lundi 2 mai 2016

LES PRO STATS ?




Bien qu’ayant pris certaines distances avec la blogo-twittosphère médicale pour de multiples raisons, le désir de rédiger ce billet m’a pris comme une impérieuse envie de pisser. Mais en y repensant une fois soulagé, je crois en connaître l’origine qui n’est nullement un éventuel problème de prostate.

En fait, je voulais rapidement évoquer ici le sujet des probabilités, des statistiques, des risques.

Si je fouille en surface, je crois me souvenir que j’ai mis pour la première fois le nez sur ce thème lorsque j’étais lycéen, probablement en classe de terminale. On devait appeler ça les proba. Il me semble que j’aimais assez bien jouer avec les chiffres, sachant que mon unique objectif était d’être au point pour le bac, persuadé de n’avoir jamais besoin de ces notions après l’obtention du précieux sésame.

Ensuite, on m’a resservi le plateau de ces jeux de chiffres, calculs de risques, labyrinthes de formules, etc… à la faculté de médecine en première année. On appelait la matière : « Biostatistiques ». J’aimais bien cette dénomination parce que ça le faisait. D’ailleurs, entre pseudo-carabins, on ne parlait pas de « Biostatistiques » mais de « Biostats », ça le faisait encore plus ! Là encore, mon unique objectif était d’être plus qu’au point pour le concours, persuadé de n’avoir jamais besoin de ces notions après le passage de la terrible sélection. A l’époque, je comprenais que parmi les enseignants de biostats, il y avait des statisticiens qui étaient là uniquement pour nous hacher menu le jour du concours. Il y avait également des médecins que je considérais du haut de mon banc de fac comme des nullos n’ayant pas réussi à faire une carrière médicale digne de ce nom. Je ne comprenais d’ailleurs pas trop quelle était leur spécialité. Bref, si j’écris là aujourd’hui en tant que médecin, c’est que j’ai réussi ce fameux concours, dont l’épreuve de « biostats », discipline que je ne crois pas avoir retouchée depuis, bien trop occupé à faire de la médecine, de la VRAIE médecine, avec un stétho autour du cou, et tout et tout.

Résultat : je suis donc médecin, ouais, chouette, génial, super mais je suis une triple buse en statistiques alors que cela pourrait me servir donc et surtout servir les patients tous les jours. Beaucoup plus que connaître sur le bout des doigts l’aspect histologique d’une biopsie de l’artère temporale dans la maladie de Horton, bien que le fait de savoir ça, ben ça le fait !

Pourquoi le fait de manier avec aisance les chiffres et les statistiques est-il indispensable à mes yeux ?

Parce que cela me permettrait d’être plus objectif, scientifique et critique dans mes prescriptions, conseils, discours, décisions, lectures.

Fréquemment en consultation, lorsqu’il est question de vaccinations de nourrisson, des parents demandent : « Et vous docteur, que feriez-vous ? » ou encore « Et vous docteur, vos enfants vous leur avez fait ce vaccin ? ». En général, la simple réponse du docteur (qui sait ou laisse croire qu’il sait) suffit à rassurer les parents mais est-ce très professionnel, très scientifique, très objectif, loyal ?

Lorsqu’il est question de prescription de molécules, n’est-il pas judicieux de prescrire celles qui ont statistiquement fait leur preuve ? N’est-il pas judicieux d’avoir quelques billes pour ne pas se laisser enfumer par des statistiques ou des discours trompeurs sur leur efficacité et intérêt (voir exemple en fin de billet*) ?

Quant au domaine du dépistage c’est peut-être là que nous médecins avons à être armés jusqu’aux dents. Entre le désir humain et aveugle des patients en quête d’immortalité, et le probable futur fleurissement de tests en tout genre promettant la vie sauve en plus de ceux qui existent déjà et que vous n’avez plutôt pas intérêt à critiquer sous peine de recevoir la fessée, nous avons à mon avis à acquérir un discernement solide que seul le maniement aisé des chiffres, probabilités, statistiques pourra nous offrir. Je ne vois pas de meilleurs moyens pour apporter de bons conseils à nos patients.

Si, comme le défendent certains, la médecine est un art, alors c’est peut-être l’art d’être le plus scientifique possible dans ses décisions médicales que l’on acceptera et saura adapter en fonction des choix des patients ?

Pour en revenir à mon impérieuse envie de rédiger ce billet, en voici l’origine. J’ai récemment débuté la lecture d’un livre qui je l’espère comblera en partie mes lacunes abyssales sur l’interprétation des chiffres et des risques. Pour l’instant, cet ouvrage m’éclaire, il s’intitule «  Penser le risque - Apprendre à vivre dans l’incertitude » de Gerd Gigerenzer aux Éditions Markus Haller.

Le hasard fait que peu de temps après avoir débuté cette lecture, je suis tombé sur un récent billet de Perruche en Automne traitant du sujet : "Mon test est positif, est-ce que je suis malade ?" http://perruchenautomne.eu/wordpress/?p=4894 . J’en conseille fortement la lecture.

Je sais que lorsque l’on est étudiant en médecine puis pris par la routine et le rythme du métier de médecin, les stats nous passent largement au-dessus des oreilles. Mais maintenant, avec un peu de recul, je me dis que parfois voire souvent, elles pourraient plus et mieux me servir que mon stéthoscope fièrement exposé autour de mon cou.

Je sais que ce « mieux me servir que mon stéthoscope » peut faire tiquer certains, d’autant qu’il s’agit bien là de l’objet emblématique autour du cou qui hisse le médecin au-dessus des autres humains.

Je sais que parmi ceux qui tiquent, certains n’ont pas jugé utile de cliquer sur le billet de Perruche.

Pour tous les autres mais quand même aussi pour ceux qui tiquent voire ne cliquent pas, voici un petit exemple largement inspiré du livre du psychologue Gerd Gigerenzer enrobé à ma sauce.

Imaginons.

Vous êtes médecin et vous recevez en consultation Jessica en larmes.

Jessica a 40 ans, elle est pleine de vie, en parfaite santé, sans aucun antécédents ni personnels, ni familiaux.

Quelques semaines plus tôt, Jessica s’est rendue chez son gynécologue pour un suivi standard. Elle est ressortie du cabinet avec une ordonnance de mammographie de dépistage sans autre explication que le fameux « mieux vaut prévenir que guérir »… Je caricature volontairement, le prescripteur de cet exemple se trouve être gynécologue mais il aurait pu être médecin généraliste, ça aurait même pu être vous complètement sur les rotules à la fin d’une journée harassante de lourdes consultations.

Le médecin prescripteur n’étant pas disponible pour assurer le service après-vente de son acte, vous voici donc en face de Jessica en larmes, avec manque de bol ses clichés de mammographie positifs à la main.

Que dire à Jessica pour qui le monde vient de s’écrouler ?

On peut lui dire que cet examen n’aurait jamais dû être prescrit dans son cas, mais il n’est pas sûr que cela la rassure beaucoup, et voilà, maintenant que c’est fait et que le résultat l’a fauchée en plein vol, on est dans de beaux draps.

