vendredi 19 septembre 2014

HIPPOCRATE, MERCI POUR CE MOMENT...

Hippocrate c’est pour moi ce médecin philosophe grec ayant vécu il y a très très longtemps. Tellement longtemps que c’était même avant Jésus-Christ, à ce qu’il paraît.
 
C’est aussi et avant tout le serment qui lui est attribué, dont j’ai lu une courte version le jour de ma thèse afin de passer du côté obscur des docteurs en médecine. Évidemment, ça, ça me parle beaucoup plus.
 
Mais depuis quelques jours, Hippocrate c’est aussi ce film du Dr Thomas Lilti que je suis allé voir en solitaire un soir de météo agitée dans un petit cinéma indépendant de province.
 
 
 
Confortablement installé au fond d’un fauteuil, à ma droite, le sac à main posé sur la veste d’une dame d’âge mûr qui n’avait manifestement pas envie qu’un inconnu s’assoie à ses côtés. A ma gauche, un type de la soixantaine qui avait toute la dégaine d’un toubib. Je me trompe plus que probablement, mais j’adore imaginer la vie des gens que je croise. J’adore me faire des films.
 
Ce film justement, ce sont les premiers pas d’un interne en médecine au sein d’un service hospitalier tenu par son père. Si tu préfères lire l’avis demandé à des docteurs dans de célèbres magazines, tu as celui de Martin Winckler dans Télérama ou celui du Dr Gérald Kierzek dans Paris Match.
 
 
Quand le premier semble avoir apprécié un film qui l’a replongé trente ans en arrière dans un système médical français qualifié de féodal, le second dit ne pas avoir aimé, ni ri, mais au contraire avoir souffert et ressenti de la colère. Comme quoi, demander un second avis médical peut parfois te perdre plus que t’éclairer non ?
 
Si tu veux l’avis d’un spectateur-médecin lambda à qui personne n’a rien demandé mais qui a tout de même eu envie de l’ouvrir, le voici.
 
Globalement, tout est dans le titre de ce billet : «Hippocrate, merci pour ce moment». Je reconnais l’avoir légèrement piqué à une nana qui va se faire pas mal de fric avec cette histoire mais honnêtement, j’ai passé un très bon moment en compagnie non pas du mais des deux personnages principaux que sont à mes yeux Benjamin et Abdel. Dès les premières minutes, j'ai plongé dans l’histoire et j’ai été saisi par la justesse des lieux, des expressions, des dialogues, des visages, des dégaines. Je me suis revu déambuler dans le labyrinthe des sous-sols de l’hôpital en me demandant si j’allais un jour réussir à trouver cette fichue lingerie. Je me suis revu enfiler cette blouse rarement à ma taille, souvent maculée de taches «propres», tout sauf hygiénique. Ce réalisme, je l’ai observé quasiment tout au long du film qui pourtant reste une fiction. C’est là il me semble que réside la prouesse du réalisateur qui a réussi à concocter une histoire réaliste sans tomber dans le documentaire. La réalité ? Quelle réalité ? Nous avons tous notre propre réalité, nos propres réalités. J’ai donc été parfois touché de voir certaines de mes réalités sur un écran de cinéma. La réalité des premiers jours d’un interne penaud les deux pieds dans le même sabot. La réalité des internes et médecins étrangers qui font tourner nos hôpitaux et à qui j’avais consacré un billet intitulé Etrangitude. Pour y être retourné exercer en tant que médecin relativement récemment, la réalité du manque de matériel, du matériel défectueux, des conditions de travail des soignants à l’hôpital, mais est-ce mieux ailleurs et dans d’autres domaines ?
 
Quelques points n’ont tout de même pas forcément été conformes à ma réalité, je dis bien à MA réalité. Par exemple, les gardes semblent relativement calmes dans le film. «Dans mon temps» (oh le vieux con !), nous étions à la fois de garde aux urgences et pour les différents services d’hospitalisation. C’était pratiquement toujours le bordel total avec des délais d’attente insoutenables pour les patients et donc peu d’occasions d’aller admirer les fresques murales de la chambre de garde… Dans ma réalité, il est également fréquent que la seule porte d’entrée à l’hôpital soit le service des urgences, au plus grand détriment de certains patients comme je l’avais relaté ici avec Madame Michu et son fichu sur la tête.
 
