vendredi 31 janvier 2020

LE TITRE DE TONTON ?

Sans titre-Kandinsky 191?

Je ne me sens pas bien. J’ai envie de vomir.

La personne qui m’annonce ça n’est pas une patiente mais une soignante aguerrie. Une collègue avec une longue expérience en pédiatrie hospitalière durant laquelle elle a été confrontée à bien des situations difficiles. Pourtant ce jour-là, je la vois KO debout, blême, figée avec le regard hagard.

J’ai cette chance de consulter avec une infirmière puéricultrice qui reçoit dans un premier temps enfants et parents. Je prends ensuite le relais. Nos salles de consultations côte à côte, habituellement, une fois sa partie terminée la collègue accompagne la famille de mon côté et me fait de rapides transmissions. Ce jour-là, elle arrive dans mon bureau seule et referme délicatement la porte derrière elle. Le fait de l’apercevoir ainsi, livide dans l’encadrement de la porte m’interpelle aussitôt. 
« Tiens tiens y a un truc chelou »

Je ne me sens pas bien. J’ai envie de vomir. Attends, je m’assois. Tu n’imagines pas ce que vient de me dire cette maman. Il faut envoyer la petite chez le « psy ». Il faut faire quelque chose.

Elle commence à raconter l’histoire de cette maman qui amène sa petite fille âgée d’à peine plus de deux ans à la consultation. Dès les premiers mots je sens qu’il va falloir que je m’accroche pour tenter de ne pas être contaminé à mon tour bien qu’il n’y ait ni bactérie ni virus sur ce champ de bataille. Elle poursuit son récit. J’essaie d’augmenter tant bien que mal l’épaisseur de mon scaphandre psychique qui commence à se fendiller. Car il faut bien le reconnaître, il est parfois difficile de ne pas se laisser emporter par les flots de larmes qui pointent derrière certains mots.

Voilà, je t’ai tout dit. C’est bon ? Je peux aller la chercher ? Il faut vraiment faire quelque chose.

Elle me « passe le bébé ».

La petite entre, marque un arrêt, me fixe quelques secondes, observe la pièce, puis va s’installer près des jeux dès que ma collègue l’y invite. Sa maman s’est assise face à moi après que nous nous soyons salués. L’infirmière quitte la pièce. Nous voilà tous les trois. Le silence est lourd. Craignant la maladresse je ne sais par où commencer. Après un temps d’hésitation je décide finalement de poser cartes sur table en expliquant à cette mère que ma collègue m’a raconté son parcours. Elle baisse les yeux. Mais au moins, elle sait que je sais. Nos chemins viennent de se croiser depuis quelques minutes seulement et je suis au courant de la part la plus sombre de sa vie. Je poursuis en précisant que ma collègue m’ayant transmis ces éléments il n’y a aucun intérêt à ce qu’elle me les répète mais si elle désire que nous en parlions ensemble, je suis à sa disposition, maintenant, plus tard, ou un autre jour. Elle acquiesce mais ses yeux s’égarent aussitôt vers le vide, le néant, ou ailleurs. La consultation se poursuit. La petite semble en forme, ne présente aucun symptôme particulier, son examen clinique se déroule sans difficulté. Je n’ai pas d’éléments quant à son statut vaccinal, Madame m’explique qu’elle a oublié le papier chez elle. Enfin, « chez elle »… façon de parler.

Madame et sa fille vivent au CADA voisin. Un CADA est un Centre d’Accueil de Demandeurs d’Asile. Inutile de dire que des papiers Madame en a peu bien qu’elle serait très heureuse d’en avoir. En attendant mieux, elle possède au moins le papier concernant les vaccins de sa fille née dans un pays lointain car elle a fait le nécessaire à son arrivée en France et on lui a remis un carnet de santé. Je lui explique que nous en aurions besoin. D’abord pour vérifier que sa petite est correctement protégée contre certaines maladies. Que si tel n’est pas le cas, nous pourrons lui fournir et lui faire les vaccins. Mais également pour lui permettre l’accès à un éventuel lieu de socialisation puis à l’école d’ici quelques mois.

Le temps file, l’ambiance paraît moins pesante qu’en début de consultation. Il ne me semble pas opportun d’orienter cette enfant où que ce soit. Je me trompe peut-être. En tous cas, je m’autorise à penser que je me trompe et je ne m’interdis pas l’idée qu’une orientation pourrait être opportune un jour. En revanche, je demande à sa maman si elle souhaite rencontrer quelqu’un pour l’aider elle quant à tout ce qu’elle a confié à ma collègue. Elle refuse. De ce qu’elle m’explique je comprends que sa priorité est la régularisation de ses papiers. Nous nous reverrons dans quelque temps, pour le papier des vaccins et pour le reste, en attendant je lui fais une proposition. Nous nous saluons. Elle baisse les yeux. Elles partent.