On peut être contaminé par sa tristesse et son angoisse, donc amplifier le phénomène et se rassurer soi-même plus que la rassurer elle en demandant de toute urgence des explorations complémentaires. De toute façon, vu son état, on peut comprendre qu’elle souhaite aller plus loin et le plus vite possible mais on peut imaginer qu’elle veuille aussi savoir ce que signifie ce résultat positif. Jessica est-elle atteinte d’un cancer du sein avec certitude ? Ou la probabilité qu’elle en soit atteinte avec ce résultat positif est-elle de 99 %, 95 %, 90%, 50 % ?

On peut mettre son costume de scientifique et lui présenter des données comme on les trouve trop souvent dans les livres et articles médicaux :

-Jessica, ne vous inquiétez pas… Hmmm… La probabilité pour qu’une femme de 40 ans développe un cancer du sein est d’environ 1 %. Hmmm… Si elle a un cancer du sein, la probabilité pour que le résultat d’une mammographie soit positif est de 90%. Hmmm… Si au contraire elle n’a pas de cancer du sein, la probabilité pour que le test soit malgré tout positif est de 9 %. Hmmm… Vous allez mieux ? Vous êtes rassurée ? Hmmmmmm…

En général, avec cette façon de présenter les choses, on a perdu tout le monde, et on n’a rassuré personne. Et vous ? Quelle est la probabilité pour que Jessica avec sa mammographie anormale ait développé un cancer du sein ? 95 % ? 90 % ? Beaucoup plus ? Un peu moins ?

Tic tac tic tac, le sablier est retourné. Posez vos opérations, calculez, torturez-vous l’esprit, perdez-vous dans le labyrinthe des pourcentages. Jessica vous observe avec angoisse, vous le pro des stats.

Voici maintenant une autre façon de présenter les mêmes informations.

Considérons 100 femmes. Une d’elle est atteinte d’un cancer du sein et la mammographie sera très certainement positive dans son cas. Sur les 99 qui n’ont pas de cancer du sein, 9 auront également un résultat positif. Ainsi 10 femmes en tout auront une mammographie positive. Combien de femmes sont-elles vraiment atteintes d’un cancer du sein parmi ces 10 femmes ayant un résultat positif ?

Élémentaire mon cher Watson : il est évident qu’une seule femme sur les 10 dont le résultat est positif a effectivement développé un cancer du sein. Soit une probabilité de 10 % et non 90 %, ce qui change tout de même assez profondément les données du problème de Jessica noyée dans ses larmes non ? (Entre parenthèses, pour le moment, devant ce cas clinique fictif, vous ne devriez pas avoir eu besoin de saisir votre stéthoscope ;-)).

Évidemment, cela ne transforme pas le résultat de la mammographie de Jessica en bonne nouvelle, mais notre rôle de médecin n’est-il pas de fournir des informations claires à nos patients ?

Et surtout, n’est-il pas judicieux de leur fournir ce genre d’informations avant la prescription de ce type d’examen ? Mieux vaut prévenir que guérir…

Carabins, délestez-vous un temps de votre stétho et sprintez assister à vos cours de statistiques !

Patients, si votre médecin vous propose un examen de dépistage, demandez-lui ces quelques informations. Et s’il ne vous en propose pas, vérifiez que la prescription d’un de ces examens ne se soit pas glissée par automatisme, par réflexe parmi d’autres. Je pense par exemple à Robert, 50 ans, venu réclamer à son médecin traitant le contrôle de son taux de cholestérol et qui repart pour le même prix et pendant qu’on y est avec la prescription en sus du bilan lipidique d’un dosage de PSA sans explication aucune sur ce dernier.

Inégalité des sexes oblige, je pense aussi à Rihanna enceinte et radieuse, 25 ans, à 10 000 années-lumière d’imaginer le coup de froid qui l’attend lorsque son médecin lui proposera un triple test pour dépister une éventuelle trisomie 21 entre autres. Je la vois, d’un côté, Rihanna, silencieuse, perdue dans des explications complexes et floues donc terriblement angoissantes. Et je vois son praticien, de l’autre côté, pris par le temps quel que soit son mode d’exercice, empêtré dans la multitude de choses qu’il doit gérer en plus de la proposition obligatoire de ce test.

Bref. Donc nous médecins, devrions-nous devenir des pros des stats ? Je ne l’espère pas car en ce qui me concerne, il y a un sacré boulot. Mais tentons tout de même d’être les mieux outillés possible pour avoir les idées claires histoire d’accompagner convenablement nos patients.

*Un dernier petit exemple pour la route dont l’âme est tirée de ma lecture du moment :

Prenons le médicament P dont le but est de faire diminuer le taux de cholestérol de personnes présentant une hypercholestérolémie.

Le médicament P a été étudié pendant 5 ans sur 1000 patients présentant une hypercholestérolémie.

La conclusion de l’étude est largement reprise par la presse spécialisée et grand public de la façon suivante : « Les patients présentant une hypercholestérolémie peuvent rapidement diminuer de 22 % leur risque de décès… en prenant le médicament P. »

La majorité d’entre nous, non médecins comme médecins, comprendra que sur 1000 personnes atteintes d’hypercholestérolémie, 220 éviteront la mort grâce au traitement.

En réalité, ce n’est pas le cas car ce 22 % correspond à la réduction du risque relatif. Pour connaître le nombre de morts évitées grâce au traitement P, il faut lire plus en détail l’étude en question. En lisant ce rapport, on découvre que sur 1000 patients traités pendant 5 ans, 32 sont décédés, alors que sur 1000 patients traités par un placebo, 41 sont décédés. 9 décès ont donc été évités grâce à P ce qui correspond bien à 22 % (9/41).

Si l’on présente les choses en réduction absolue du risque, cela donne 9 décès en moins sur 1000 patients = 9/1000 = 0,9 %. Tout de suite, ça le fait moins.

On peut ainsi déduire que pour qu’un patient tire bénéfice du médicament P, il faut en traiter 111, 9/1000 équivalant environ à 1/111.

Présentées de cette façon-là, les données sont moins flatteuses pour la molécule P, mais beaucoup moins trompeuses. En revanche, on peut aisément imaginer que si l’on souhaite booster les ventes du médicament P, mieux vaut parler exclusivement de réduction du risque relatif.

Billet inspiré de :

  1. Penser le risque - Apprendre à vivre dans l’incertitude. Auteur : Gerd Gigerenzer. Éditions Markus Haller
  2. Mon test est positif, est-ce que je suis malade ? Auteur : Perruche en Automne sur son blog médical : http://perruchenautomne.eu/wordpress/?p=4894
  3. Risk literacy in medical decision-making. How can we better represent the statistical structure of risk ? Auteurs : Joachim T.Operskalski ; Aron K. Barbey. Science 22/04/2016. Article consultable en lien sur le billet de Perruche, les plus curieux pourront aller jusqu’à lire les références en fin d’article qui mentionnent à trois reprises un certain G. Gigerenzer. La boucle est bouclée, on devrait pouvoir sortir du labyrinthe.

samedi 9 avril 2016

LES DANGERS DU MIROIR OU LE CARROND ?

 
 
Si je m’installe face à un miroir, que je lève la main droite en jurant de dire toute la vérité, rien que la vérité, j’observe que mon reflet fait exactement la même chose, en même temps, sans aucun décalage possible. Personne ne peut plus me ressembler ni mieux me mimer que ce reflet.
 
Personne.
 
Rien ne peut nous opposer.
 
Pourtant.
 
