Affichage des articles dont le libellé est histoire de télévision. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est histoire de télévision. Afficher tous les articles

mardi 10 septembre 2013

Médecins de demain ?

Pour introduire ce billet, voici comment peuvent être présentés voire se présenter certains médecins d’aujourd’hui : France 3 Limousin
 
Ce reportage réalisé par des journalistes (donc des pros) dont le boulot consiste à informer la population pourrait parfaitement illustrer un de mes précédents billets traitant des déserts médicaux : Désert... vous avez dit désert ?
 
Mais je préfère t’inviter à aller lire les billets plus récents d’autres médecins. Ils sont en lien * à la fin de cet écrit. Leurs diverses réactions me semblent intéressantes et complètes. J’approuve totalement et j’aimerais donc aborder ici ce genre de traitement médiatique pour enchaîner sur les médecins de demain plutôt que ceux d’hier…

 

Parce qu’on peut remonter loin pendant qu’on y est, style ça :

 


 

ou mieux, encore plus loin, pourquoi pas ça ?
 


 
On peut tirer à boulets rouges sur les propos du médecin de ce reportage qui n’apportent rien de constructif, et ne font que diviser les générations. Mais pour prendre un peu sa défense, gardons à l’esprit qu’il faut toujours se méfier des propos tirés de leur contexte (coupures, réponses sans entendre les questions etc…). Les journalistes sont des pros de l’interview et savent parfaitement faire dire ce qu’ils souhaitent faire entendre. Ce médecin était peut-être interviewé pour la première fois de sa longue vie de médecin dévoué corps et âme à ses patients, et faire face aux caméras, ce n’est pas toujours évident. Concernant le sujet de la désertification médicale, je me répète, mais une fois que tu as vu un reportage, ou lu un article de presse, tu les as tous vus et lus, on commence à connaître la chanson. Les journalistes ne se renouvellent pas beaucoup. Donc ce qui me vient aussitôt à l’esprit, c’est cet immense pouvoir d’influence qu’ont les médias sur la population. Bon OK, ça non plus ce n’est pas un scoop et j’aurais même parlé de pouvoir de manipulation mais restons naïfs et modérés, ça le fait mieux. Bref, avec ce type de reportage, les journalistes (plus que le médecin finalement) auront réussi en quelques secondes à diviser jeunes et vieux médecins généralistes, monter la population contre les jeunes qui ne sont que des fainéants, faire fuir les très rares courageux (encore une espèce en voie de disparition apparemment...), et angoisser les gens de ces soi-disant déserts quant à leur accès futur aux soins (de 1er recours, parce que pour le reste, tout va bien Madame la Marquise !). Voilà une réalité servie et resservie à en faire une indigestion, même à en vomir.

Les journalistes, bon on va plutôt écrire « ces » journalistes pour ne pas tous les mettre dans le même panier, ne prenons pas leurs défauts, nous présentent approximativement ce qu’étaient les médecins d’hier, ce qu’ils seraient aujourd’hui, et vont même jusqu’à s’avancer sur ce qu’ils seront demain.

Médecins de demain ?
 
 
Tiens, tiens, en voilà une bonne idée, parler des médecins de demain. Bingo, c’est déjà fait, affaire pliée, France 4 (encore France Télévision, comme quoi y a pas que sur TF1 qu’on raconte des conneries, public comme privé, même combat), émission en plusieurs épisodes présentant le parcours d’internes en médecine qui deviennent de jeunes médecins et seront les médecins de demain. Nos médecins de demain. Waouh, génial, c’est top ça !

Ce type d'émission présente il me semble un seul avantage, celui de possiblement faire naître quelques vocations. Bon, très bien. Sauf que ben, des vocations, on n’en manque pas si tu vois le nombre d’inscrits en première année à la faculté de médecine, ça c’est bon, ça attire toujours. Après, évidemment, il y a le numerus clausus à régler, mais si on veut, si on règle bien les vannes, pas de souci pour les vocations et les effectifs des médecins de demain. Il suffit de vouloir et d’anticiper un peu quoi…

D’après cette émission, donc d’après une poignée de journalistes voulant éclairer la population, le médecin de demain, c’est un futur chirurgien, une future gynéco, une future réanimatrice, tralalitralalerre. Ils sont cool, motivés, souriants, tout va bien. Ils sont top classes ces médecins de demain. On les voit évoluer durant leurs stages hospitaliers, au milieu des malades super malades et de leurs séniors toujours très présents, plutôt sympathoches, hyper pédagogues, tralalitralalerre. C’est là qu’on peut se poser des petites questions : nos amis journalistes nous présentent leur réalité, mais est-ce la seule ? N’y a-t-il pas un petit risque de désillusion en présentant les choses idéalisées ainsi ?