Certains diront que les thèmes abordés dans le film tels les soins palliatifs, l’acharnement thérapeutique, la confrontation à la mort d’un patient, l’alcoolisme et bien d’autres sont seulement survolés. Oui et alors ? Il s’agit de l’histoire des premiers pas d’un interne dans l’apprentissage de son métier de médecin. Rien d’étonnant donc qu’il survole ces sujets qui seront approfondis ou pas par ses formations et ses propres expériences tout au long de sa vie professionnelle.
On peut comprendre que certains médecins réanimateurs se sentent caricaturés voire insultés dans ce film. Mais au-delà des interminables guéguerres entre différentes spécialités médicales j’ai plutôt vu le message de toujours faire primer la chaleur humaine et l’intérêt du patient loin devant l’action thérapeutique systématique et la froideur de la technicité. Un peu comme je l’ai vécu avec cette histoire : Ten years later.
Les réa en ont donc pris pour leur grade mais ça aurait très bien pu viser une autre paroisse, de la gynéco à la cancéro en passant par la médecine générale, oui, je ne vois pas pourquoi la médecine générale serait épargnée. Le message est à mon avis adressé au monde médical dans son ensemble. Je suis persuadé que le spectateur non médecin saura faire la part des choses et ne généralisera pas à l’ensemble des réanimateurs hospitaliers ce qui est décrit dans ce film.
 
Souvent, on dit que la réalité peut dépasser la fiction. Mais la fiction permet parfois de dévoiler voire dénoncer certaines réalités. Je ne vois pas pourquoi cela ne vaudrait pas pour ce film.
 
Avant de terminer, je vais te raconter une courte histoire :
 
Elle se déroule il n’y a pas si longtemps que ça dans un centre hospitalier. Un médecin sénior fait sa visite au lit des malades accompagné de sa troupe d’internes, étudiants, stagiaires, infirmières etc… Un patient en fin de vie a envie de discuter avec le Docteur. Il lui confie qu’il est heureux car avant de partir pour l’éternité, il s’est fait creuser une piscine au milieu du terrain de sa propriété. C’était son rêve, il semble apaisé de l’avoir réalisé. Il sait qu’il n’en profitera pas, mais c’est un cadeau offert aux siens, «un souvenir de papy lorsque mes petits enfants s’y baigneront gaiement ». Une fois la discussion expédiée en moins de temps qu’il ne faut pour la raconter et sorti de la chambre, le médecin sénior s’adresse à son auditoire. Attention, ouvre bien les oreilles, les deux, pour une grande séance de formation médicale non pas au lit du malade mais dans le couloir devant la porte de sa chambre : « Plutôt que de se faire creuser une piscine, il aurait mieux fait de se faire creuser une tombe ». Froid silence crispé puis sourires gênés de l’assemblée, car quand le grand Maître fait une blague, il faut sourire, c’est la règle et il faut se blinder comme on dit... Bien entendu, alors que ça en démange plus d’un, personne n’ose aller lui foutre son poing dans la gueule.
 
Fin de la scène que tu ne verras pas dans le film Hippocrate. Mais alors cette scène ? Fiction ou réalité ? Ta fiction ou ma réalité ? La réalité peut-elle vraiment dépasser la fiction ?
 
Pour finir, je pense très sincèrement que ce film peut permettre de mieux connaître certains aspects du parcours des médecins et contribuer à rapprocher les soignants des soignés.
 
C’est pourquoi au-delà de mon avis personnel dont tout le monde se contrefiche et c’est plus que parfaitement normal, j’ai tout de même eu envie de dire : «Hippocrate, merci pour ce moment».

mardi 9 septembre 2014

LA LOI, LE MEDECIN ET LE PATIENT


Étant expert en rien, râleur sur tout, l’objet de ce billet n’est nullement de discuter de la pertinence ou de l’efficacité de certains vaccins. Il sera seulement question ici de détricoter la façon dont le législateur peut perdre médecins et patients au milieu de ses articles de loi. On pourrait imaginer que l’art de l’exercice de la médecine serait facilité s’il était régi par des textes législatifs (bouh, moi ça me fait froid dans le dos et la médecine ne serait plus un art). Qu’en est-il justement lorsque des textes existent ?

En France, dans la population générale, trois vaccins sont obligatoires, tous les autres sont recommandés. Puisqu’ils sont obligatoires, c’est la loi donc le législateur (le bon) qui les impose. Il s’agit des vaccins contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite, bien connus sous le nom de DTP. On trouve cette obligation vaccinale dans le code de la santé publique (CSP) :

-Article L3111-2 : « Les vaccinations antidiphtérique et antitétanique par l'anatoxine sont obligatoires, sauf contre-indication médicale reconnue ; elles doivent être pratiquées simultanément. Les personnes titulaires de l'autorité parentale ou qui ont la charge de la tutelle des mineurs sont tenues personnellement responsables de l'exécution de cette mesure, dont la justification doit être fournie lors de l'admission dans toute école, garderie, colonie de vacances ou autre collectivité d'enfants. »

-Article L3111-3 : « La vaccination antipoliomyélitique est obligatoire, sauf contre-indication médicale reconnue, à l'âge et dans les conditions déterminées par décret en Conseil d’État, pris après avis de l'Académie nationale de médecine et du Haut Conseil de la santé publique. Les personnes titulaires de l'autorité parentale ou qui ont la charge de la tutelle des mineurs sont tenues personnellement de l'exécution de cette obligation. »

Même si elle apparaît encore comme telle sur de nombreux formulaires d’inscription en collectivités ou en établissements scolaires, la vaccination contre la tuberculose n’est quant à elle plus obligatoire depuis 2007 (ça fait 7 ans, et les imprimés n’ont toujours pas été modifiés…).