Alors ? Tu as fait quelque chose ? T’as orienté la petite chez le « psy » ?

Ben non. Euh oui j’ai fait quelque chose, du moins je crois, mais non je ne l’ai pas orientée, la petite, et la maman ne souhaite pas rencontrer quelqu’un. Donc oui je crois que j’ai un peu fait quelque chose et toi aussi d’ailleurs.

L’infirmière puéricultrice a reçu ces deux personnes « sans papier ». Elle a considéré cette mère au point qu’elle se soit sentie suffisamment en confiance pour lui dévoiler une part de l’indicible, l’impensable, l’effroi. Elle a écouté cette femme. Les atrocités qui se déroulent et qu’elle a subies dans ce pays lointain, pas si loin que ça, la mort du mari devant ses yeux, la fuite sans les filles aînées, la traversée avec de nouvelles confrontations directes à la mort de ses compagnons de galère. La terreur, elle l’a vue, elle l’a vécue, elle l’a sentie au plus profond de sa chair. Et à tout moment elle peut la voir, la vivre et la sentir comme si elle y était replongée. Cet instant glaçant, transfixiant, cette effraction qui transpire par quelques mots prononcés mais surtout par tout ce qui n’est justement pas verbalisé, tout ce qui laisse sans voix, par ce regard particulier de ceux qui ont vécu l’horreur, la collègue l’a reçu en partie comme un violent uppercut pouvant rendre n’importe lequel d’entre nous KO debout, titubant et nauséeux.

Voilà ce que tu as fait. Tu as reçu humainement cette mère et cette petite fille en même temps que tu as reçu toute l’inhumanité de la violence humaine. Mais tu as été là, présente, sécurisante, bienveillante.

Face au refus de cette femme d’être orientée, et face à cette petite fille qui malgré tout, ni dans le discours de sa maman ni durant cette consultation ne présentait le moindre symptôme de souffrance, je n’ai pas fait grand-chose. Si ce n’est recevoir, écouter, regarder, échanger et proposer. Ma proposition a d’ailleurs désarçonné ma collègue infirmière ce qui peut tout à fait s’entendre vu le décalage que l’on peut y voir face au vécu de cette maman. J’ai simplement proposé à Madame de venir participer avec sa fille à l’atelier d’éveil musical que nous organisions quelques jours plus tard au sein du service grâce à l’intervention de deux artistes. Taper sur de drôles d’instruments de musique, jouer, s’amuser, chanter, bouger, rire, rencontrer des artistes, d’autres enfants, d’autres parents, des professionnels du soin, voilà la proposition lâchée en fin de consultation.

Ma collègue les yeux écarquillés, ayant retrouvé du poil de la bête :

Ah ouais ? Mais ! Alors là, je n’ai pas pensé une seconde à ça.

T’as raison c’est sûrement con et carrément décalé. Mais voici mon idée. Cette maman a vécu l’enfer mais ne veut pas de soutien, de soutien « psy » j’entends, sa fille semble plutôt préservée, je précise bien « semble », donc pour le moment je me dis que ce qu’on peut faire c’est essayer à notre niveau de les ramener dans le monde des vivants. La musique, la joie, le jeu, l’insouciance, la magie, les rencontres, n’est-ce pas un peu ça le monde des vivants, le monde des enfants, le monde des parents ? Je suis sûr que des choses peuvent se passer sur ces temps-là même après un tel parcours. Ce n’est qu’une goutte d’eau mais Madame semblait intéressée.

Elles ne sont finalement pas venues jouer sur de drôles d’instruments.

Mais.

Mais nous les avons revues quelques semaines plus tard à la consultation, avec le carnet de vaccination. Madame semblait plus apaisée. Tout du moins, le fardeau toujours présent avait ce jour-là l’air légèrement moins lourd à porter. La petite s’est installée près des jouets sans que ma collègue n’ait eu le temps de l’y inviter. Quelques phrases échangées, les nouvelles ? Les papiers ? La petite ? Et vous Madame, comment ça va ? Je vais examiner votre fille, puis nous poursuivrons les vaccins car je vois que des injections ont été faites, d’autres sont à faire. Acheter les vaccins ? Non ne vous inquiétez pas, comme je vous l’avais expliqué la fois dernière, nous pouvons vous les fournir. Allez, ne t’inquiète pas Princesse, ça y est c’est fait. Bravo tu as été courageuse.

Lors de cette seconde rencontre, nous n’avons pas rediscuté des éléments lâchés la première fois. Madame n’a pas plongé une fois le regard au sol. Il n’y a pas eu cet instant de silence pesant où l’on se demande dans quelle direction va repartir l’échange s’il repart. Les yeux de Maman souriaient sur sa petite, sur ma collègue, sur moi. Oui, les lèvres sourient, mais les yeux aussi savent sourire. Il y aura encore beaucoup de chemin à parcourir, des retours en arrière, mais quelques pas semblent avoir été faits du côté du monde des vivants. Madame s’est levée, nous nous sommes serrés la main, puis dans le même temps qu’elle posait le regard sur sa fille, elle lui demandait de dire au revoir à « Tonton » en me pointant de l’index.