Pourtant, à y regarder de plus près, lorsque je lève la main droite, c’est la main gauche de mon reflet qui se lève. Finalement, mon reflet si semblable n’est-il pas mon opposé ? Mon opposant ? Du coup, où est la vérité ?
 
Mon constat est le suivant : dans de nombreux domaines, notre société fonctionne beaucoup trop en miroir et je me demande si cela n’est pas dangereux.

 
Globalement il me semble que c’est ainsi que se pratique par exemple la politique dans notre pays : la gauche / la droite, je fais / tu défais, tu es bling bling / je suis normal. Au fond la méthode est sensiblement la même d’un côté comme de l’autre jusqu’à ce que le mouvement de balancier profite tantôt à l’un tantôt à l’autre pour l’accession au pouvoir, le perdant se retrouvant alors dans l’opposition. L’opposant jette ensuite toutes ses forces pour se présenter comme l’antireflet de façade du gouvernant, seul recours possible pour sauver le pays. La méthode me semble dangereuse car l’opération ne peut se répéter à l’infini. A un moment le peuple y perd ses repères, se lasse, une partie s’écarte du jeu pendant qu’une autre se laisse tenter par l’opportun qui réussit à faire passer les deux principales forces du même côté du miroir.

 
On peut se demander pourquoi parler politique sur un blog médical. Tout simplement parce que la santé est étroitement liée à des choix politiques. L’organisation du système de santé, c’est de la politique. Ne parle-t-on pas de politique de prévention, de politique vaccinale, de politique de santé publique, de loi santé, et j’en passe ? Nous avons un ministre de la santé qui fait chaque jour de la politique. Mais tous les autres ministères ont une part de responsabilité sur notre santé : l’environnement, l’économie, l’intérieur, une partie des décisions prises dans chaque ministère peut rejaillir sur notre santé. Voilà une première raison justifiant de parler politique sur un blog médical. La seconde raison est qu’à mes yeux la communauté médicale (où l’on peut parfois observer comme en politique une quête de pouvoirs) connaît le même travers que le monde politique, à savoir : fonctionner en miroir. Le miroir dans lequel on voit son semblable et celui où l’on voit son opposant. Dès le concours de première année à la faculté de médecine, le seul objectif est de tuer tous ses rivaux, nos semblables qui sont tous là pour nous barrer la route. Une fois la haute barrière du concours franchie, l’étudiant commence à mimer ses aînés des promotions supérieures, puis le jeune interne. Après six années de mime, vient alors le second concours bien qu’appelé examen, pour devenir interne de spécialité. Sachant que parmi les spécialités, on a les « vraies », et la pas « vraiment vraie » pour ne pas dire la « fausse » : la spécialité en médecine générale. On ressent très tôt durant les études cette opposition : médecin généraliste / médecin spécialiste.

 
Une fois la seconde barrière franchie, l’interne mime fréquemment l’assistant chef de clinique, et/ou le chef de service. Il se met à reprendre quelques-unes de ses formulations, de ses intonations, de ses prescriptions jusqu’à ne plus savoir s’en débarrasser.

 
Nous fonctionnons en miroir ressemblant, en reflet, puis si vient le temps de devenir calife à la place du calife, nous fonctionnons en miroir opposant. La gauche / la droite, le bling bling / le normal, je fais / tu défais, la quête de pouvoir.

 
Pour nous construire, nous semblons avoir besoin d’identification puis de rivalité, il faut un gagnant et un perdant. A la fin, le gagnant se regarde dans le miroir narcissique, c’est moi le plus beau, le plus fort, oh miroir mon beau miroir, dis-moi qui est la plus belle. Et ainsi de suite, l’histoire avec ses bons comme avec ses mauvais aspects se répète et se sème ailleurs.

 
Autre exemple : médecins libéraux / médecins hospitaliers. On raffole de la caricature reprise en chœur par certains médias : l’hospitalier étant ce médecin vertueux noyé par l’afflux de patients que le libéral, trop occupé à gérer sa fortune colossale, ne reçoit plus. Ou inversement, le libéral faisant beaucoup mieux, beaucoup plus vite et pour beaucoup moins cher ce que l’hospitalier met des plombes à faire et pour un coût faramineux. On est en permanence dans la division, l’exagération avec pour finalité de monter un camp contre l’autre. Le médecin homme ancienne génération dégoulinant de dévouement dispo 24/24 7j/7qui accourt à domicile en moins de deux versus la jeune doctoresse qui n’est jamais là cette feignasse. Et que dire du CHU, cette usine à malades maltraitante, remplie de médecins inhumains et tordus alors que tous les médecins hors CHU sont des saints ! On ne peut nier qu’il y a des choses à redire sur l’institution hospitalière, que certains comportements de médecins, de chefs de services, de PUPH envers les patients, les soignants, les étudiants sont exécrables. Cela doit être d'ailleurs dénoncé. Il ne faut pas pour autant occulter tout ce qui s’y fait de bien. Personnellement, je me souviens avoir été heurté soit directement, soit indirectement par le comportement ou les propos de certains internes, médecins, professeurs lorsque j’étais étudiant en médecine au sein d’un CHU. Mais j’ai aussi en mémoire de nombreux professionnels très humains et très pédagogues qui restent encore aujourd’hui des références dans mon parcours. On peut à l’inverse rencontrer des médecins généralistes qui sont de véritables ordures, mimant à l’excès voire dépassant les plus sombres aspects de certains de leurs confrères hospitaliers. Les dangers du miroir.

 
Ainsi, le principe du reflet-antireflet s’observe durant les études médicales puis traverse nos statuts, fonctions, institutions. Mais c’est un schéma que l’on retrouve également dès que l’on aborde un thème médical avec les "pro" d’un côté et les "anti" de l’autre. Il est quasiment impossible de présenter de façon plus pondérée, plus nuancée. Vous vous interrogez sur la pertinence d’un vaccin, d’un examen de dépistage, d'un traitement, aussitôt vous êtes quasiment catalogués comme contre, anti, représentants masqués des ligues extrêmes. Les médias en font alors leurs choux gras et ont me semble-t-il une influence et un pouvoir tel qu’ils devraient se méfier du danger du miroir. Lorsque dans un journal ou une émission la question suivante est posée : « Faut-il être pour ou contre la vaccination ? », le seul objectif est de faire du chiffre, de l’audience en faisant s’étriper deux camps qui ne permettront pas au profane d’y voir plus clair. Chaque camp y glane quelques nouvelles recrues pendant qu’une majorité s’en éloigne. On aborde des questions sous le règne de la globalisation et du zapping alors qu’elles mériteraient du temps, du détail, de la contextualisation, de l’individualisation. On retrouve le principe du débat politique avec les leaders des camps opposés sur le ring.

 
A l’ère où prime l’image, le paraître, il semble bien compliqué de se passer d’un miroir. Et si on le laissait de côté de temps en temps, si on décidait de descendre du ring et de dégonfler les pectoraux pour faire un ou deux pas de côté histoire de sentir en toute humilité s’il n’est pas possible de voir certaines choses autrement.

Puisque l’image est importante, voici celle que j’ai envie de partager. Elle aide à comprendre ce que j’entends par « dangers du miroir ».


 
 
On peut s’étriper sur un ring durant des siècles en meuglant :

-De ma place, et tous ceux qui me suivent sont d'accord, il s'agit ici d'un carré.