Pour le médecin, ces textes sont simples et devraient donc faciliter son exercice :

« Bonjour Madame, pour votre petit, c’est facile, il faut faire le DTP, y a pas à chipoter, c’est la loi article L 31… tatatitatata ! ».

Fastoche, fingers in the nose ! Évidemment en pratique, je ne dis pas ça comme ça. Et en pratique, malgré la loi, ça n’est pas si simple que ça, car si je ne me trompe pas (si je me trompe, merci de me le faire savoir), le vaccin DTP seul n’existe pas pour une primo-vaccination et n’existe pas tout court pour les enfants de moins de 6 ans. D’après le calendrier vaccinal, il est recommandé de débuter les vaccinations à partir du deuxième mois de l’enfant avec un vaccin DTP contenant obligatoirement les vaccins recommandés contre la Coqueluche, l’Haemophilus Influenzae b, et plus ou moins l’Hépatite B soit 5 à 6 vaccins en une injection. Je répète que mon propos ne vise pas à remettre en cause ces vaccinations mais de mettre en perspective l’ambiguïté de la loi au regard de la pratique médicale.

Le médecin vaccinateur (la brute) qui n’a ni envie de perdre son temps (le temps c’est de l’argent) ni envie de se poser trop de questions (encore moins que le patient lui en pose) peut choisir l’option de vacciner grâce au cocktail de 6 vaccins sans aucune explication. C’est une option. Une option qui pour certains évite de mettre un caillou dans la chaussure du bon législateur, pour d’autres remplit les caisses des laboratoires pharmaceutiques. Une option qui permet également aux statisticiens de conclure que la couverture vaccinale s’améliore. Mais l’exercice d’une médecine respectueuse du patient impose avant tout de lui délivrer une information loyale et claire, surtout à mon humble avis lorsqu’il s’agit de lui injecter un produit dans le corps.

Mais problème : que dire aux parents qui souhaiteraient faire uniquement à leur enfant les vaccins rendus obligatoires par la loi mais que la pratique ne peut leur offrir ? Leur conseiller d’écrire au législateur ?

Si ces trois vaccins sont obligatoires, la logique veut que le fait de ne pas respecter la loi rende le patient hors la loi (le truand), donc sanctionnable.

La sanction est en effet prévue dans les textes : Article L3116-4 du CSP : « Le refus de se soumettre ou de soumettre ceux sur lesquels on exerce l'autorité parentale ou dont on assure la tutelle aux obligations de vaccination prévues aux articles L. 3111-2, L. 3111-3 et L. 3112-1 ou la volonté d'en entraver l'exécution sont punis de six mois d'emprisonnement et de 3 750 Euros d'amende. »

Six mois de prison, 3750 boules, ça calme hein ! Donc même si dans le cocktail de vaccins y en a qui sont seulement recommandés, le choix si on peut appeler ça un choix est vite fait.

En dehors de prévoir la punition, que sous-entend cet article ? Le médecin constatant qu’un enfant n’a pas été vacciné doit-il se positionner dans le cadre de la protection de l’enfance et aller jusqu’au signalement aux autorités compétentes ? Sachant que cet article du CSP précisant les sanctions fait également partie de la loi du 5 mars 2007 sur la protection de l’enfance, même si cela peut paraître exagéré, il semble logique de se poser cette question.

Heureusement, la loi est là pour y répondre…

L’article R 3116-1 stipule que : « L'âge limite de l'enfant prévu à l'article L. 3116-2 pour l'exercice de l'action publique en vue de poursuivre des infractions aux dispositions des articles L. 3111-1 à L. 3111-3 est fixé :

- à dix ans pour les vaccinations antidiphtérique et antitétanique ;

- à quinze ans pour la vaccination antipoliomyélitique. »

Donc cool Raoul, on a largement le temps de laisser refroidir la patate chaude avant de la passer ni vu ni connu à quelqu’un d’autre.

