépistage par mammographie tous les deux ans les femmes sans facteur de risque âgées de cinquante à soixante-quatorze ans en les informant le plus clairement possible sur les tenants et aboutissants de cet examen.


Ce dépistage dès quarante ans ?

Il est logique de penser que plus on dépiste tôt, mieux c’est. Malheureusement, tel n’est pas le cas pour le cancer du sein avec cet examen dès cet âge du fait notamment des risques de surdiagnostics ou encore d’irradiations répétées.

Pour faire simple, la balance bénéfices / risques de cet examen en systématique chez les femmes entre quarante et cinquante ans est défavorable.


Outre l’âge en dehors des recommandations, le poids de la communication ?

La structure mobile questionnée dans l’Hérault est un camion qui sillonne les communes du département afin de faire bénéficier du dépistage pris en charge par l’assurance maladie les femmes de la tranche d’âge recommandée.

Pour les femmes plus jeunes, ce sont les communes hôtes qui financent l’examen. Et la communication autour de ce programme a de quoi interpeller à l’heure où les citoyennes sont en droit de recevoir une information la plus transparente possible.

Tout d’abord, on parle d’un mammobile et de mammotest ce qui peut tromper l’œil non averti. Ni le courrier d’invitation, ni le site internet de l’association, ni le mammobile ne mentionnent clairement le terme « mammographie ».

Ensuite, on présente un examen « 100 % utile dès 40 ans », avec l’affirmation suivante « On a toutes à y gagner ». Ces formulations sont trompeuses.

Interpellé il y a quatre ans, l’INca alors dirigé par notre actuelle ministre de la santé avait sourcillé, reconnaissant je cite « que le programme national de dépistage organisé du cancer du sein porte sur la tranche d’âge 50-74 ans…

Pour la tranche d’âge 40-49 ans, les bénéfices attendus sont effectivement moindres alors que les risques sont plus élevés (cancers radio-induits, surdiagnostic)…

Nous considérons qu’il n’y a pas lieu, en l’état des évaluations et recommandations nationales actuelles, de proposer ni de soutenir un dépistage par mammographie à des personnes de 40-49 ans sans facteur de risque particulier, que ce soit ou non en mammobile…

Il revient à l’Agence régionale de santé (ARS) du Languedoc-Roussillon de se prononcer sur le sujet… »

Cette seule réponse de l’INCa vieille de quatre ans confirme que « 100 % utile dès 40 ans » pour des femmes qui « ont toutes à y gagner » sont des arguments qui en langage diplomatique vont à l’encontre des données scientifiques. En mode sans langue de bois, on parlerait plutôt d’affirmations mensongères.

Récemment, le sujet s’est retrouvé dans le viseur du site Dis-leur sous le titre : 

Cancer du sein : « Dépister en masse avant 50 ans, une hérésie ! »

L’article (malheureusement non en accès libre) donne la parole au Dr Cécile Bour, radiologue membre du collectif Cancer Rose qui pose bien la problématique exprimée dans le titre. De leur côté, les journalistes ont investigué et ce qu’ils ont relevé vaut son pesant de cacahuètes.

Tout d’abord, ce qui faisait sourciller l’INCa il y a quatre ans semble le faire sursauter aujourd’hui. Extrait : «Nous avons sursauté en constatant ces messages sur le Mammobile héraultais et sur l’invitation. On se bat justement pour qu’une information claire soit délivrée. » Dont acte. Avec une ancienne présidente désormais aux manettes du ministère de la santé qui n’a pas hésité à trancher au sujet de l’obligation vaccinale, les conditions sont réunies pour que le sursaut se propage jusqu’aux tabourets de l’Agence Régionale de Santé.

Ensuite parole est donnée aux défenseurs du dépistage par mammotest dès l’âge de quarante ans.

On y parle gratuité, complémentarité avec la radiologie privée, difficultés d’accès au dépistage dans certains quartiers, certaines communesSi ces arguments de justification peuvent s’entendre, d’autres semblent plus discutables comme le fait que ce dépistage soit historique dans le département. J’ai un grand respect pour l’histoire, mais historiquement, on pratiquait la saignée, la purgation, etc... Puis ces pratiques furent abandonnées avant de devenir historiques justement. C’est intéressant d’observer comme d’une façon générale en médecine il est difficile de tirer un trait sur des pratiques pourtant néfastes pour les patients.

Enfin, à mon sens, la défense s’effondre littéralement lorsqu’elle invoque la RENTABILITÉ. Car voyez-vous, la rentabilité du mammobile n’est atteinte qu’à partir de trente personnes dépistées par jour. La seule façon d’obtenir ce quota est d’ouvrir la porte du camion rose aux femmes dès l’âge de quarante ans.

Si l’on suit cette logique, et avec un peu d’humour grinçant, on pourrait donc imaginer atteindre une bien meilleure rentabilité en ouvrant la porte du camion rose aux femmes dès trente ans, dès vingt ans… voire aux hommes… Rentabilité quand tu nous tiens. Où l’on voit que plus on pense rentabilité, moins on réfléchit scientifiquement, au point de se prendre les pieds dans le tapis.

La vigilance rose sur l’Hérault semble justifiée, d’autres pots aux roses restent peut-être à découvrir.