-Objection ! Tout le monde sait que c'est un rond.
 
-Arrêtez vos âneries ! Toutes les études mènent à la conclusion qu’il s’agit d’un carré ! Il n'y a pas à discuter.
 
-Mais puisque je vous dis nom d’une pipe que c’est un rond, triple andouille !
 
Peut-être qu’en prenant le temps de la réflexion avant de foncer tête baissée, en faisant quelques pas de côté tout en relevant la tête et en s’écoutant, on pourrait arriver à un consensus afin de s’approcher non pas de la vérité (un cylindre) mais d’une solution raisonnable. Ici, le carrond : le carrond.

Si je m'infiltre dans l'intimité d'une relation médecin / patient, ne retrouvons-nous pas ce fameux miroir ? Lorsqu'un médecin tombe malade, ne dit-on pas qu'il passe de l'autre côté du miroir ? Si je reprends mon image ci-dessus et que je balaie le rond comme le carré pour accepter de perdre un peu de pouvoir en approuvant l'idée du "carrond", n'est-ce pas la meilleure solution pour tenter d'exercer une médecine basée sur des preuves (1) tout en partageant les décisions avec le patient (2) ?

Revenons à la question initiale qui devrait normalement s'être légèrement éclaircie : les dangers du miroir ou le carrond ?
 
Je ne saurais m’exprimer pour la politique mais pour la médecine, face aux dangers du miroir, même s’il a sans doute ses limites et qu'il impose une stricte indépendance, je suis un fervent partisan de la voie du consensus. C’est ce que je me disais encore ce matin, en m'admirant me regardant dans le miroir…

(1) Voir ici le sens donné par Docdu16 à l' EBM
(2) Le Dr JB Blanc parle très bien de ce sujet ici : La prise de décision partagée en médecine générale.
 

 
 
 
 
 
 

vendredi 22 janvier 2016

PARADE DOCS

 
 
Durant les fêtes de fin d’année, j’ai eu la visite de ma belle-sœur, son mari, mon neveu et mes trois nièces. Ils vivent près de Londres, mon beau-frère est Anglais. Mes visiteurs British ont investi les lieux pour quelques jours. Durant ce séjour, d’autres convives ont pu apercevoir, posé sur un meuble du séjour, un livre écrit en anglais.
 
Nous étions dix sous le même toit. Quatre Français et demi, cinq Anglais et demi, ma belle-sœur étant quasiment Franglaise. Il y avait donc statistiquement plus de chances que le livre soit lu du côté anglais. On pouvait d’ailleurs occulter les statistiques et en tirer dès ce stade de réflexion la conclusion suivante : Un livre écrit en anglais par une Ecossaise dans un lieu où sont rassemblés plusieurs Anglais ne peut qu’appartenir à un Anglais. C’était sans compter sur certains paradoxes.
 
« Experts can be a source of bias simply because they are experts »

Du côté des quatre Français, il y avait deux enfants trop jeunes pour lire ce type de livre et de toute façon trop jeunes pour lire un pavé de 300 pages en anglais. Ce qui faisait du 5 ½ / 2 ½ pour l’Angleterre.
 
Ajouté à cela que mon niveau d’anglais est largement moins bon que celui d’un ancien président énervé en visite à Jérusalem il y a une vingtaine d’années :
On tombe à Angleterre : 5 ½ / France : 1 ½

 
J’ai fait anglais première langue non-stop de la sixième à la terminale, soit sept ans.

 
J’ai validé l’épreuve d’anglais au bac.

 
J’ai fait de l’anglais médical en première année à la fac de médecine avec épreuve au concours.

 
J’ai queuté la première année, donc j’ai refait une première année avec de l’anglais médical et re-concours.

 
J’ai gagné.

 
J’ai continué l’anglais médical jusqu’en cinquième année de médecine, soit sept ans + six ans = treize ans d’anglais dont six d’anglais médical pour arriver au constat implacable que je suis une brelle en anglais. Toutes ces années (plus que mes études de médecine) pour un tel résultat, c’est con hein. D’autant que pour se tenir informé dans de nombreux domaines mais notamment en médecine, le fait de lire et comprendre aisément l’anglais facilite grandement la tâche.
 

« Some doctors had built their professionnal lives around PSA screening. They had everything to lose from denouncing –or even expressing doubts- about a test that was their bricks and mortar. »



Donc nous avons vu que le livre posé sur un meuble de mon séjour a statistiquement plus de chances d’être lu par un des cinq Anglais et demi. Nous avons compris que malgré le nombre d’années, je suis une buse in english même si je m’efforce de lire de temps à autre un ou deux articles de médecine dans cette langue.



« The only fertility test that really counts is having sex. »



Paradoxalement, c’est bel et bien moi qui lisais ce livre. Je crois même que je l’ai compris. Il faut dire que j’en étais probablement une victime idéale. Celui qui m’a conseillé de le lire ne s’est pas trompé et je l’en remercie publiquement. Peut-être même qu’en chinois ou en russe, j’aurais réussi à comprendre l’esprit de ce livre tellement il me parlait.



« I truly believe that without acting on the evidence it’s easy to harm, maim or kill patients, even when you think you are doing good. »



Avec mon beauf Anglais, entre deux cuisses de dinde de Noël et trois verres de vin, on a parlé. On a parlé politique, David Cameron / François Hollande, foot, Chelsea / PSG, rugby (dont les fabuleuses prestations de nos équipes respectives lors de la dernière coupe du monde), bière, des trucs de beaufs quoi. Mais on a aussi parlé médecine, système de santé, NHS (National Health Service), GP (General Practitioner : médecin généraliste en anglais), etc…
 
Lui, il n’est pas du tout dans le monde de la santé mais ça m’intéressait d’avoir sa vision de patient anglais. Moi, j’ai un petit orteil dans le monde de la santé et pour de rire, je le toisais en affirmant haut et fort qu’en France on a le meilleur système de santé au monde.

« Real life medicine is not a ‘point in time’, paper-based exercise. It is a relationship flowing over months and years. »
 
Pour lui prouver, je lui ai redemandé de me préciser son vécu de patient durant l’épisode de grippe H1N1 d’il y a quelques années.

« Who decides what doctors do : pharma, politicians or patients ? »

Alors en Angleterre, d’après un patient anglais, mon beauf, lorsque tu présentais des symptômes de grippe pendant la fameuse pandémie de 2009, tu devais téléphoner à un numéro précis pour répondre à un questionnaire. En fonction des réponses, à la fin de l’interrogatoire, sans aucun examen clinique, tout se faisant à distance, sans médecin et par téléphone, on te disait si tu devais ou non prendre du Tamiflu. Si oui, on te donnait un code un peu comme quand tu dois changer ta box, ce code permettant d’aller te faire délivrer ta dose de Tamiflu.

« As a medical student and then junior doctor, I had a happily innocent view on healthcare charities. »

Évidemment moi, médecin français, je me suis ré-offusqué en entendant qu’une prescription de Tamiflu puisse se faire par simple appel téléphonique sans interrogatoire ni examen clinique réalisés par un médecin. C’était peut-être le moyen qu’ils avaient trouvé là-bas outre-Manche pour limiter la consommation de Tamiflu à tout-va. Mais moi, médecin mesquin, je me suis demandé si tu ne gagnais pas le gros lot à chaque appel et que quelles que soient les réponses, on te délivrait le code magique pour vendre un max de doses de Tamiflu.