Oui mais la loi est partout, tout le temps. Si tu souhaites inscrire ton bambin de quelques mois à la crèche, ou ton bout de chou de 3 ans à l’école maternelle, voilà ce que disent les textes : Article R3111-17 : « L'admission dans tout établissement d'enfants, à caractère sanitaire ou scolaire, est subordonnée à la présentation soit du carnet de santé, soit des documents en tenant lieu attestant de la situation de l'enfant au regard des vaccinations obligatoires. A défaut, les vaccinations obligatoires sont effectuées dans les trois mois de l'admission. »

Tu me diras, rien ne t’oblige à y inscrire ton enfant. Sauf qu’à partir de 6 ans, il y a l’obligation scolaire, donc l’obligation vaccinale et on revient à la case départ. Oui je sais, l’obligation scolaire est une obligation d’instruction et non une obligation d’inscription en établissement scolaire, ça chipote, ça chipote. OK.

Moi j’aime bien chipoter, alors je vais poursuivre avec une série de questions. Je répète, ce sont des questions, aucunement des affirmations ni le reflet de ce que je souhaiterais.

Rendre tous les vaccins recommandés obligatoires ?

Pour clarifier, simplifier, et conserver une certaine crédibilité, étant donné qu’il semble aujourd’hui plus risqué en France de mourir par exemple d’une complication de la rougeole ou de la coqueluche que de la diphtérie, alors pourquoi le législateur ne décide-t-il pas de rendre ces vaccins obligatoires ? Voire tous les vaccins obligatoires ?
S'il venait à se diriger dans cette voie, on imagine aisément qu'il prendrait d'abord la précaution d'abroger des textes comme l'article L3111-9  prévoyant les réparations des préjudices en cas d'accidents post-vaccinaux.

Au contraire, supprimer toutes les obligations vaccinales ?

Il paraît impossible d’appliquer la loi sur l’obligation vaccinale stricto sensu sans prendre les parents en otages avec d’autres vaccins recommandés. Par ailleurs, on peut imaginer que le fait d’avoir des vaccins obligatoires et d’autres simplement recommandés instille dans l’esprit des patients une hiérarchie entre ces vaccins : des injections obligatoires qui seraient donc plus importantes que les autres.

Ne rien changer ?

Laissons les médecins assis le cul entre deux chaises et se démerder avec la loi et les patients, la loi étant le bon, le médecin-vaccinateur la brute évitant au patient de devenir le truand.

Chipotons encore un peu plus.

La lutte contre les maladies infectieuses concernées par l’obligation vaccinale (DTP) comme d’autres passe par la vaccination mais pas que. Les mesures d’hygiène ont une place importante. L’obligation vaccinale ne crée-t-elle pas l’illusion qu’il s’agit là de l’unique moyen de prévenir les infections concernées tout en laissant supposer que l’impact de l’hygiène est négligeable ?

Enfin, les mesures d’hygiène et les conditions de vie s’avérant importantes dans cette lutte, une petite question quelque peu provocatrice : puisque le législateur impose la vaccination au couple médecin-patient, ne devrait-il pas en contrepartie s’imposer de garantir l’accès à des conditions de vie et d’hygiène convenables pour tous ? Soyons logiques non ?

Nous avons pu voir dans ce rapide billet non exhaustif que le seul domaine de la vaccination obligatoire amène à faire référence  à six articles de loi. Tellement occupé à rédiger des textes dans tous les domaines de notre  vie, il est aisé de comprendre que le législateur puisse parfois oublier de remplir sa déclaration fiscale une, puis deux, puis trois années de suite... On ne peut avoir la tête partout voyons. Mais attention, les mots ont un sens, petite leçon : le législateur est négligeant,  les membres du petit peuple sont quant à eux des truands, les chômeurs sont des fraudeurs, les SDF  sont SDF parce qu'ils le veulent bien (D pour Domicile et non pour Dents hein...), etc... Ces petits coups de canif offerts par l'actualité de ces derniers jours n'ont d'autre but que de dire qu'historiquement, au-delà du seul domaine vaccinal et médical, les décisions politiques ont eu une importance majeure dans l'amélioration de l'espérance de vie. Le triste spectacle de ces dernières années doit-il nous faire craindre le pire ?

Pour conclure sur le billet du jour, il me semble qu’un des piliers nécessaire à l’art de la médecine est l’instauration d’une relation de confiance entre le soignant et le patient. Je ne suis pas certain que ces articles de loi confrontés à la pratique quotidienne aident beaucoup dans ce sens.



Les articles de loi sont consultables sur le site Legifrance.

Ajouté le 11/09/2014 :
 
La question de l'obligation vaccinale a récemment été posée par le Dr Luc Perino sur son blog : Faut-il abandonner les obligations vaccinales ?
 