Affublé de ce nouveau titre dont je ne connais toujours pas tous les contours, je l’accueillis avec honneur et fierté. Ce fut pour moi la première fois qu’une consultation se terminait ainsi.

Difficile d’évaluer l’impact de ce type d’acte. Sommes-nous dans les clous ? Que disent les recommandations ? C’est quoi cette sémiologie à la noix ? Faisons-nous de l'Evidence Based Medicine ? Quels indicateurs utilisés pour évaluer cette action ?

Voici ce qu’un gestionnaire rigoureux à l’esprit plus étriqué que son costard cravate pourrait énoncer d’une voix glaciale :

« Deux fonctionnaires pendant X minutes à deux reprises payés tant de l’heure pour recevoir un enfant et sa mère sans couverture sociale à qui ont été fournis et injectés deux vaccins d’un montant total de X euros sachant que nos objectifs tant en termes de maîtrise des dépenses que de masse salariale et blablabli et blablabla… Voici ma conclusion (le gestionnaire ayant pris le soin de desserrer son nœud de cravate pour éructer sa sentence d’un ton ferme et percutant) : Manque total d’efficience. Passer tout ce temps pour seulement deux vaccins non mais bande de feignasses c’est scandaleux ! On y laisse un pognon de dingue avec vos conneries ! Foutez-les dehors et supprimez leurs postes, la nation s’en portera mieux ! »

Vous savez quoi ?

Le seul indicateur qui compte à mes yeux même si je ne sais ce qu’il indique vraiment c’est ce titre de Tonton que cette mère m’a octroyé avec ce sourire contagieux. Il n’indique pas forcément la meilleure direction à prendre mais je n’ai pas l’impression qu’il en indique une très mauvaise. Mais surtout, au delà de cette « anecdotique » consultation, face à la dictature galopante de la rentabilité, hommage au monde du soin, du social, associatif qui œuvre chaque jour à tendre la main pour faire revenir nos sœurs et nos frères dans le monde des vivants aux quatre coins de France, au pays des Tontons, aux quatre coins de la planète.

Vive le titre de Tonton, vive la cette France.

vendredi 27 décembre 2019

PAPA C'EST QUOI L'EBM ?


_Papa c’est quoi cette canette de Coca ?

_...

_ Papaa c’est quoi cette canette de Cocaa ?

_...

_ Papaaa c’est quoi cette canette de Cocaaa ?

_...

_Papa, c’est quoi l’EBM ?

_Alors vois-tu mon fils, cette canette de Coca c’est ça :  

La Revue Prescrire - Décembre 2019 - Tome 39 - N° 434

Donc cette canette de Coca mon fils, elle est très importante.
Elle est très importante cette canette de Coca car on peut la remplacer à foison, par du Kiri  comme ici, par du sucre comme làet ainsi de suite. C’est toujours le même procédé.
Et vois-tu mon fils, cette canette de Coca revêt une importance cruciale pour aborder ta question sur l’EBM. L’EBM, pour Evidence Based Medicine, traduite de façon simpliste par Médecine Fondée sur les Preuves, ne devrait tout simplement pas être comme cette canette de Coca.

L’EBM c’est un trépied sur lequel doit s’appuyer une décision médicale. C’est une sorte d’équilibre à trouver dans l’exercice de la médecine imagé comme suit :

En voici les 3 principaux ingrédients :


On mélange savamment le tout :  



Pour idéalement obtenir ça : 

_Je vois. Finalement l’EBM c’est plus simple que le Coca, on connaît la recette. Et du coup, c’est un peu un label de qualité avec d’un côté la médecine EBM et de l’autre la médecine non EBM. C’est le label AB de la médecine, le « bio » de la médecine.

_Mouais… Pas faux mon fils mais plus complexe tout de même. Encore faut-il savoir cuisiner, connaître précisément la provenance des ingrédients, et s’autoriser à penser que des aliments non labellisés AB sont plus bio que bio que certains qui portent ce fameux label. Bref, c’est pourquoi ta canette de Coca est si importante.

_Ben pourquoi ?

_Relis l’article ci-dessus sur la firme Coca-Cola et rappelle-toi que je viens de te dire à l’instant que tu peux remplacer le Coca par autre chose, notamment par certains médicaments, certains examens etc…

_Ben OK mais alors là ce n’est plus EBM ! Ça ne tient pas ton truc. Ce n’est pas ça la médecine.

_Mon chéri si tu savais.