« Money. Where it comes from is important…… We are not good at telling when we are influenced. »

Pour illustrer notre meilleur système de santé au monde, j’ai re-raconté l’œuvre bachelorette de notre Roselyne alors ministre de la santé qui commandait pendant ce temps-là des cargos de vaccins à disperser dans les vaccinodromes alors qu’il était déconseillé de regrouper de nombreuses personnes en un même lieu. Le meilleur système de santé au monde !... Tout dépend de quoi, de qui et de quand on parle en fait.



« Medicine likes to think of itself as a useful and powerful force for good. But you have to know that you really are good. »



Pour nous remettre de nos émotions et faciliter notre digestion, mon beauf et moi on s’est enfilé un trou normand.



« It is easier to do things than not do – harder to sit on hands than it is to write a prescription. »



Ensuite, mon beauf a tenté de me réexpliquer l’organisation de la médecine générale en Angleterre, le National Health Service (NHS), l’hôpital. Le tout enrichi des réflexions de ma belle-sœur qui sait comment ça fonctionne en France tout en étant maman de quatre enfants en Angleterre donc susceptible d’avoir eu recours de temps en temps à la médecine. Premier point et non des moindres, d’après ce que j’ai compris (je rappelle qu’il s’agissait d’un repas familial arrosé), en Angleterre, pays me semblant plus libéral que la France, les médecins généralistes ne sont pas payés à l’acte. Ils sont souvent regroupés au sein de structures avec des « nurses », certains médecins pouvant avoir des parts de la structure, d’autres pouvant en être salariés. Je ne sais pas si c’est bien, mieux, ou pire qu’en France, mais apparemment ça marche ainsi. Pour faire simple alors que c’est compliqué, les médecins sont rémunérés non pas à l’acte mais en fonction du nombre de patients inscrits auprès du cabinet et d’un certain nombre de critères comme les vaccinations effectuées, les frottis de dépistage réalisés etc… Plus grand est le nombre de critères atteints, plus importante est la somme d’argent versée au cabinet de GPs.



« The autority of medicine enjoys displays of instruction and activity, it is so much harder to question and doubt it. »



Mais le patient anglais n’honore pas le GP par le versement de quelques livres en fin de consultation comme le fait le patient français avec ses euros même si la transaction ne devrait presque plus se voir d’ici quelque temps lorsque le tiers-payant imposé entrera en fonction, ce qui selon certains fonctionnarisera les médecins libéraux français, peut-être les mêmes qui disent que les GPs sont des fonctionnaires. La réalité me semble plus complexe, ces raccourcis devant sans doute être allongés de quelques nuances.



« Our perceptions of what might harm or maim us become skewed instead by what is popular. »



Remettons-nous du côté du consommateur patient anglais, mon beauf. Lui et ma belle-sœur pouffèrent de rire lorsqu’on relata qu’en France on court encore trop souvent, non le verbe est faible, on sprinte chez le MG pour des pathologies bénignes comme des rhinopharyngites ou des gastroentérites. Voire on jaillit des starting block au premier gargouillis intestinal, à la moindre microgoutte au nez, au cas où des fois que parce que ça tombe toujours sur les bronches et y a le baptême de la nièce ou le week-end au ski (Quand j’écris ça, je n’incrimine pas les patients, nous médecins avons notre large part de responsabilité dans ce constat).



« I believe it’s important that doctors act as profesionnals who can put aside self-interest and vested interests in order to serve patients well. »



Le plateau de fromages qui puent est arrivé au milieu de notre discussion sur les vaccinations, l’otite, l’angine, la vitamine D chez l’enfant et les antibiotiques. Mon beauf a dit un truc du genre et avec l’accent British : « mes quatre enfants ont souvent été malades mais ont rarement pris des antibiotiques, je pense qu’en France ils en auraient eu beaucoup ». Moi j’ai fanfaronné « mais non puisque je te dis qu’on a le meilleur système au monde, we are the best of the world, we are the world, guy ! » même si dans ma tête je pensais à ces litres d’antibio déversés chaque jour dans les gorges des gamins pour trois fois rien sans parler des pelles à charbon de cortisone que nos petites trognes se mangent dès que ça tousse un peu.



« I have vague ambitions of opening, one day, an evidence-based pharmacy »

« Most pharmacies contain far, far, more. »

« Lots of stuff you see heaving on pharmacy shelves is not there because it has been evidence approved. »



Mon beauf ne comprenant pas que nous en France nous mangeons du fromage moisi comme le Roquefort, on est vite passé au dessert en faisant un petit détour par un trou bourguignon histoire d’accorder nos cornemuses avec la Normandie et fighter une ou deux éventuelles Listeria blotties dans un Epoisses (la prévention, y a que ça de vrai…). Lui et ma belle-sœur ont fini par lâcher qu’en Angleterre, quand on est vraiment malade, qu’on a vraiment besoin de médecins pour des trucs pas cool, c’est pas si rose que ça.



« The more likely you are to need help, or to benefit from medical care, the less easy it is to access it. »





CONCLUSION :

 
Voilà. J’aurai réussi à écrire tout un billet sans queue ni tête en survolant le cœur du sujet initial. J’aurai partagé quelques bribes de conversation et quelques plats de mon menu de fêtes lors de la visite de mon beauf anglais. J’aurai esquivé, brodé, théâtralisé.



« Medical ethics needs separation from tansient political will. »



En résumé, j’ai fait le doc, j’ai paradé, j’ai fait la parade du doc sans vraiment parler du fond de ce livre : The patient paradox de Margaret McCartney. Un livre fouillé, argumenté, éclairant, une sorte de No mammo de Rachel Campergue mais qui balaie plus largement de vastes domaines de la médecine générale. Je n’aurai pas parlé de ce qui m’a le plus estomaqué, ce que le docteur McCartney écrit sur le frottis cervico-vaginal, sur l’autopalpation mammaire, et sur bien d’autres thèmes.



« The patient paradox : the less ill you are, the more care you get. »



Beaucoup de choses ont déjà été très bien détaillées ici chez le doc du 16.



« Good choices need good information. »



L’objectif de ce billet n’est autre que d’encourager la lecture de cet ouvrage indispensable pour les curieux et ceux qui ont choisi de se poser des questions pour avancer, ceux qui tentent d’éviter peut-être la trop fréquente posture de l’imposture.



« More health screening may mean that we spend a good portion of our lives being tested for diseases we were never going to get, or enduring treatments that were never going to change when or how we died. »



Pour ceux qui sont réticents car frileux à l’idée de lire un bouquin en anglais, je promets que mon niveau est très modeste. J’ai volontairement repris sans les traduire des extraits que j’estime parlants. Faites le test de lire ces phrases en rouge. Si vous comprenez et que ça vous parle alors allez plus loin, lisez le livre.
 