Et le sujet va même jusqu'à titiller les neurones des experts du Haut Conseil de la Santé Publique puisque par le plus grand des hasards, un avis y a été mis en ligne pas plus tard que le 10/09 : Politique vaccinale et obligation vaccinale en population générale
 












mercredi 27 août 2014

Bac + 9 = 2000 Euros/mois ou l'ubiquité du foutage de gueule !

Le 21 août 2014, après une dizaine d’années de revendications syndicales, alors que tout le monde s’en tamponne goulûment le coquillard, les décrets « revalorisant » le statut des médecins territoriaux sont parus au Journal Officiel. Victoire !?!?

Signés s’il vous plaît de la main du premier ministre MANUEL VALLS, de la ministre de la décentralisation et de la fonction publique MARYLISE LEBRANCHU, du ministre des finances et des comptes publics MICHEL SAPIN, de la ministre des affaires sociales et de la santé MARISOL TOURAINE, du ministre de l’intérieur BERNARD CAZENEUVE, du secrétaire d’État chargé du budget CHRISTIAN ECKERT (heureusement qu’y en n’a pas un de plus car j’ai plus de souffle, inspiration profonde….. voilà, ça va mieux, et tu remarqueras au passage que le remaniement ministériel du 26/08 les a tous épargnés les veinards).

Comme on pourrait s’y attendre, il s’agit de revaloriser la grille indiciaire (le salaire) peu attractive des médecins exerçant au sein de la fonction publique territoriale, et de l’approcher voire de l’aligner avec les grilles d’autres fonctions publiques.

Les négociations ne datent pas d’aujourd’hui et une avancée importante semblait poindre en fin d’année 2013 puisque le cabinet de la ministre de la fonction publique annonçait qu’un décret revalorisant la grille des médecins territoriaux serait présenté au Conseil supérieur de la Fonction publique territoriale (CSFPT) en janvier 2014, en vue d’une publication au premier trimestre.

La publication au premier trimestre a donc eu lieu le 21 août… Boh, c’est pas bien grave hein, on n’est plus à quelques mois près ! Et pis y a fallu aussi collecter les gribouillis de toute cette tripotée de ministres. Tu vois bien, c’est pas si fastoche que ça !

Et pis pour le même prix, on n’a pas un mais DEUX décrets !!! Donc ça prend deux fois plus de temps sûrement.

Le projet de décret présenté en février 2014 était encourageant puisqu’il laissait entrevoir une honorable revalorisation notamment pour les médecins en bas de l’échelle autrement appelés « médecins de 2 ème classe ». Au passage, il faut probablement avoir l’esprit sacrément tordu pour pondre ce type de grilles. Comme quoi l’ENA & Co. forme (ate) des tronches encore plus zarbi que la fac de médecine…

Si tu veux juger sur pièces, c’est par là Décret 1 et Décret 2. Bon courage.

Au final, il y a bel et bien une revalorisation mais mais mais mais mais….. accompagnée d’un reclassement. Cela veut tout bonnement dire qu’un médecin ayant atteint un certain échelon se verra reclassé dans un nouvel échelon impliquant au mieux une petite revalorisation du type trois mars et un carambar, au pire rien du tout. Et pour couronner le tout, il pourra prétendre avancer dans les échelons moins vite qu’auparavant. Alors, tu la sens la belle entourloupe ?

Comme tu la sens pas trop et que j'ai du mal à résister à l'envie de détailler le sujet, voici du concret.

Le fucking tableau de la grille est là (un peu flou et de traviole, je sais) :

 

Si tu es normalement constitué, tu dois grosso modo paner que dalle à ce tableau, ce qui est plus que probablement fait exprès.

Voici une traduction : après 9 ans d'études et la spécialité de médecine générale en poche, tu peux tenter d'aller bosser dans la fonction publique territoriale, et ainsi être possiblement recruté comme médecin 2ème classe 1er échelon avec un indice brut de 528. Tu suis ? Non ? C'est normal. A cet indice brut correspond un indice majoré de 452 qui n’apparaît pas sur le tableau. Pourtant l'indice majoré, c’est important puisque c'est tes sous ! Le point d'indice, c'est à ce jour environ 4,63 Euros. Soit 4,63 multiplié par 452 = 2000 et quelques Euros bruts, auxquels tu peux ajouter une ou deux indemnités variables selon la collectivité qui t'emploie, donc en gros les 2000 euros + indemnités – cotisations = tu retombes sur tes pattes ce qui veut dire environ à vue de nez que ça te fait ton salaire mensuel net avant impôts. Bac + 9 = possiblement 2000 et quelques Euros par mois en début de carrière soit 24000 Euros/an avant impôts (je ne ferai aucun commentaire et laisserai le lecteur juger de lui-même si ça vaut le coup de faire 9 ans d'études tout en continuant à éructer que tous les médecins sont des nantis sans faire la distinction avec d'éventuels chirurgiens esthétiques implanteurs de cheveux qui les yeux dans les yeux les couilles dans le slip ont réussi à se hisser jusqu'au ministère du budget ni vu ni connu et vas-y que j'... bip). Revenons à notre jeune médecin territorial qui devra ensuite engranger entre 13 et 15 années et demi d'ancienneté pour atteindre l'indice majoré de 783 qui équivaut à l'heure actuelle si tu suis toujours à 3 600 Euros.

