samedi 14 septembre 2013

La Revanche du rameur ?


Pourquoi parler de la Revanche du rameur (un livre paru en février 2012) ici et maintenant ?

Maintenant parce que je l’ai entamé il y a seulement trois jours et que je viens juste de le terminer. Donc un peu compliqué pour moi d’en parler avant. Bon, je l’avoue, c’est vraiment la honte, mais on aurait pu me prévenir qu’il fallait le lire plus tôt ce bouquin. Pour ma défense, je ne dois pas encore avoir suffisamment de connexions dans le monde du Web 2.0. Personne ne m’a averti, personne n'a partagé cette information en temps voulu. Bande d'égoïstes ! Individualistes ! Dommage, j’aurais vécu un an et demi de plus en y voyant un peu plus clair. Mais il n’est jamais trop tard pour ouvrir les yeux.

Ici parce que c’est mon blog, raison que j’estime totalement suffisante. Sur mon blog, je suis le chef, je décide de tout, c’est moi le boss, le dominant tout puissant. Je maîtrise les procédures, j’évalue, je me réunis régulièrement avec moi-même pour lancer prochainement ma première démarche Qualité et si t’es pas content, voire que tu ne l’acceptes pas, je te vire. Non, je déconne. C’est juste un peu d’humour. Allez, reste s’te plaît. Plus sérieusement, j'aimerais partager cette lecture parce qu’avec un sacré paquet d’autres Homo sapiens mâles et femelles de mon espèce, on a souvent l’impression de naviguer dans le brouillard, voire en pleine tempête sans vraiment savoir où aller.  Et même quand le temps se calme, que la mer est d’huile, le soleil au zénith, et que la direction à prendre semble évidente, on a encore le sentiment étrange et désagréable de ramer à contre-courant.

Ici aussi parce que c’est un blog qui me permet sans doute maladroitement de déverser parfois quelques réflexions, quelques indignations sur la médecine qui ne font que cacher celles que je pourrais faire d’une façon plus générale sur le (dys) fonctionnement de notre société. Je ne fais que constater, critiquer, sans que cela ne soit véritablement bien exprimé. C'est un peu comme si je décrivais vaguement quelques symptômes d'une maladie que je maîtrise mal et que dans ce bouquin vous y trouviez la physiopathologie ainsi qu'un début de traitement. Je ne prétends pas que l’audience de ce blog permettra de relancer la réédition de ce livre, mais s’il pouvait te permettre (tu vois, j’écris tout le temps « tu » dans mes billets, preuve que j’imagine que tu n’es pas très nombreux…) de porter à ta connaissance un ouvrage éclairant sur ta vie de médecin, de salarié, de manager, de mec important qui se remet en question (ça doit bien exister non ?), de chômeur, d’étudiant, bref, sur ta vie de citoyen, eh bien, je serais comblé. Je n'ai pas mis super grand PDG et encore moins ministre parce que quand même quoi. Bon,  au cas où tu sois ministre ou grand PDG, ben, franchement ce livre va mettre à mal tout ce que tu as appris et tentes de mettre en place dans tes institutions et sociétés. Mais puisque ça nous mène droit dans le mur, autant que tu le saches. Je n'ai pas non plus mis Président parce que je serais obligé de mettre une cravate et de te vouvoyer, truc que j'ai pas trop l'habitude de faire. Bon OK, au cas où, je vais faire un effort. J'ai rentré ma chemise dans mon pantalon, c'est pas mal déjà, c'est un premier pas. Donc, si t'es Président, t'es un peu un grand dominant. Pourtant t'as déjà été et tu es encore parfois un dominé qui pédale un peu dans la semoule. Je sais, c'est pas drôle, j'ai pas le remède miracle même si je suis médecin, mais dans un premier temps, lis ce bouquin. Après on pourra parler. Si tu es Michel Lafon, éditeur de profession, alors, s'te plaît, pourrais-tu réimprimer au moins un exemplaire de ce livre pour Monsieur le Président, tu serais un chou... Juste au cas où, parce que ça pourrait peut-être un peu l'aider à y voir plus clair lui aussi. Et ça serait plutôt cool pour tous les dominés.  