_Si je savais quoi ?

_Bon. Vraiment parce que c’est toi hein. Je te préviens, tout n’est pas aussi extrême que ce que je vais te confier, mais parfois ça l’est. Reprenons chaque ingrédient de l’EBM. D’abord le médecin, regarde :


Tu comprends vite avec ce schéma que de multiples facteurs dont tous ne sont pas mentionnés peuvent influencer son expertise. Une fois de plus, si ça n’est pas clair, relis l’article sur le Coca.

Ensuite le patient. En préambule, il faut que tu comprennes quelques points importants. Pour espérer agir sur la santé d’une personne ou d’une population, tu as plusieurs leviers appelés « déterminants de santé ». J’avais essayé d’expliquer ça il y a quelques années mais tu étais encore trop jeune pour comprendre. Quand tu auras un moment tu pourras aller lire ça : Déterminante santé. Mais pour résumer, sans nier aucunement le reste, l’important est de jouer sur l’environnement et les comportements. Concernant l’environnement au sens large, on se tire tout simplement une balle non pas dans le pied mais dans le cœur. Et pour les comportements, dans notre société de surconsommation, les publicitaires pour ne citer qu’eux ont compris depuis longtemps comment procéder. Tout du moins, nous avons dix mille longueurs de retard dans ce domaine nous les soignants. Encore plus maintenant que les bébés sont biberonnés de plus en plus précocement par ces formidables outils de propagandes publicitaires, ces machines à modifier les comportements de cerveaux en pleine maturation que sont Smartphones, I Phone, tablettes et autres polluants numériques lobotomisateurs. Si certaines armes de destruction massive n’ont jamais été retrouvées, celles-ci existent bel et bien dans le berceau des bambins. Bon, je crois que je m’emporte un peu là. Mais imagine un instant que je reçoive un petit patient obèse et grand buveur de Coca soumis à des publicités inopinées dès sa plus tendre enfance via l’écran de son Smartphone sur lequel son sportif idolâtré, musclé et transpirant en fait la promotion à lui en provoquer des frissons d’émotion, quid de l’EBM ? J’ai l’air fin moi !

Enfin, les données scientifiques, troisième pilier de l’EBM. Alors là mon canard, nous ne sommes pas sortis de l’auberge. On va commencer par le plus simple. Supposons que les formidables résultats scientifiques concernant l’efficacité d’un médicament soient issus de son fabriquant et uniquement de lui. C’est peut être tout à fait vrai mais ça vaut sans doute le coup d’avoir un regard critique sur ce type de données scientifiques. Encore une fois, transpose le procédé de la firme Coca-Cola à un médicament, à un produit ou à un examen de santé et tout de suite je pense que ça t’éclaire.

_Non mais je t’arrête tout de suite Papa. Tu vois le mal partout. Même Maman dit que t’es chiant avec ça, que tu commences à radoter comme un vieux con. C’est pas possible. Il faut bien faire un peu confiance. Ces choses sont contrôlées. Et si le médicament est remboursé, c’est qu’il est efficace, c’est qu’il est EBM !

_Premièrement ta mère a raison, ta mère a toujours raison, je suis chiant avec ça. Deuxièmement je serais plus mitigé sur le fait que le remboursement soit un gage d’efficacité donc de données scientifiques probantes. Pour preuve et ce n’est qu’un exemple parmi d’autres, le remboursement de l’homéopathie pendant des décennies, et la granule qui a du mal à passer quant à son déremboursement, sans parler des confrères #NoFakemed ayant milité pour cela qui au final se font tomber dessus par l’Ordre des Médecins. Tu vois que c’est complexe fiston. Et je m’en excuse par avance, mais voici encore un élément qui ne va pas faciliter les choses :  





_Tu le vois mieux maintenant le lien avec ta canette de Coca ?

_Mais qu’est-ce qu’il faut faire alors ?

_Au moins être conscient de tout cela, lire, apprendre à faire un pas de côté, nourrir l’esprit critique, passer ce relais à la génération à venir, résister sereinement, stratégiquement et solidement aux assauts de celles et ceux qui refusent d’ouvrir les yeux sur ces faits comme à celles et ceux qui sont payés pour te les faire fermer parfois de façon assez puante, et lire encore et toujours. Regarde, récemment j’ai découvert grâce à un confrère quatre effets, phénomènes et paradoxes de la médecine dans cet article. C’est déroutant, mais passionnant.

_Tu sais quoi Papa ? Je ne sais pas si je dois te remercier. C’est dérangeant ton histoire.

_Ce n’est pas une histoire et c’est toi qui as commencé par me poser une question. Je t’ai répondu. Je reconnais que mettre du Coca et l’EBM dans la même bouteille, ça fait un drôle de cocktail mais c’est ma réponse à ta question.