Très sincèrement, tout cela n’est qu’un micro-détail au milieu de la crise que traverse notre pays, de la misère et des graves conflits qui s'abattent sur notre si belle planète, nous sommes bien d’accord.

Ce petit détail est même plutôt rassurant puisqu’il montre le fabuleux don d’ubiquité du foutage de gueule. Que l’on soit médecin ou pas, soignant ou pas, fonctionnaire ou pas, salarié, libéral, pharmacien en colère, chômeur, étranger, RSAiste, CMUiste, jeune, vieux, etc, pas de jaloux, chacun dans son domaine a droit à son foutage de gueule venu tout droit de nos élites. S'il est un principe de notre belle devise nationale respecté à la lettre, c'est bien le principe d'égalité... face au foutage de gueule !

Mais au-delà de ce cas précis, ce détail sans grande conséquence sur le fond, ne peut-on pas s’inquiéter de la méthode employée par ces élites ? Faire miroiter des choses inatteignables, rouler dans la farine, entuber à tout-va, transpirer la mauvaise foi, les entourloupettes de dernière minute, tout cela n’est-il pas dangereux ? Pourquoi esquiver de réelles discussions entre adultes consentants ? Pourquoi ne pas dire : « écoutez les gars, les temps sont durs, ça on peut pas, on préfère être honnêtes »  pour mieux faire passer la pilule ? Mais non, les élites continuent à nous entourlouper comme des veaux. Heureusement ou pas, la majorité du peuple est sage.

Certains s’arment de ce genre de produit de sorte que ça fasse moins mal la prochaine fois en sachant qu’il paraît que c’est encore mieux en la mélangeant avec de la Xylocaïne :

 


D’autres rêvent secrètement à ça sans pour autant oser bouger le petit doigt :





J'avoue personnellement osciller très maladroitement entre les deux options.

Mais au final, face à l'épidémie galopante du désenchantement, j’ai bien peur qu’à force de se décrédibiliser en permanence, le pouvoir politique comme certaines faiblesses forces syndicales ne radicalisent les esprits d'un trop grand nombre au point d’ouvrir un boulevard à d'autres bien plus malveillants encore... J'espère me tromper lourdement.


jeudi 14 août 2014

Inpessile heureux !

 
 
 
Il y a quelques mois, j’ai publié un billet intitulé "Toubib or not toubib ?" . Il s’agissait d’une tentative d’explications de ce qui contribua à faire diminuer le taux de mortalité infantile de 1900 à nos jours en France. L’objectif était de terminer cette explication en évoquant la santé d’une façon générale pour prendre conscience que le médecin n’est finalement qu’un maillon de la chaîne dans toute cette histoire. Un maillon utile, nécessaire, parfois indispensable, mais un maillon seulement. Pour preuve, tu peux mettre dix toubibs bardés de diplômes, de compétences et d’expérience autour d’un type désœuvré à la rue qui n’a pas une thune pour bouffer, les toubibs pourront se gratter la tête tant qu’ils veulent, ils ne régleront pas son problème. A moins que…
 
A moins que, bien avant d’arriver à cette situation extrême, le médecin généraliste de ce pauvre homme ait correctement pris en compte les inégalités sociales de santé qu’il subissait ! Il suffisait tout simplement de demander à ce patient : son sexe, sa date de naissance, son adresse, son statut par rapport à l’emploi, sa profession éventuelle, son type de couverture sociale, et ses capacités de compréhension du langage écrit. Fastoche non ? Le genre de renseignements qu’aucun médecin généraliste ne relevait avant la naissance d’un fabuleux document concocté par l’Institut National de Prévention et d’Education pour la Santé (Inpes).
 
Plus sérieusement, ce document intitulé « Prendre en compte les inégalités sociales de santé en médecine générale » pose un véritable problème que personne ne peut nier. L’amélioration de la santé et de l’espérance de vie bénéficient d’avantage aux personnes socio économiquement favorisées. Nul doute que les différents membres du groupe de travail ayant élaboré ce document (dont certains ont peut-être tout bonnement été sollicités uniquement pour apporter une caution afin de mieux faire avaler la pilule aux médecins généralistes) sont pétris de bonnes intentions.
 