Je ne veux surtout pas nier la réalité de cet aspect des études médicales, cette façon de voir et de montrer la formation ainsi que l’exercice de jeunes médecins. Mais ces études, c’est aussi des seniors pas toujours très présents, pas toujours très sympas, ni très pédagogues. C’est aussi le mépris, l’arrogance, l’humiliation de certains mais toujours trop nombreux chefs de service ou simples médecins sur leurs internes, certains internes sur les externes etc… des comportements qui se répètent génération après génération, des comportements transgénérationnels (je crois que c’est comme ça qu’on dit pour faire bien). Je sais que c’est pas trop marrant de parler de ça, ça réveille chez certains de mauvais souvenirs, de méga grands docteurs qui sont les meilleurs et à qui t’as plutôt intérêt à lécher les bottes se sentent un peu visés, quelques peu froissés. Mais si le boulot des journalistes, c’est de relayer la réalité des choses, ben voilà quoi.

Alors si tu as regardé cette fameuse émission, tu vas me dire que moi non plus je ne relaie pas correctement. Ouais, sauf que moi je ne suis pas journaliste, alors je fais ce que je veux na ! Ben ouais, OK, j’ai omis de parler de cet interne de médecine générale parfois rigolo, plutôt beau gosse, et qui devient……roulement de tambour…..jeune médecin urgentiste. Bingo. Y en avait un autre au début d’interne de médecine générale, mais lui il a disparu, parce qu’il est peut-être vraiment allé faire de la médecine générale, voire se perdre dans un désert va savoir ? Donc lui, out ! Aucun intérêt d’en parler j’imagine, pas très « reportagénique » sans doute (ne cherche pas, ce mot n’existe pas, on dit télégénique normalement, pourtant j’suis sûr que t’as compris ce que ça veut dire).

Donc voilà une émission que beaucoup trouveront pas mal faite, qui nous parle des médecins de demain, en ne parlant que de médecine à l’hôpital et pas du tout de médecine générale. On parle de technicité, de gestes vitaux, avec les commentaires typiques en voix-off et la petite musique angoissante, attention, suspense : « Machin se prépare pour une intervention délicate… », « Le jeune Dr Trucmuche a tout de suite remarqué l’état de son patient qui peut se dégrader à tout instant, il lui administre aussitôt le médoc adéquat, miracle, son patient est sauvé… » et tralali et tralalerre, c’est super.

Le souci, c’est que franchement, justement, il n’y a aucun souci à se faire pour toutes ces disciplines techniques. Nos facultés de médecine forment et continueront à former de très bons techniciens de la médecine et cela est nécessaire. Sauf, que parler des médecins de demain comme d’aujourd’hui, ce n’est pas seulement ça. Parler de médecins de demain en ne parlant que de l’hôpital, jamais de médecine générale, c’est un peu gênant. Et quand on parle des médecins généralistes de demain, n’aborder que ces fainéants qui ne vont pas dans le désert parce qu’ils ne pensent qu’au fric de leurs « clients », ça tortille un peu les boyaux.

Il me semble que parler des médecins de demain, ce n’est pas que mais c’est aussi parler de la médecine :

-sans geste technique hyper méga pointu

-sans prescription médicale

-sans service hospitalier

-sans cow-boy filant à toute allure sur un arrêt cardiaque ou un accident de la route

-bref c’est aussi parler d’une médecine sans grand spectacle, en apparence.

Tu vas me dire qu’il ne reste plus rien à dire alors, que ce n’est pas de la médecine, ou alors de la médecine d’avant avant avant-hier. C’est de la Préhistoire, de la médecine sans médecin !!!

Pourtant, la médecine de demain, c’est peut-être justement aussi la médecine qui prend du recul par rapport à cette surabondance de technicité, d’examens en tout genre, de molécules par milliers, pour ne pas tout mettre à la poubelle, bien évidemment que non, et surtout pas, mais pour les utiliser à bon escient, et aussi ne pas avoir peur de ne pas les utiliser. Car à mal ou trop utiliser cet arsenal, parfois pour se rassurer, le médecin peut devenir nocif pour le patient. En médecine comme dans tout autre domaine, ne nions pas le progrès, mais utilisons-le à bon escient. Un peu de pub gratuite, l’Éditorial de la Revue Prescrire de septembre 2013 s’intitule : « Trop de médecine nuit »… Morceau choisi : « Mais aujourd’hui, au moins dans les pays les plus riches, davantage de soins n’est pas toujours synonyme de meilleure santé. » Mais attention aux phrases tirées de leur contexte hein ! Mieux vaut tout lire pour te faire ton opinion.