_Elle est moche ta réponse, peut-être vraie, mais moche, elle fait mal. Elle me passe l’envie de faire médecine et m’a dégoûté du Coca.

_Pour le Coca, rien de bien grave, et pour médecine, tu sais il y a plein d’autres voies passionnantes.

_Ouais ben justement, au point où on en est, et avec ce que tu m’as raconté, plus envie de consommer de Coca mais trop dur de lutter contre tout ça,  donc autant passer du côté obscur de la force et se faire un peu de fric au passage.

_Tout va bien mon fils. J’ai choisi un camp, des valeurs, tu désirerais te ranger aujourd’hui dans un camp opposé, donc pour le moment tout va bien, ça me fait iech au plus haut point mais tout va bien car il paraît que c’est un peu ça l’adolescence. Je t’aime et je t’embrasse.  


dimanche 13 octobre 2019

CE QUE « CONFRATERNITÉ » SIGNIFIE ?


Elle part.

Je le sais depuis plusieurs semaines, j’ai eu le temps de m’y préparer, elle y a mis les formes, précautionneuse qu’elle est.

Je le sentais, je l’imaginais, je le craignais, puis je l’occultais.

Mais là, tout de suite, maintenant, ce sont les derniers jours. Et l’horloge tourne, tourne et file encore jusqu’à ce que pointe inexorablement ce putain de dernier jour. Game over. Force est de constater que je ne suis pas si prêt que ça.

Il y a une dizaine d’années, elle m’accueillait à bras ouverts, elle me tendait une main bienveillante à la découverte de ce monde nouveau pour moi.

Elle, c’est une consœur qui m’a appris ce que « confraternité » signifie.

Confraternité ?

Il y a pourtant un code prévu pour cela :

Confraternité / Article 56 du code de déontologie médicale :

« Les médecins doivent entretenir entre eux des rapports de bonne confraternité.
Un médecin qui a un différend avec un confrère doit rechercher une conciliation, au besoin par l'intermédiaire du conseil départemental de l'ordre.
Les médecins se doivent assistance dans l'adversité. »

Il y a également des codes :

« Cher confrère, chère consœur » en début de courrier.

« Confraternellement » en fin voire « Bien confraternellement » lorsque l’on est en forme et que l’on veut vraiment marquer avec vigueur notre confraternité.

Il y a des pratiques : ne jamais dire du mal de son confrère même s’il s’agit d’une crapule voire pire, fermer les yeux face à certaines pratiques, certains actes, se boucher les oreilles sur certains propos, sous couvert de cette sacro-sainte confraternité.

Il y a du plus médiatique comme ces médecins signataires d’une tribune contre les « fake médecine » poursuivis devant le conseil de l’ordre pour non confraternité par certains de leurs confrères homéopathes.

« Doivent entretenir » = obligation / Non-respect de l’obligation = sanction ?

« Différend » ; « Conciliation » ; « Adversité » = confraternité ou confrontation ?

Terminologie peu engageante dans le code à mon goût.

Beaucoup trop de paraître dans les codes à mon goût.

Des affaires scandaleuses à vous provoquer le dégoût.

Et elle qui part.

Il y a une dizaine d’années, sa main bienveillante me guidait pour mes premiers pas sur ce nouveau poste de médecin.

Peu de temps après j’étais à ses côtés lorsqu’on lui proposait une évolution, de nouvelles responsabilités.

Dans le milieu médical comme ailleurs, on rencontre grosso modo deux catégories de personnes pouvant prétendre à une évolution de carrière au sein de nos organisations pyramidales. La première, bien fournie, est celle des dents qui rayent le parquet quand elles ne le tronçonnent pas, celle des coups bas, des requins assoiffés de pouvoir, des costumes trop larges pour les épaules. La seconde est celle des valeurs, tant professionnelles qu’humaines, celle du costume naturellement taillé pour, des compétences, de l’intégrité et de l’exemplarité.

Jusqu’à ses derniers instants à son poste, elle aura fait partie de cette deuxième catégorie.

Contre vents et marrées, elle a défendu une certaine vision de l’exercice médical, l’intérêt des patients, la déontologie, l’indépendance du médecin. Elle aura croisé le fer avec justesse non pas pour son poste, sa carrière, ou faire gonfler son ego, mais pour tout ce qui contribue à la noblesse de ce métier. C’est peut-être aussi pour cela qu’elle s’est épuisée et qu’elle part.

Je l’ai su, je le pense, je l’écris plusieurs fois pour que ça rentre, et je m’apprête à le vivre ce départ. Professionnellement, je me sens déjà orphelin.

Elle aura grandement contribué à ma décision lorsque, à mon tour, j’ai pris des fonctions similaires aux siennes. Je savais qu’elle serait là, que je pourrais compter sur elle, sur sa main tendue toujours aussi bienveillante. Une dizaine d’années plus tard, de nouveaux premiers pas pour moi, parfois un pas de travers, souvent un pas maladroit, et elle, pas un mot blessant, pas un jugement, mais de précieux conseils, des échanges enrichissants, toujours pertinents.