Bon, beaucoup de blabla, mais en fait c’est quoi ce bouquin ?

On pourrait imaginer une belle histoire d’amour, un type qui passe 324 pages à ramer pour séduire une beauté fatale qui le rejette, et boum, à la 325ème et dernière page, il conclut, il se la tap… dans toutes les posit…, euh non merde, ma mère lit mon blog de temps en temps, je vais encore me faire engueuler. Donc reprenons calmement et sereinement : à la dernière page, le rameur prend sa revanche en séduisant sa belle princesse. Ils se marièrent et eurent beaucoup, beaucoup d'enfants.

Non, c’est pas du tout ça ce bouquin, mais alors là pas du tout, donc si tu cherches ce genre d’histoire, alors zappe. Quoique, je trouve que c’est quand même un peu une histoire d’amour. L’amour des autres, l’amour de notre vie en société, l’amour d’un meilleur avenir pour nous et nos descendants. Si, si en fait, reviens Léon, y a de l’amour à l'horizon !

Donc si t’es un amoureux de la vie mais que tu trouves que ça tourne pas vraiment rond, que tu sens un peu ce qui ne va pas sans vraiment savoir l’exprimer, que tu t’indignes à défaut de pouvoir faire changer les choses, alors ce livre te donnera des billes. Oui, ça te permettra de conceptualiser ton ressenti (la vache, je pensais pas que je pouvais sortir une phrase comme ça). Tu vas peut-être me dire que ça te fait une belle jambe et que c’est pas ces feuilles de papier qui vont révolutionner les choses. Je te répondrai que mettre des mots sur des maux permet parfois de soulager un peu et d’avancer. C’est en tout cas l’effet que ces feuilles de papier ont eu sur moi alors que je n’ai fait que les lire, je te promets que je ne les ai pas fumées (je te rappelle que ma mère me lit de temps en temps alors je me tiens à carreau).

Si ça te fait peur, que tu ne te crois pas suffisamment intelligent pour le lire, je vais te rassurer tout de suite. Même moi, je l'ai lu en 3 jours et j'ai tout compris ( quoi, presque tout). Donc tu vois, franchement, vas-y franco.

Si tu n'as vraiment pas le temps de lire, alors lis au moins « La fable des rameurs ». Je ne vais pas te mâcher le travail. Tu me googlises ça et tu cherches la version qui te correspond le mieux. Tu la lis, tu ris, ensuite, tu ris un peu moins, ensuite, tu réfléchis un peu, et enfin, tu la partages avec tes collègues, tes amis et tes connaissances.

Désormais, venons-en aux erreurs. La mienne d'abord. En dehors du fait d'avoir mis tout ce temps avant de le lire ce foutu bouquin, j'ai commis une grave erreur sur son auteur. Oui, dans un billet intitulé : Manifeste pour un big bang sanitaire je m'étais autoproclamé dominant et lui avais octroyé le poste de ministre de la santé. Il aurait peut-être mérité mieux finalement. Oh pis non, tiens,  un big bang n'est pas un petit feu d'artifice, c'est un big bang. Alors balayons tout ça et passons directement à l'hétérarchie. Une hétérarchie dans laquelle cet agité du bocal qui pense être un rameur, deviendrait plutôt barreur d'un des avirons. Et sur d'autres avirons, je mettrais bien quelques autres barreurs dignes de ce poste. Regarde, ils sont déjà en train de se concerter sur la meilleure stratégie à adopter pour obtenir un large consensus. L'objectif étant de nous faire ramer dans de bonnes conditions le plus loin possible sans que personne ne se noie, bref de nous mener à bon port.