Concluons par un peu d’optimisme, car cette médecine de demain que ces journalistes ne relaient pas, c’est déjà de plus en plus celle d’aujourd’hui. Il suffit d’aller lire les blogs de jeunes et moins jeunes médecins, généralistes comme spécialistes, mais aussi ceux d’étudiants (Litthérapeute), et d’internes (Le bruit des sabots). Cette réalité-là, cette remise en question, cette force de proposition, elle existe bel et bien. Qui peut parler de médecine mieux que les médecins et futurs médecins ? Pour le moment, pas ces journalistes. Il faudrait d’abord qu’ils apprennent à relayer de bonnes infos, à traiter les sujets correctement, dans leur intégralité, sans caricature, sans angélisme, et surtout sans manipulation.

*Comme promis, les fameux liens vers :

-une des stars des médecins blogueurs : Fluorette : Les premiers d'une nouvelle espèce

-une jolie façon poétique de traiter le sujet chez DZB17 : La ficelle

-et enfin une bloggeuse souvent touchante, toujours percutante : Armance : De bien belles images

-tiens, pour le même prix en voilà un quatrième gratis pour te montrer qu’un médecin généraliste, ce n’est pas cet imbécile qui ne s’occupe que des « nezquicoulent », lis ce billet de Farfadoc , tu m’en diras des nouvelles.

Sur tous ces blogs, tu trouveras d’autres liens, et encore d’autres liens, toute une toile de liens pour découvrir une autre réalité que celle qu’on nous ressert et ressert tralali tralalerre.
La preuve, encore un billet sur le sujet que j'avais oublié mais que je m'empresse d'ajouter chez Dr Kalee.
 


mercredi 3 avril 2013

Suicide du médecin de Koh-Lanta, un arbre qui cache la forêt ?


Le 1er avril 2013, le Dr Thierry Costa a mis fin à ses jours, une dizaine de jours après la mort d'un candidat de la célèbre émission. Ce sont deux familles brutalement percutées par les drames de la vie. Courage à elles.
Concernant le décès de ce candidat, rappelons que des jeunes gens meurent régulièrement de façon soudaine sur les terrains de sport sans qu'aucun médecin n'ait pu déceler la moindre anomalie auparavant. Et cela se voit même chez de grands sportifs professionnels surveillés sur toutes les coutures. Les médecins ne sont que des médecins, pas des devins.
Quant au suicide de ce médecin, son statut fait que l'affaire a logiquement été médiatisée. Comment pourrait-il en être autrement dans notre société ? D'autant plus avec la chaîne de télévision concernée, et la société de production concernée... Cela permet au moins de rappeler ou de faire savoir que le suicide des médecins n'est pas une rareté bien au contraire. Le taux de suicide chez les médecins est par exemple deux fois plus élevé que chez les agents de France Télécom... Dans la population générale âgée de 30 à 65 ans, ce taux est de 6 % alors qu'il atteint 14 % chez les médecins. Les médecins ne sont pas seulement ces gens qui s'enrichissent sur la maladie et le malheur des uns et des autres. Les médecins ne sont pas seulement ces honteux personnages qui réclament toujours plus de dépassements d'honoraires. Ce sont aussi des personnes qui souffrent en rentrant chez elles le soir en pensant à leurs patients qu'elles n'ont pas réussi à sauver, au diagnostic auquel elles n'ont pas pensé, ou pensé trop tardivement. Ce sont pour certains d'entre eux en rentrant le soir à la maison des hommes et des femmes qui fument, boivent, prennent des somnifères, des anxiolytiques, des antidépresseurs, souffrent de burn out, voire se suicident, et cela plus souvent que dans la population générale. Alors avec les 300 € que chaque médecin verse annuellement au Conseil de l'Ordre, ne serait-il pas possible de leur offrir une petite consultation de médecine préventive, une consultation auprès d'un autre soignant ou d'un confrère histoire de leur rappeler que ce sont des hommes et des femmes avec leurs qualités, et leurs faiblesses, qu'ils ont droit d'être patient avant d'être médecin, et qu'enfin, certains ont besoin d'aide avant qu'il ne soit trop tard ? Même s'ils sont conscients de leurs difficultés, comme beaucoup, ils ont besoin qu'on leur annonce et qu'on leur tende la main, ni plus, mais ni moins que tout un chacun.
C'est ce que je pense.