« Good science starts with the acceptance that we don’t know the answer to a problem. »



Si vous comprenez mais que ça ne vous parle pas alors un petit effort, allez encore plus loin et lisez-le quand même. Pour ceux qui ne comprennent absolument rien, mais qui pensent que ça peut leur parler, ne vous mettez pas à l’anglais, ça serait trop long. Il est dommage qu’aucune traduction n’existe et ne soit à l’ordre du jour. Le monde de l’édition étant ni mieux ni pire que le reste des mondes, à savoir que l’objectif d’un livre est qu’il se vende pour faire du fric, on peut aisément imaginer que la traduction française de The Patient Paradox ferait un bide à côté de grandes œuvres littéraires comme les frasques trierweileresques ou les saillies zemmouriennes. Mais si on met en priorité la santé, l’amélioration des connaissances, l’intérêt et le choix éclairé des patients avant le fric, si on imagine que le livre traduit pourrait être commandé par un grand nombre de bibliothèques universitaires médicales, tous les départements de médecine générale, une flopée d’enseignants en médecine générale, de professeurs universitaires, de médecins généralistes, d’étudiants en médecine et bien sûr de patients car c’est au grand public que ce livre est avant tout destiné, et que comme par miracle une large brochette de médecins se partageant l’espace médiatique hexagonal en assure la gracieuse promotion, alors le bide ne serait peut-être pas si gros que ça. La brochette est fournie. Là tout de suite en quelques secondes me viennent déjà des noms : Dr M. Cymes, Dr A. Karembeu, Dr G. Kierzek, Dr JD. Flaysakier, Dr P. Pelloux, Dr JF. Lemoine, Dr A. Ducardonnet, bref, ils sont en nombre aux antennes et au passage la féminisation de la médecine ne semble pas encore avoir atteint la médecine médiatique. Non je déconne, ne croyons pas au père Noël. Soyons lucides. On ne peut compter que sur le bouche à oreille, alors lisez et passez ou traduisez à votre voisin.



« When patients become customers, they lose the protection that proper medical professionalism should provide. »



À votre santé !



lundi 4 janvier 2016

QUOI DE NEUF DOCTEUR ?




Il y a dans le domaine médical énormément de choses intéressantes à lire pour se tenir déformé informé. Le choix et le tri ne sont pas toujours aisés.
 
Alors que je n’ai pas encore terminé l’excellent ouvrage conseillé il y a quelques semaines par un confrère blogueur, premièrement parce que je ne suis pas des plus à l’aise avec la langue de Shakespeare, mais aussi parce que je hume ce livre comme un bon vin, une consœur est venue perturber ma matinée du 31 décembre dernier. Elle m’a dit pleine d’enthousiasme : « j’ai un truc à te faire lire, je te connais, je sais que ça va te plaire ».
 
Évidemment, les mots de ma consœur comme le titre de la revue ont suffi à attiser ma curiosité.



J’ai alors plongé avec mes brassards dans les pages de cette revue médicale à la recherche de l’article conseillé si confraternellement.
 
Cela a confirmé la fine expertise de ma consœur puisqu’elle me connaît bien et sait en effet ce qui peut me plaire. Une indéniable experte. D’ailleurs, moi aussi je la connais plutôt pas mal, tout du moins suffisamment pour partager le même lit et que deux enfants soient nés de notre amour. Oui, en plus d’être l’expert l’un de l’autre, nous sommes amoureux. L’amour rendant aveugle, nous voici donc dans une situation d’expertise en double aveugle, ce qui tout le monde l’aura compris, laisse peu de place aux doutes, encore moins aux biais. A moins que… Non je n’ose y penser… A moins que l'évidence de la science vienne s’immiscer dans nos certitudes et qu’un test de paternité fasse voler en éclats notre aveuglante expertise ? Non non non non non non ! Elle est la mère de mes enfants, j’en suis le père, impossible que la médecine m’en fasse devenir l’ex-père. Alors revenons à notre revue qui retrace les principaux bouleversements de la pédiatrie survenus durant l'année 2015.
 
Ce numéro est une succession d’articles écrits chacun par un expert de la question du type :
 
« Quoi de neuf en infectiologie pédiatrique ? »
 
« Quoi de neuf en vaccinologie française ? »
 
« Quoi de neuf en pneumologie pédiatrique ? »
 
Et ainsi de suite. Bien entendu, le risque pour un médecin recevant des enfants en consultation de ne pas lire la réponse à la question posée est de ne pas être au courant des nouveautés, donc de mettre en péril la santé de ses petits patients.
 
Sur les conseils de ma consœur experte épouse, j’ai donc parcouru l’article intitulé :
 
 
L’article est divisé en une demi-douzaine de chapitres et j’ai été plutôt rassuré car apparemment, je n’ai rien loupé de majeur sur la question en 2015. Je me suis tout de même arrêté sur un chapitre :
 


Reconnaissons que le titre de ce chapitre claque. Je me suis dit : « la vache ! ». Et aussitôt j’ai imaginé tous ces enfants à qui je n’ai jamais prescrit de prise de sang pour rechercher une carence martiale, tous ces enfants potentiellement anémiés, toutes ces poches de sang qui auraient pu servir à transfuser d’autres patients si je n’avais pas négligé ce problème majeur de santé publique. Très honnêtement, je me suis fait peur. Pour me rassurer rapidement, j’ai lu le chapitre où je pensais trouver quand et à quel intervalle dépister et contrôler une carence martiale chez l’enfant. Oui, moi, petit médecin de terrain, j’ai besoin des conseils avisés de l’expert, que dois-je faire ? Quand ? Combien de fois ? A partir de quand je traite ? Combien de temps ? Quelles sont les complications à éviter, surveiller ? Que dois-je vérifier ?


Finalement, j’ai été un peu déçu car le chapitre n’a pas répondu à mes questions. De plus il a augmenté mes peurs perdu que j’étais dans des successions de chiffres et d’études qui en mettent plein la vue. On y confirme que la carence en fer est bien un problème majeur de santé publique sur le continent européen. On y apprend que des apports insuffisants en fer sont notés chez environ 30 % des enfants après l’âge de 1 an en France, que la prévalence de l’anémie par carence martiale –stade le plus sévère de la maladie- est inférieure à 5 % en Europe du Nord. J’aurai donc découvert que la carence martiale est une maladie, avec différents stades, dont l'anémie est le plus sévère. Mais rien n’est dit pour la traquer, la débusquer.
 
En revanche et fort heureusement, l’expert nous rassure dans sa conclusion sur la carence martiale :
 
 
« Ces travaux soulignent l’importance des formules infantiles pour assurer les apports en fer chez l’enfant de 0 à 36 mois, et notamment celle du lait de croissance après un an. »
 
J’aurais aimé trouver dans cette conclusion limpide un lien vers l’étude sur laquelle l’expert s'appuie pour affirmer tout cela, mais rien de rien. C’est peut-être un oubli. Ou alors il n’a pas jugé utile de mentionner ce type de renseignement. Du coup si quelqu’un a un papier fiable sur lait de croissance-carence martiale-anémie, je suis preneur. Merci.

Il y a vraiment énormément de choses intéressantes à lire pour se tenir déformé informé. Le choix et le tri ne sont pas toujours aisés, vraiment.
 
Parce que par exemple, juste un peu avant le chapitre sur la carence martiale, il y en a un sur l’obésité. Alors que comme je l’ai déjà écrit plus haut, j’ai un livre très éclairant à terminer, que je ferais mieux de poursuivre cette lecture, car j’aurai probablement des choses à en dire et à partager, ben non, j’ai lu le truc sur l’obésité. Pourtant vu le titre, j’aurais pu passer à autre chose. Mais il y avait mon experte qui m’avait dit : « Si si, je te promets que ça va te plaire ». Je rappelle pour rassurer tout le monde que nous sommes ici dans une étude d'experts en double aveugle ;-)
 
Pour faire vite, je reporte ici juste le titre et la conclusion.
 