Ben quoi ? Pourquoi pas ? Puisque ce livre est un essai, qu'on n'est pas fous, ni paranos, juste indignés, alors cet essai, il faut maintenant le transformer :-)

PS : au cas où tu sois un peu bigleux, la photo est un grossier montage avec de gauche à droite : M. Winckler à la place de J. Brel, D. Dupagne à la place de L. Ferré et C. Lehmann à la place de G. Brassens. Et fumer tue bien sûr. 



mardi 10 septembre 2013

Médecins de demain ?

Pour introduire ce billet, voici comment peuvent être présentés voire se présenter certains médecins d’aujourd’hui : France 3 Limousin
 
Ce reportage réalisé par des journalistes (donc des pros) dont le boulot consiste à informer la population pourrait parfaitement illustrer un de mes précédents billets traitant des déserts médicaux : Désert... vous avez dit désert ?
 
Mais je préfère t’inviter à aller lire les billets plus récents d’autres médecins. Ils sont en lien * à la fin de cet écrit. Leurs diverses réactions me semblent intéressantes et complètes. J’approuve totalement et j’aimerais donc aborder ici ce genre de traitement médiatique pour enchaîner sur les médecins de demain plutôt que ceux d’hier…

 

Parce qu’on peut remonter loin pendant qu’on y est, style ça :

 


 

ou mieux, encore plus loin, pourquoi pas ça ?
 


 
On peut tirer à boulets rouges sur les propos du médecin de ce reportage qui n’apportent rien de constructif, et ne font que diviser les générations. Mais pour prendre un peu sa défense, gardons à l’esprit qu’il faut toujours se méfier des propos tirés de leur contexte (coupures, réponses sans entendre les questions etc…). Les journalistes sont des pros de l’interview et savent parfaitement faire dire ce qu’ils souhaitent faire entendre. Ce médecin était peut-être interviewé pour la première fois de sa longue vie de médecin dévoué corps et âme à ses patients, et faire face aux caméras, ce n’est pas toujours évident. Concernant le sujet de la désertification médicale, je me répète, mais une fois que tu as vu un reportage, ou lu un article de presse, tu les as tous vus et lus, on commence à connaître la chanson. Les journalistes ne se renouvellent pas beaucoup. Donc ce qui me vient aussitôt à l’esprit, c’est cet immense pouvoir d’influence qu’ont les médias sur la population. Bon OK, ça non plus ce n’est pas un scoop et j’aurais même parlé de pouvoir de manipulation mais restons naïfs et modérés, ça le fait mieux. Bref, avec ce type de reportage, les journalistes (plus que le médecin finalement) auront réussi en quelques secondes à diviser jeunes et vieux médecins généralistes, monter la population contre les jeunes qui ne sont que des fainéants, faire fuir les très rares courageux (encore une espèce en voie de disparition apparemment...), et angoisser les gens de ces soi-disant déserts quant à leur accès futur aux soins (de 1er recours, parce que pour le reste, tout va bien Madame la Marquise !). Voilà une réalité servie et resservie à en faire une indigestion, même à en vomir.

Les journalistes, bon on va plutôt écrire « ces » journalistes pour ne pas tous les mettre dans le même panier, ne prenons pas leurs défauts, nous présentent approximativement ce qu’étaient les médecins d’hier, ce qu’ils seraient aujourd’hui, et vont même jusqu’à s’avancer sur ce qu’ils seront demain.

Médecins de demain ?
 
 
Tiens, tiens, en voilà une bonne idée, parler des médecins de demain. Bingo, c’est déjà fait, affaire pliée, France 4 (encore France Télévision, comme quoi y a pas que sur TF1 qu’on raconte des conneries, public comme privé, même combat), émission en plusieurs épisodes présentant le parcours d’internes en médecine qui deviennent de jeunes médecins et seront les médecins de demain. Nos médecins de demain. Waouh, génial, c’est top ça !