Après son départ, si j’ai à correspondre avec elle dans le cadre professionnel, je saisirai tout le sens, tous les sens de mon « Bien confraternellement » jusqu’à la pointe appuyée de ma plume à la fin de mon courrier.

Car elle part et ce qu’elle me laisse de plus précieux, c’est ce que « confraternité » signifie, pas la confraternité du code, ni celle des codes ou des pratiques, mais la confraternité du cœur.

vendredi 28 juin 2019

AVEC DES SI ON METTRAIT LA PMI EN BOUTEILLE ?


Je sais : rien ne va plus à l’hôpital, les services des urgences sont en crise, la médecine générale est désertée.

Mais je vous rassure, né en 1945 par ordonnance non pas médicale mais ministérielle, un maillon mal connu, peu reconnu de la chaîne de notre système de santé frise la rupture si rien n’est fait pour le sauver dans un délai raisonnable.

Médecine préventive à vocation universelle ciblée sur la planification familiale, le suivi des grossesses ainsi que des enfants jusqu’à l’âge de six ans, la mal nommée Protection Maternelle et Infantile est tout autant malmenée que la médecine hospitalière ou la médecine générale sinon plus.

Mal nommée car si à l’origine au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale sa vocation était de lutter, protéger contre la mortalité infantile, le contexte actuel est bien différent et le mot « Protection » porte à confusion avec la protection de l’enfance. Sa substitution par « Prévention Maternelle et Infantile » ou « Promotion Maternelle et Infantile » serait une première étape symbolique pour modifier le regard des citoyens comme des professionnels sur un service public pour tout public.

Portée par les Conseils Départementaux (ex Conseils Généraux), elle souffre d’une forte hétérogénéité sur le territoire, dépendant essentiellement du budget que les élus peuvent ou parfois veulent lui allouer mais aussi des priorités et des visions politiques de chaque assemblée départementale. A la décharge des élus départementaux, l’Etat comme l’Assurance Maladie ne se sont pas bousculés pour leur venir en aide.

Petit aperçu d’une PMI en crise:

-en vingt ans, le nombre d’enfants vus en consultation en PMI a diminué quasiment de moitié passant de 900 000 à 550 000. Vu l’état de la démographie des pédiatres libéraux et des médecins généralistes sur le même laps de temps, il y a peu de place pour un effet de vases communicants.

-le budget général de la PMI a diminué de 4 % entre 2013 et 2017.

-de nombreux postes de médecins sont vacants alors même que deux tiers des médecins de PMI en poste atteindront l’âge de la retraite d’ici 2020.

Il paraît pourtant que la prévention serait un axe prioritaire de la Stratégie Nationale de Santé et bénéfique tant pour la population que pour les finances publiques.

L’heure n’est plus à tirer la sonnette d’alarme mais à pratiquer le massage cardiaque.

Dans cet objectif, un rapport intitulé « Pour sauver la PMI, agissons maintenant ! » (en lien ici) a été présenté par la députée Michèle Peyron. Il contient plusieurs propositions ainsi que le budget nécessaire pour les mettre en oeuvre : 100 millions d’Euros, une somme homéopathique.

Hasard du calendrier d’une fin de mois de juin caniculaire où les millions d’Euros se télescopent, la Commission de la transparence de la Haute Autorité de Santé a voté ce 26 juin le déremboursement de l’homéopathie pour cause d’efficacité non prouvée. Si la ministre de la santé actait cet avis, ce serait possiblement 126 millions d’Euros d’économie. Imaginons les économies potentielles si dans le domaine médical tout ce qui n’a pas fait la preuve de son efficacité voire mieux, si tout ce qui a fait la preuve de son inefficacité était déremboursé.

Pour le moment nous en sommes là, plutôt Madame Agnès Buzyn, Ministre des Solidarités et de la Santé en est là avec d’un côté un rapport pour sauver la PMI à 100 millions d’Euros par an, de l’autre un avis de la HAS sur un déremboursement avec à la clé une économie évaluée à 126 millions d'Euros par an.

Et si on faisait se communiquer les vases. 

Et si l'homéopathie finissait par sauver la peau de la PMI, quel beau tour d'honneur. 

Mais si Avis et Rapport finissent leur vie comme tant d’autres au fond d’un tiroir ministériel…

Avec des si.

mardi 30 avril 2019

PROJET DE VACCINATION UNIVERSELLE CONTRE LE PAPILLOMAVIRUS (HPV). NOUS, MÉDECINS ET PHARMACIENS INDÉPENDANTS DE L'INDUSTRIE PHARMACEUTIQUE DÉNONÇONS L'APPEL DES 50 AU NOM DE L’INTÉGRITÉ ET DE LA RAISON

Deux phrases d’une de mes récentes lectures se sont profondément inscrites dans mon esprit comme si la force de frappe d’une vieille machine à écrire en avait imprimé chaque mot sur la zone cérébrale appropriée.