Le titre : « Obésité : rien de nouveau »
 
La conclusion : « En conclusion, rien de vraiment nouveau en obésité infantile. Le rôle de la génétique est confirmé, les illusions autour de la prévention persistent, et la chirurgie bariatrique de l’adolescent mérite de se développer ».
 
Je me suis dit que c’était pas très utile de revenir sur tout ce qu’il y a entre le titre page 30 et la conclusion page 32 du chapitre sur l’obésité car on aurait certainement un peu de mal à me croire tellement c'est gros ! Finalement, tout bien réfléchi, la page 31 qui est un publi-communiqué vaut à mon humble avis de non expert son pesant de cacahuètes.
 
Le voici sans aucun commentaire de ma part, je vous laisse à vos réflexions :





Je sais, c’est assez difficile à digérer, donc beaucoup plus facile de se dire que j’ai fait un montage et que tout est faux. Malheureusement tout est vrai. Et je mets à la disposition de qui veut, l’original de la revue « Réalités pédiatriques » Mensuel 196 de novembre 2015.
 
Évidemment une fois la revue entre les mains, j’ai eu du mal à m’en détacher. Je suis tombé sur d’autres trucs sympas.
 
Exemple en début de revue :
 
« Quoi de neuf en infectiologie pédiatrique ? ».
 
L’expert revient sur la vaccination rotavirus et les invaginations intestinales aiguës. Il ne semble pas très ravi de l’avis du Haut Conseil de la Santé Publique suspendant la recommandation vaccinale. Pour enfoncer le clou, on retrouve le même sujet traité de façon similaire en fin de revue « Quoi de neuf en vaccinologie française ? ». Cette fois-ci c'est un autre expert qui s'exprime, mais un expert vraiment encore plus expert puisque « Expert INFOVAC France ». Ces experts reconnaissent qu'il y a bien un risque d'invagination intestinale post-vaccinale mais que les deux décès d'enfants observés en France sont surtout liés à un retard de diagnostic de cette complication. Soit, il est vrai que la science exige de la précision et de la subtilité. Nous au contraire, sur ce blog, sans précision, sans subtilité ni expertise nous avions parlé du sujet dans la série justement intitulée: LES EXPERTS .
 
 
 
Finalement, quoi de neuf docteur ? Ben pas grand-chose, ça continue encore et encore. Rappelons-nous de 2014, nous avions écrit un billet assez similaire sur le fond, non pas avec du McDO dedans mais du Kiri et du Babybel dans Pub Med.
 
 
Il y a dans le domaine médical énormément de choses intéressantes à lire pour se tenir déformé informé.
Il suffit juste de faire un peu de tri et choisir les bonnes lectures. C'est loin d'être toujours facile. Surtout que la médecine a de nos jours plutôt la fâcheuse tendance à s’immiscer dans les moindres recoins de la vie des gens qui vont bien. Donc par exemple, si un article sort chiffres à l'appui sur la meilleure façon de se torcher les fesses alors que le sujet ne t'avait jamais effleurer l'esprit et que tu n'as jamais eu de problème de ce côté-là mais que la conclusion de l'article précise que les papiers double épaisseur de telle marque donnent d'excellents résultats, alors il n'est pas exagéré de penser que l'auteur-expert-torchologue roule pour tel fabricant de papier-cul. Par conséquent, tu peux te torcher avec le dit article.
 
 
Je vais donc remettre le nez dans mon livre anglais indispensable pour se tenir informé déformé et dont une phrase résonne chaque jour un peu plus dans ma tête : 
 
« Experts can be a source of bias simply because they are experts »
 
Ce livre sur lequel je reviendrai probablement à ma façon s'intitule « The patient paradox » de Margaret McCartney. Les meilleurs arguments pour en encourager la lecture se trouvent dans ce billet.
 
L’auteur de ce billet déclare ne pas avoir de conflits d’intérêts et n’a aucun intérêt à déclarer le moindre conflit.
 
 

jeudi 17 décembre 2015

ALINE ?


 
 
Aline, la quarantaine portée avec élégance, deux enfants plus que parfaits, un mari idéalisé, est allée consulter le Docteur Christophe, son fabuleux médecin traitant.
 
Elle est sportive Aline. Très sportive. Du sport amateur. Mais de ces amateurs qui se prendraient presque pour des pros au point d’en devenir un peu exigeants, légèrement impatients, totalement chiants. Elle n’a jamais autant consulté, consommé d’examens, de soins, d’antalgiques et d’anti-inflammatoires que depuis qu’elle s’est mise au sport Aline. Cette fois-ci c’est le genou qui la gêne. Oui une gêne plus qu’une douleur. Quoique. Une douleur qui fait mal mais pas trop. Mais quand même c’est gênant et il est hors de question de se mettre au repos comme le lui conseille régulièrement le bon Dr Christophe car il y a bientôt le tournoi annuel entre les femmes du quartier et comme on le dit : « le sport c’est la santé ». Alors imaginons qu’Aline arrête le sport deux à trois semaines, quel désastre ! D’autant que c’est une winneuse Aline, pour la troisième année consécutive, elle veut le gagner ce tournoi.
 
 
Le Docteur Christophe est légèrement plus âgé qu’Aline. Généraliste et fier de l’être, il s’est installé quasiment dès sa sortie de la faculté. Jeune, sympathique, à l’écoute, prenant le temps, il a très vite été apprécié dans le secteur. Mais depuis quelques années, le doc a changé. Les patients sont parfois vite expédiés. L’expérience diront certains, un médecin expérimenté qui connaît bien ses patients a besoin de moins de temps. Mouais. Et les patients ? Ont-ils besoin de moins de temps ? Non, la vérité que tout le monde ne sait pas malgré la rumeur grandissante c’est que le Dr Christophe ne va pas très bien depuis quelques mois. Il prend des antidépresseurs auto-prescrits comme ça à l’arrache, un anxiolytique par-ci par-là, et un somnifère tous les soirs entre deux, trois, quatre bières voire plus si affinité. Car voyez-vous, Madame ex-Christophe ayant demandé le divorce et la garde des trois enfants qu’elle a obtenue, le doc a le blues sous sa blouse de doc. Il ne s’était rendu compte de rien, le coup est venu comme ça sans prévenir, du moins le dit-il. Pour honorer la pension alimentaire et tenter de raccrocher des morceaux brisés à jamais, il crache du fric. Un cadeau par-ci pour le petit dernier, un week-end par-là avec l’aînée. Le seul moyen de s’en sortir a été d’accélérer le rythme des consultations pour voir chaque jour plus de patients.
 
Mais avec Aline, il prend plus de temps.

Aline, c’est une patiente impatiente, mais c’est aussi une amie. Ils jouaient dans le même club lorsque le Dr Christophe avait le temps de faire un peu de sport lui aussi. Pour palper le tendon d’Achille enflammé d’Aline dans les vestiaires, le docteurami Christophe était là. Pour l’épicondylite rebelle, pour la contracture cervicale, les courbatures tenaces, le docteurami était toujours prompt à faire rouler ses pouces sur les parties endolories avant de griffonner une ordonnance à titre gratuit. Par petites touches répétées, le médecin a fini par faire le tour des courbes du corps d’Aline. Il le connaît si bien qu’il pourrait le dessiner.