Ce type d'émission présente il me semble un seul avantage, celui de possiblement faire naître quelques vocations. Bon, très bien. Sauf que ben, des vocations, on n’en manque pas si tu vois le nombre d’inscrits en première année à la faculté de médecine, ça c’est bon, ça attire toujours. Après, évidemment, il y a le numerus clausus à régler, mais si on veut, si on règle bien les vannes, pas de souci pour les vocations et les effectifs des médecins de demain. Il suffit de vouloir et d’anticiper un peu quoi…

D’après cette émission, donc d’après une poignée de journalistes voulant éclairer la population, le médecin de demain, c’est un futur chirurgien, une future gynéco, une future réanimatrice, tralalitralalerre. Ils sont cool, motivés, souriants, tout va bien. Ils sont top classes ces médecins de demain. On les voit évoluer durant leurs stages hospitaliers, au milieu des malades super malades et de leurs séniors toujours très présents, plutôt sympathoches, hyper pédagogues, tralalitralalerre. C’est là qu’on peut se poser des petites questions : nos amis journalistes nous présentent leur réalité, mais est-ce la seule ? N’y a-t-il pas un petit risque de désillusion en présentant les choses idéalisées ainsi ?

Je ne veux surtout pas nier la réalité de cet aspect des études médicales, cette façon de voir et de montrer la formation ainsi que l’exercice de jeunes médecins. Mais ces études, c’est aussi des seniors pas toujours très présents, pas toujours très sympas, ni très pédagogues. C’est aussi le mépris, l’arrogance, l’humiliation de certains mais toujours trop nombreux chefs de service ou simples médecins sur leurs internes, certains internes sur les externes etc… des comportements qui se répètent génération après génération, des comportements transgénérationnels (je crois que c’est comme ça qu’on dit pour faire bien). Je sais que c’est pas trop marrant de parler de ça, ça réveille chez certains de mauvais souvenirs, de méga grands docteurs qui sont les meilleurs et à qui t’as plutôt intérêt à lécher les bottes se sentent un peu visés, quelques peu froissés. Mais si le boulot des journalistes, c’est de relayer la réalité des choses, ben voilà quoi.

Alors si tu as regardé cette fameuse émission, tu vas me dire que moi non plus je ne relaie pas correctement. Ouais, sauf que moi je ne suis pas journaliste, alors je fais ce que je veux na ! Ben ouais, OK, j’ai omis de parler de cet interne de médecine générale parfois rigolo, plutôt beau gosse, et qui devient……roulement de tambour…..jeune médecin urgentiste. Bingo. Y en avait un autre au début d’interne de médecine générale, mais lui il a disparu, parce qu’il est peut-être vraiment allé faire de la médecine générale, voire se perdre dans un désert va savoir ? Donc lui, out ! Aucun intérêt d’en parler j’imagine, pas très « reportagénique » sans doute (ne cherche pas, ce mot n’existe pas, on dit télégénique normalement, pourtant j’suis sûr que t’as compris ce que ça veut dire).

Donc voilà une émission que beaucoup trouveront pas mal faite, qui nous parle des médecins de demain, en ne parlant que de médecine à l’hôpital et pas du tout de médecine générale. On parle de technicité, de gestes vitaux, avec les commentaires typiques en voix-off et la petite musique angoissante, attention, suspense : « Machin se prépare pour une intervention délicate… », « Le jeune Dr Trucmuche a tout de suite remarqué l’état de son patient qui peut se dégrader à tout instant, il lui administre aussitôt le médoc adéquat, miracle, son patient est sauvé… » et tralali et tralalerre, c’est super.

Le souci, c’est que franchement, justement, il n’y a aucun souci à se faire pour toutes ces disciplines techniques. Nos facultés de médecine forment et continueront à former de très bons techniciens de la médecine et cela est nécessaire. Sauf, que parler des médecins de demain comme d’aujourd’hui, ce n’est pas seulement ça. Parler de médecins de demain en ne parlant que de l’hôpital, jamais de médecine générale, c’est un peu gênant. Et quand on parle des médecins généralistes de demain, n’aborder que ces fainéants qui ne vont pas dans le désert parce qu’ils ne pensent qu’au fric de leurs « clients », ça tortille un peu les boyaux.