La problématique est donc posée, les intentions semblent bonnes, et pourtant : patatras ! Les réactions de certains médecins généralistes n’ont pas tardé comme ici ou encore . J’avoue comprendre leur agacement car finalement les préconisations émises dans le document de l’Inpes laissent sous-entendre que de simples questions de bon sens pour comprendre la situation d’un patient n’étaient jusqu’alors pas posées. En gros, les généralistes ne feraient pas leur boulot de base. Les généralistes, tiens oui au fait, pourquoi les stigmatiser une nouvelle fois et leur refourguer la question des inégalités sociales dans une besace déjà bien remplie ? Si la question des inégalités sociales doit être prise en compte par le monde de la santé, elle doit probablement l’être par tous les soignants (et je pense très sincèrement qu’elle l’est), de l’aide-soignante, en passant par l’infirmière, la sage-femme (qui peut penser qu’une sage-femme puisse prendre en charge une femme enceinte sans lui demander son sexe ahahah !…, son âge, son adresse, sa profession, sa couverture sociale, etc… afin d’intégrer ces éléments pour conseiller au mieux sa patiente durant sa grossesse ? ), jusqu’aux grands médecins spécialistes. Au sujet de ces derniers, l’un d’eux a pris le problème à bras-le-corps en faisant un vrai travail de prévention. Il a devancé et fait gagner du temps à un éventuel futur groupe de travail de l’Inpes en expliquant à ses confrères spécialistes comment reconnaître un riche afin de prendre en compte les inégalités sociales. Voilà, ça au moins, c’est fait !
 
Bref, tout ceci pour dire que si quelqu’un prend bien en pleine face toute la misère sociale de notre pays ainsi que son lot d’inégalités, il est fort probable que ce quelqu’un soit un petit peu le médecin généraliste. Et que face à cela, malgré le document de l’Inpes, le médecin généraliste soit tout autant démuni qu’avant ce document. Car c’est bien beau de prendre en compte, mais le principal n’est-il pas : que fait-on après ? Comme tout dépistage, c’est bien beau de dépister, mais si c’est pour ne rien proposer de concret pour améliorer la situation, ça fait une belle jambe à tout le monde, ça crée des angoisses de toute part, génère de l’impuissance et de la culpabilité chez le professionnel.
 
 
Allons même jusqu’à poser cette question vicieuse: le document de l’Inpes ne va-t-il pas aggraver quelques burn-out de plus chez certains médecins généralistes ? Roh ben non quand même faut pas pousser mémé dans les orties… Alors esquivons, esquivons !
 
 
Puisqu’il apparaît que les ouvriers vivent moins longtemps que les cadres, est-ce dû à leur mode de vie ? A leur travail ? Qu’en est-il des moyens mis en œuvre pour la médecine du travail chez les cadres et les ouvriers ? Y a-t-il plus de prévention chez les ouvriers pour éviter les accidents du travail ? Moi, je n’en sais rien, je pose juste des questions ? Ce document de l’Inpes aiguise ma curiosité et faute d’apporter des réponses, m’amène à tellement de questions. Est-ce si bon à la santé de se poser tant de questions ? Pas si sûr, alors esquivons.
 
Esquivons, organisons de nouveaux groupes de travail, éditons de nouveaux documents inutiles pour mieux taire les vrais problèmes, masquer l’impuissance voire parfois l’incompétence des principaux acteurs qui pourraient lutter contre les inégalités sociales. Continuons de créer de nouvelles instances dont notre pays semble tant raffoler, à côté de l’INPES, l’INVS, le HCSP, la HAS, l’INCa, les ARS (dont nous aurons déjà observé sur ce blog l’incroyable réactivité…).
 
 
Et surtout, balayons d’un revers de main ce qui à mes yeux d’inpessile heureux a récemment contribué à augmenter des inégalités sociales de santé largement évitables, comme par exemple et par pur hasard, l’instauration des franchises médicales. Des franchises mises en place par les petits copains d’une emblématique ministre de la santé dont le fils s’est un beau jour retrouvé catapulté une fois de plus par le plus grand des hasards à la direction générale de l’Inpes affublé du doux attribut de « Plaidoyer de la santé ».  
 