«J'avais dessiné sur le sable
Son doux visage qui me souriait»


Lorsqu’elle se rend au cabinet du généraliste, Aline ne prend jamais rendez-vous. Elle passe comme ça à l’improviste, elle est reçue quasiment de suite, entre deux
. Et même si la salle d’attente est pleine, le docteurami Christophe lui consacre de plus en plus de temps. Il apprécie tellement leurs échanges. Il l’examine toujours consciencieusement. Il aime faire glisser ses mains sur sa peau, palper son abdomen avec douceur, tenter de détendre un de ses mollets contractés. Il prend petit à petit conscience qu’il se perd entre le médecin et l’ami d’Aline pour mieux refuser de s’avouer qu’il rêve secrètement d’en devenir l’amant. Alors le soir, il noie son chagrin d’amour, son divorce d’hier, l’éloignement de ses enfants dans son cocktail d’ASB (Antidépresseurs-Somnifères-Bières). Si on suit l’ordre alphabétique il paraît que l’ASB est moins pire et plus light que le LSD. De plus il est légal. Cependant le docteuram(i)ant Christophe se grille à petit feu.
 
La dernière fois qu’il a vu Aline, c’était donc pour cette fameuse gêne plus ou moins douloureuse du genou qui durait depuis des semaines. Une Aline resplendissante, une Aline encore plus belle à ses yeux que l’image qu’il en conservait de sa précédente consultation, une Aline briseuse de cœur sans antécédent aucun hormis une maladie d’amour pour son mari, une Aline en pleine forme avalant des médicaments uniquement depuis qu’elle fait du sport, une Aline avec deux beaux enfants et son putain de mari dont elle semblait affreusement éperdument amoureuse et dont la simple évocation collait un long frisson remontant des lombes aux cervicales du bon Docteur Christophe. C’est durant la palpation du genou d’Aline que le cerveau du médecin a commencé à entrer en action pour tenter de lui déclarer sa flamme. Les palpitations ont démarré. Il a craint un instant que la moiteur de ses mains se fasse sentir sur la rotule de la belle. Mais les mots n’ont pas suivi. Le médecin a fini par prendre le stylo, griffonner son ordonnancier pour que sa patiente puisse se faire explorer le genou. Puis il ne l’a plus jamais revue, Aline s’étant envolée au possible pays des merveilles.


«Et j'ai crié, crié, Aline, pour qu'elle revienne
Et j'ai pleuré, pleuré, oh ! J'avais trop de peine»

Parce qu’il était habitué à l’impatience de ses patients sportifs eux-mêmes habitués à voir pratiquer d’innombrables examens complémentaires pour les bobos de nos valeureux sportifs professionnels (souviens-toi la cuisse de Zidane), parce qu’il savait que conseiller le repos valait autant que pisser bien droit dans un violon, parce qu’il y avait peu de chance qu’une simple radiographie soit très contributive, parce que d’emblée l’IRM et ses délais seraient pas très bien perçus, parce qu’il voulait absolument faire quelque chose, parce qu’il fallait mettre un terme à cette consultation pour pouvoir voir les nombreux autres patients gentiment assis en salle d’attente, parce que c’était sa patiente préférée pour ne pas dire une amie voire plus dans ses rêves, parce qu’elle voulait absolument participer à ce tournoi, parce qu’il avait l’esprit embué par ses médicaments, ses sentiments et sa vie de merde, pour plein de raisons déraisonnables, Christophe a prescrit à Aline un arthroscanner du genou.
 
Aline a couru au cabinet de radiologie du quartier. N’ayant aucun antécédent, aucune allergie connue, on a pu réaliser l’examen prescrit en lui injectant un produit de contraste dans l’articulation du genou. L’examen s’est bien déroulé et n’a rien révélé de particulier. Au moment de quitter le cabinet, Aline a eu le temps de dire à la secrétaire qu’elle avait de plus en plus de mal à respirer avant de s’effondrer. Les radiologues ont fait tout ce qu’il y avait à faire face à un choc anaphylactique, le SAMU est arrivé pour prendre le relais, en vain. Aline s’en est allée, comme ça, dans le hall d’entrée d’un cabinet de radiologie, pour une gêne plus ou moins douloureuse du genou.
 
Aline.

Aline, Alice, Alain, Ali, Alphonse, Ahmed, Albert, Bertrand, Bernard, Betty, et tou(te)s les autres…

Le long frisson à l’idée de ces trop nombreuses consultations que j’ai pu abréger par une prescription pour des raisons bien éloignées de la pure médecine. Des raisons déraisonnables. Des prescriptions induites par le contexte, mes fragilités, mes lacunes, l’insistance d’un patient, la salle d’attente pleine à craquer, ma formation principalement axée sur le faire à tout prix etc, etc…

L’histoire d’Aline tirée de la réalité enrobée ici d’une bonne couche d’imaginaire par respect du secret médical m’a ainsi propulsé dans les filets de ma réalité. Alors j’ai claqué des dents. Quelques gouttes d’encre, une plume, une feuille. Un rapide glissement de la pointe sur le papier, une signature, et la consultation est terminée… pour le médecin. Pour le patient, elle se poursuit. Un dosage par-ci, une radiographie par-là, une pilule comme ci, une gélule comme ça. Perçoit-on et prévoit-on précisément toutes les possibles conséquences d’une prescription ? Appréhendons-nous suffisamment l’enjeu de cet acte durant nos études de médecine comme tout au long de notre carrière ?

L’histoire d’Aline est une histoire de chasse. Comme bon nombre de toutes celles contées sur ce blog, elle a été transformée, déformée, malaxée. Mais les points les plus importants et marquants sont bien réels : un(e) patient(e) de quarante ans sans antécédent a fait un choc anaphylactique dans un cabinet de radiologie à la suite d’un arthroscanner. Il ou elle s’en est sorti(e) sans séquelle grâce aux premiers gestes du radiologue et au SAMU arrivé rapidement pour le prendre en charge.

Keep cool, ce genre d’accident est rare. Mais il existe. De façon plus générale et sans aller jusqu’à cette situation extrême, en médecine, aucun geste, aucun examen, aucun traitement n’est anodin. Le jeu / la chandelle, la fameuse balance bénéfices/risques. Soignants et patients, ayons-le à l’esprit.

J’ai profité de ce billet pour effleurer d’autres questions qui peuvent en amener bien plus encore. Le médecin ami, le médecin souffrant, l’automédication des toubibs. Le patient ami, le patient aimé, les passe-droits, le patient aisé qui a ses entrées dans le « milieu ». Ce dernier est-il réellement mieux pris en charge ? Bref, que de questions auxquelles je n’ai aucunement la prétention de pouvoir répondre. Mais si ton ami médecin ne répond pas à tes demandes médicales, contrairement à ce que tu peux penser, c’est peut-être qu’il te considère vraiment comme un ami et qu’il te veut du bien.
 
Bonne réflexion.
 
«J’avais dessiné sur le sable
Son doux visage qui me souriait…»