Il me semble que parler des médecins de demain, ce n’est pas que mais c’est aussi parler de la médecine :

-sans geste technique hyper méga pointu

-sans prescription médicale

-sans service hospitalier

-sans cow-boy filant à toute allure sur un arrêt cardiaque ou un accident de la route

-bref c’est aussi parler d’une médecine sans grand spectacle, en apparence.

Tu vas me dire qu’il ne reste plus rien à dire alors, que ce n’est pas de la médecine, ou alors de la médecine d’avant avant avant-hier. C’est de la Préhistoire, de la médecine sans médecin !!!

Pourtant, la médecine de demain, c’est peut-être justement aussi la médecine qui prend du recul par rapport à cette surabondance de technicité, d’examens en tout genre, de molécules par milliers, pour ne pas tout mettre à la poubelle, bien évidemment que non, et surtout pas, mais pour les utiliser à bon escient, et aussi ne pas avoir peur de ne pas les utiliser. Car à mal ou trop utiliser cet arsenal, parfois pour se rassurer, le médecin peut devenir nocif pour le patient. En médecine comme dans tout autre domaine, ne nions pas le progrès, mais utilisons-le à bon escient. Un peu de pub gratuite, l’Éditorial de la Revue Prescrire de septembre 2013 s’intitule : « Trop de médecine nuit »… Morceau choisi : « Mais aujourd’hui, au moins dans les pays les plus riches, davantage de soins n’est pas toujours synonyme de meilleure santé. » Mais attention aux phrases tirées de leur contexte hein ! Mieux vaut tout lire pour te faire ton opinion.

Concluons par un peu d’optimisme, car cette médecine de demain que ces journalistes ne relaient pas, c’est déjà de plus en plus celle d’aujourd’hui. Il suffit d’aller lire les blogs de jeunes et moins jeunes médecins, généralistes comme spécialistes, mais aussi ceux d’étudiants (Litthérapeute), et d’internes (Le bruit des sabots). Cette réalité-là, cette remise en question, cette force de proposition, elle existe bel et bien. Qui peut parler de médecine mieux que les médecins et futurs médecins ? Pour le moment, pas ces journalistes. Il faudrait d’abord qu’ils apprennent à relayer de bonnes infos, à traiter les sujets correctement, dans leur intégralité, sans caricature, sans angélisme, et surtout sans manipulation.

*Comme promis, les fameux liens vers :

-une des stars des médecins blogueurs : Fluorette : Les premiers d'une nouvelle espèce

-une jolie façon poétique de traiter le sujet chez DZB17 : La ficelle

-et enfin une bloggeuse souvent touchante, toujours percutante : Armance : De bien belles images

-tiens, pour le même prix en voilà un quatrième gratis pour te montrer qu’un médecin généraliste, ce n’est pas cet imbécile qui ne s’occupe que des « nezquicoulent », lis ce billet de Farfadoc , tu m’en diras des nouvelles.

Sur tous ces blogs, tu trouveras d’autres liens, et encore d’autres liens, toute une toile de liens pour découvrir une autre réalité que celle qu’on nous ressert et ressert tralali tralalerre.
La preuve, encore un billet sur le sujet que j'avais oublié mais que je m'empresse d'ajouter chez Dr Kalee.
 


jeudi 25 juillet 2013

Je me dope, tu te dopes, il ou elle se dope ...