 


Sur cet organigramme, Pierre Bachelot (pas Bachelet le chanteur des Corons hein !) n’est autre que le fiston de Roselyne. Comme quoi le hasard hein ! Tu connais l’histoire des fabricants de mines antipersonnel et des sociétés de déminages qui ne feraient qu’un ? Mythe ou réalité ? Oh je charge les Bachelot, c’est nul, mais t’inquiète, les socialistes vent debout contre les franchises à l’époque ne la ramènent pas trop maintenant qu’ils ont les manettes. Mais pas de stress mec, car pour réellement lutter contre les inégalités sociales, il faut entre autres et avant tout faire baisser le chômage et améliorer le pouvoir d’achat en relançant la croissance. Tu vois c’est pas compliqué. Et pour ça, il suffit de pousser la reprise, voilà comment on fait (tu vas voir, on va rigoler, c'est du même genre que le document de l'Inpes) :
 
"La note de l'Insee s'intitule Reprise poussive, alors, on peut dire il y a une reprise. Elle est poussive, donc faut la pousser, quand vous avez quelqu'un de poussif, faut le pousser. Eh ben, la reprise, c'est pareil, faut la pousser" dixit Mr le président François Hollande en marge du Conseil européen à propos des chiffres de l'Insee sur le chômage en fin d’année 2013. Si tu veux les images c’est ici.
 

Alors, tout va bien. Revenons à nos moutons : les inégalités sociales de santé à prendre en compte en médecine générale. Calmez-vous les généralistes, je vous sens un peu poussifs sur le sujet. Don’t worry, be happy ! On va vous pousser légèrement... dans le gouffre ! Moi, je vais continuer mon petit bonhomme de chemin sans trop me poser de questions. J’espère ainsi vivre longtemps en inpessile heureux sans qu’aucun médecin ne trouve le moyen de me guérir !
 
PS : par curiosité, j’ai filé ce document à une assistante sociale (34 ans de carrière) en lui demandant de le lire pour me donner son avis, sans faire le moindre commentaire. Ce n’est qu’un avis qui vaut ce qu’il vaut, mais le voici retranscrit ici avec son autorisation :
 
« Maintenant, j’ai plus peur qu’avant. Je m’attendais à découvrir quelque chose de nouveau, mais qu’il faille le redire, alors là ça me fout la trouille. Je croyais que c’était le b a ba »...

mercredi 6 août 2014

PUB MED

C’est l’été, les vacances, les barbecues, les apéros, etc… Alors je me suis dit qu’un post léger, facile à digérer, serait le bienvenu.

Il ne s’agira donc pas ici, malgré ce que pourrait laisser sous-entendre le titre, d’évoquer le célèbre moteur de recherche de données médicales PubMed. Nous allons en fait parler de Pub Med au pays des fromages qui puent.
  
 
 
Tu vas comprendre, crois-moi.

Pour cela, voici un article. Il n’est pas long, il faut le lire, et jusqu’au bout :


 
Voilà pourquoi j’ai intitulé ce post « Pub Med », c’est-à-dire : Publicité Médicale ou plutôt, Publicité faite par et pour le Médecin. On n’est pas pris en traître dans ce papier, le logo du célèbre groupe Bel est bien identifiable à la suite des propos du pédiÂtre. Donc au moins, on sait à quoi s’en tenir. On pourrait penser que cet article est tiré d’un magazine grand public chipé sur la plage à une maman partie faire des châteaux de sable avec ses bambins. Perdu ! Il est tiré de la revue médicale « Médecine et Enfance » du mois de mai 2014, à la page 146.

Tu ris Kiri ? Dommage fromage ! Moi je reste un peu sur ma faim. Alors j’imagine le tableau si on passait de la version papier à la version télé avec le sourire charmeur du doc aux dents éclatantes qui terminerait sa phrase par « fromages en portions » à l’instant même où débuterait le jingle « Bababa, bababybel… »

Oui parce que le jingle « Un gros cube, un p’tit cube, c’est l’heure de l’Apéricube », ça le ferait pas trop à cet âge !

(Il est possible qu’un des deux jingles, voire les deux, accompagnent désormais ta fin de journée, j’en suis profondément désolé)

Je ne connais absolument pas le milieu de la pub mais j’imagine qu’un grand principe est le martèlement du message via différentes sources de diffusion. Bingo !
Voici un second papier :
 
 
Celui-ci est tiré du N° 259 de la revue « Pédiatrie Pratique » du mois de juin 2014.
 
Il semble donc BEL et bien qu’au pays des fromages qui puent, des Guignols de l’info sévissent jusque dans les pages des revues médicales. Cela ne date pas d’aujourd’hui, je n'ai pas inventé le fil à couper le beurre, et voilà en gros comment tout cela est ficelé : clique ici et fais dérouler les étapes.
 
Sur ce, après cette parlotte et avec cette chaleur, gare à la déshydratation ! Je cours de ce pas m’abreuver de 33 cl d’un liquide pétillant et très sucré contenu dans une canette de couleur rouge. Moi, quel que soit le domaine, je préfère parler en Dénomination Commune Internationale qu’en nom commercial, car on pourrait me taxer de faire de la pub !