«Les êtres humains pensent en récits, plutôt qu'en faits, en chiffres ou en équations. Plus le récit est simple, mieux ça vaut.»

La médecine ne me semble pas déroger à cette idée. Nombre de décisions médicales découlent probablement de la subjectivité de récits d’expériences. Ces récits ont leur importance, la transmission de ces expériences est nécessaire. Cependant, elles ont d’autant plus de valeur lorsqu’on s’attelle à les confronter à l’objectivité froide des faits, des chiffres, des équations statistiques. Cela devient alors un exercice compliqué, pertinent, primordial. Mais terriblement difficile car il implique la remise en question, la reconnaissance de ses erreurs, la rectification du tir. L'exercice devient d'autant plus nébuleux lorsque le récit médical, outre sa subjectivité et l’émotion qui l’accompagne est infecté par ce que l’on se délecte à nommer à la sauce british les fake news. Encore plus complexe lorsque les faits, les chiffres, les statistiques, outre leur froideur répulsive sont biaisés, pollués par certaines interprétations hasardeuses, quelques conclusions rapides, voire parfois tout bonnement manipulés par l’appât du gain.

Comment le patient peut-il s'y retrouver au milieu de cet imbroglio ? D'ailleurs médecins et soignants sont-ils toujours mieux éclairés ? Très éclairants ? A condition d’avoir une once d’humilité de le laisser libre de faire son choix, comment le patient peut-il décider sereinement ?

L’exemple de la vaccination contre le papillomavirus humain (HPV) :

Perdus entre d’un côté fake news et récits catastrophes dont se gargarisent des antivax contaminant la toile à la vitesse de la lumière et de l’autre les raccourcis dogmatiques de certains porte-voix médiatiques de la médecine sponsorisés pour affirmer que le vaccin protège contre une pelletée de cancers véritables fléaux de santé publique d’où l’urgence absolue de sa généralisation étape pré-obligation, comment s’étonner de la perte de confiance de patients et de parents sidérés par le doute ?

C'est pourquoi, face à l’ubiquité des fake news médicales, des récits subjectifs, et des statistiques tronquées, malgré le risque d’être catégorisé dans un camp dont je ne suis pas ni de loin encore moins de près, il me semblait important de relayer le texte qui suit dont un site dédié est consultable sur ce lien.

Sylvain Fèvre


Dans un appel diffusé le 20 mars 2019, 50 médecins, sociétés savantes, sociétés professionnelles, sociétés privées, syndicats médicaux et associations de patients, appellent à la généralisation du vaccin contre le papillomavirus humain (HPV) et à l’extension de son indication aux garçons afin, disent-ils, d’éliminer les cancers dont ces virus seraient responsables.

28/04/2019. Nous, médecins et pharmaciens indépendants de l’industrie pharmaceutique, dénonçons le non-respect de la loi par les signataires de cet appel et nous opposons à la généralisation de ces vaccins en raison des incertitudes majeures qui pèsent sur leur rapport bénéfice-risque et coût-efficacité.

Cette page est une version résumée et non référencée de notre droit de réponse complet que vous pouvez télécharger ci-dessous.



Un « appel des 50 » ne respectant pas l’obligation de déclaration des liens et conflits d’intérêt


Sur l’«appel des 50», aucune mention n’est faite des liens d’intérêts des professionnels et des sociétés ou associations avec les trois fabricants des vaccins contre le HPV.

Une analyse approfondie retrouve 1 611 066 euros d’avantages et rémunération provenant des fabricants des vaccins contre le HPV pour l’ensemble des signataires, répartis ainsi : 223 765 euros pour les individus et 1 387 301 euros pour les entités qu’ils gèrent.


Dans l'«appel des 50», les conflits d'intérêts sont omniprésents. On les retrouve au niveau des «leaders d'opinion» mis en avant, des groupes d'experts, des sociétés de formation médicale continue. Or, ces intervenants ont l'oreille de leurs confrères qui voient en elles des références fiables dans une discipline médicale en constante évolution.

Concernant les associations de patients de l'appel, quatre d'entre elles ont des conflits d'intérêts directs et deux d'entre elles sont en relation étroite avec un leader d'opinion qui déclare les avoir créées.


Un bref retour en arrière


En février 2007, Xavier Bertrand, ministre de la santé, court-circuite les instances scientifiques et l'avis obligatoire de la commission de la transparence. Avant qu'elles n'aient eu le temps de se prononcer, il annonce le remboursement du vaccin, au nom de l'urgence générée par «la pression médiatique».