Honte ! Tricheurs ! Voyous ! Ouh les pas beaux ! Ouais OK d’ac. Armstrong, Ullrich, Virenque, Jalabert, oui oui, notre Jaja national. Et même Jacky Durand, une ancienne lanterne du Tour de France. Ouais, même le dernier il se dopait, du premier au dernier. Les demi-Dieux tombent de leur piédestal pour se retrouver la tête dans le caniveau quand ce n’est pas directement dans une tombe comme Pantani, Gaumont, Fignon. Faites du sport, c’est bon pour la santé… Ah ben voilà une raison de parler du dopage sur ce blog, dopage = sport = santé = médecine. Je vais la faire un peu plus courte, j’ai pas beaucoup de temps en ce moment, c’est pour ça que j’ai rien écrit sur ce blog depuis plusieurs semaines. Donc je vais faire sauter l’étape "sport et santé", ça me donne ainsi dopage = médecine.

Donc quelques réflexions sur dopage et médecine. La vision du Bisounours, ce sont des méchants sportifs qui se dopent, bien sûr que des cyclistes, jamais des footballeurs, ben non hein, eux ils sont assez intelligents pour savoir que c’est pas bien de se doper… Bon je sais, intelligent est un peu excessif mais je rappelle qu’il s’agit de la vision Bisounours. Donc d’un côté, des cyclistes tricheurs et menteurs, et de l’autre des gentils docteurs qui luttent contre le dopage. Voilà, l’affaire est pliée. Adjugé vendu ? Ah ah pas si vite. Enlevons le costume de Bisounours pour vêtir celui de fouille-merde. Il y a sûrement des gentils médecins qui luttent dans cette histoire, oui, mais ne luttent-ils pas contre d’autres médecins ? Je n’en sais rien mais je vois bien le truc du style le petit médecin vacataire payé à coup de lance-pierre qui s’est levé tôt le matin pour aller faire pisser un sportif dans un bocal dont les résultats du contenu seront connus 6 mois plus tard. Avec beaucoup de malchance, l’échantillon sera positif, les médias s’empareront de l’affaire et le sportif sera sanctionné. Mais on ne parlera jamais ou si peu de l’éventualité d’un médecin dopeur derrière tout cela, le beau médecin aux cheveux gominés, Rolex au poignet (ouais, une montre Festina c’est moins bien et en plus ça pourrait éveiller les soupçons…), bref, le doc cool, pote avec plusieurs sportifs à qui il promet la main sur le cœur qu’il va les transformer en stars avec un peu de vitamine C améliorée dont il est le seul à connaître la formule. Une formule permettant au passage de se faire des couilles en or. Ouais c’est franchement plus rentable d’être médecin dopeur que médecin lutteur. Imagine, c’est génial, c’est de la recherche qui rapporte au moins elle, et c’est technique, tu fais des petites piquouses, rien à voir avec l’autre espèce de con de médecin à moitié fonctionnaire de mes deux qui se lève tôt juste pour faire pisser un type dans un bocal, c’te honte ! Alors, de quel côté t’irais toi ? J’oserais presque faire un petit parallèle un peu excessif j’en conviens avec la médecine préventive d’une façon plus générale. Oh la prévention c’est bien, c’est beau, il faut faire de la prévention, mieux vaut prévenir que guérir ma petite dame, et maintenant qu’est-ce que je vous sers ma petite dame après votre mammo ? Franchement si tu veux faire du fric, ne t’engage pas dans un service de médecine préventive. Tu vas pas me dire que tu t’es tapé 9 ans d’études pour finir petit fonctionnaire sous-payé quand même ? Non, va plutôt faire… Non, non, non, je m’arrête là, en fait je n’ose pas. Ce parallèle, c’était pas forcément une bonne idée. Sorry…