Pourtant, en mars 2007, le groupe de travail chargé de l'évaluation du vaccin, prenant en considération la diminution rapide de l'incidence du cancer du col en France, demandait de prioriser le dépistage organisé et n'évoquait aucune urgence.



L’efficacité du Gardasil® pour réduire l’incidence du cancer du col de l’utérus n’a jamais été démontrée


Effectués dans le cadre d’une procédure accélérée, les essais cliniques n’avaient pas pour critère d’évaluation l’efficacité du vaccin quadrivalent contre le cancer. Il a seulement été admis de manière contestable par la Food and Drug Administration (FDA) puis par l’Agence européenne du médicament (EMA) que le vaccin présentait une efficacité partielle sur les lésions précancéreuses de haut grade. Cette efficacité a été considérée comme un critère intermédiaire ou de substitution pour la prévention du cancer.


Un «appel des 50» qui utilise des artifices de communication propres au marketing et dont la rigueur scientifique est absente


Les économies envisagées dans l’«appel des 50» demeurent purement hypothétiques. En revanche le coût d’une vaccination offerte gratuitement par l’Etat est bien réel. Au prix actuel du Gardasil 9® hors taxes, soit 113 euros la dose il en coûterait pour vacciner 100% des garçons et des filles à partir de 11 ans avec un rattrapage jusqu’à 19 ans, deux doses jusqu’à 14 ans et trois doses à partir de 15 ans selon les recommandations 1,9 milliards pendants les deux premières années puis 180 millions d’euros annuels en vaccination de routine.

Par ailleurs, il n’a pas été démontré que le Gardasil®️ réduisait les lésions précancéreuses de haut grade des garçons, cette efficacité demeure donc purement spéculative.


Des incertitudes sur la sécurité des vaccins quadrivalents et nonavalents Gardasil®️ et Gardasil 9®️


Une étude de qualité et indépendante faite par l'ANSM et l'Assurance Maladie en 2015 a bien montré un risque accru de syndromes de Guillain-Barré chez les jeunes filles vaccinées.

Il faut noter également que la revue Prescrire indique que le pourcentage de réactions sévères locales est multiplié par deux avec le Gardasil 9®️ par rapport au Gardasil®️ passant de 2,7% à 4,5%.


En conclusion


Notre propos est de montrer ici comment les intérêts privés, lorsqu’ils sont relayés par des personnalités et des organismes présentant des conflits d’intérêts peuvent orienter les politiques de santé vers des interventions non prioritaires au coût élevé, aux risques mal évalués et aux bénéfices incertains.


La vaccination anti-HPV est un cas d’école du «ghost management» (gestion fantôme) employé méthodiquement par les industriels : un management total, une gestion invisible, mais omniprésente, de tous les niveaux de la recherche, de la formation et de l’information médicales.


Pour tous ces motifs, non exhaustifs, et en raison des très fortes incertitudes qui persistent sur ce vaccin, au contraire des signataires de l’«appel des 50», nous, médecins et pharmaciens indépendants de l’industrie pharmaceutique, considérons qu’un moratoire sur ces vaccins est nécessaire.

Et pour qu’enfin, en toute transparence, les médecins et les patients puissent se déterminer sur la réelle balance bénéfice/risque de la vaccination anti HPV, nous demandons une commission d’enquête parlementaire.

Cette page est une version résumée et non référencée de notre droit de réponse complet que vous pouvez télécharger ci-dessous.



Les 15 signataires : Jean-Baptiste Blanc, Rémy Boussageon, Philippe De Chazournes, Sylvie Erpeldinger, Sylvain Fèvre, Marie Flori, Marc Gourmelon, Jean-Claude Grange, Christian Lehmann, Claudina Michal-Teitelbaum, Joël Pélerin, Armel Sevestre, Bertrand Stalnikiewicz, Amine Umlil, Martin Winckler

Déclarent ne pas recevoir la visite médicale et n’avoir aucun conflits d’intérêts en ce qui concerne les vaccins anti-HPV ou avec toute entreprise du domaine de la santé.

Blogs/sites/twitter : Jean-Baptiste Blanc Chroniques d’un jeune médecin quinquagénaire/@Dr_JB_Blanc, Philippe De Chazournes Med’Océan/@Medocean974, Sylvain Fèvre ASK/@SylvainASK, Marc Gourmelon @mgourmelon, Jean-Claude Grange De la médecine générale, seulement de la médecine générale/@docdu16, Christian Lehmann En attendant H5N1/@LehmannDrC, Claudina Michal-Teitelbaum @MartinFierro769, Bertrand Stalnikiewicz dr.niide.over-blog.com/@docteurniide, Amine Umlil CTIAP/@amine_umlil, Martin Winckler L'école des soignant.e.s/@MartinWinckler


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