J’avais dit que j’allais faire sauter l’étape "sport et santé" mais ça me turlupine un peu alors je vais m’y coller un instant. Donc le sport, c’est bon à la santé, yes, mais faut pas en abuser et encore moins se doper. Moi perso le sport j’adore, mais je comprends ceux qui détestent. Je vais encore faire le fouille-merde mais franchement, si t’as pas la chance d’avoir des parents qui te font aimer le sport, c’est à l’école que tu le découvres. En général, en primaire ça va, c’est cool, on s’amuse et on rigole bien. Mais quand tu arrives au collège et que ça devient une vraie matière comme les maths ou le français, ça peut vite devenir moins marrant. La nana gâtée par la nature qui fait de la gym en club et que le prof montre en exemple avant de lui mettre un 18/20, no problem. Yes, une bonne note, le culte de la performance. Sauf que quand le lundi matin entre 8 h et 9 h, tu es une petite boulotte à te crever le cul à courir 20 minutes autour du stade sous la pluie pour te taper un 5/20, que t’es un peu stressée par tes premières règles, que t’auras pas la possibilité ni l’envie de te doucher avant de te rendre en sueur à ton cours d’histoire, et que la prof va justement te dire que tu sens le fauve, ben franchement, je comprends que tu ne feras jamais de sport de ta vie, alors que tu en aurais peut-être plus besoin que ta copine qui vient de se taper un 18.

Et si le goût et l’intérêt pour le sport passait par là ? Et si une partie de la lutte contre le dopage commençait aussi par là ? Pas de note, juste le bien-être, pas de récompense pour la performance. Je parle ici du sport scolaire, qui peut t’amener au sport en club, et là-encore, le dopage chez les amateurs, fait chier merde ! Ceux-là on ne les connaît pas, ils ne passent pas à la télé, pourtant y a de la casse là aussi. Même et surtout chez les jeunes, ça se charge pas mal. Donc ouais, sport et santé, c’est un vrai sujet, sport pour conserver la santé, mais aussi sport pour ne pas la briser.

Venons désormais à sport = dopage. Quel raccourci à la con encore !

Eh toi là qui veux absolument réussir le concours médecine (oui, je ne t’ai pas choisi par hasard, en maths sup, chez les vétos, etc, c’est sûrement pareil), ça ne t’arrive jamais de te doper un peu ? Allez, avoue. Même que ta mère veut tellement que tu deviennes docteur que c’est elle qui te fournit n’est-ce pas ? Et tu vas voir, tu vas recommencer en sixième année avant l’ECN.

Eh toi là Monsieur le PDG, t’as jamais rien pris pour être en méga forme avant une réunion de travail ultra hyper importante ? Et pareil quand tu t’es rendu compte qu’avec l’âge et le stress, c’était pas la grande forme pour baiser ta secrétaire, allez, avoue, t’as bien essayé un ou deux petits trucs non ?

Eh toi là M’sieur l’élu, oui oui toi là qu’as participé au rapport sénatorial pour lutter contre le dopage dans le sport. Dis voir, pour enchaîner tes réunions, tes meetings, porter ta casquette de maire, de sénateur, de président de la communauté de communes d’Ici Paris, sans oublier ta fonction de PDG qu’a aussi besoin comme ton voisin du dessus d’un petit truc pour honorer sa secrétaire, allez, avoue, la dope, ça te dit un peu quelque chose non ? Et entre nous M'sieur l'élu, je te jure, je le répéterai pas, mais honnêtement, quand l'équipe de foot de ta ville cartonne, ça cartonne pour toi aussi non ? Le fric, les voix, ça rapporte hein cette histoire quand même. Alors les mecs de l'équipe, ils ont plutôt intérêt d'être au top. Allez l'OM ! Allez l'OM ! Et t'as du coup pas trop envie d'aller leur chercher des poux dans le vestiaire, ça la foutrait mal hein ? Chenapan va M'sieur l'élu !

Eh toi là, Monsieur le chanteur, l’acteur, le danseur, ouais toi là l’artiste, alors dis voir un peu, allez, avoue.

Bon, je ne suis pas PDG, ni élu, ni artiste, juste un petit joggeur du dimanche, mais c’est pas le tout, moi, après toutes ces histoires, j’aurais bien besoin d’un petit remontant. Et ce rhume qui n’en finit pas, je lui ai pourtant demandé un traitement de cheval au toubib, tu parles, même la cortisone ne m’a rien fait, il va vraiment falloir taper plus fort, sinon je ne pourrai pas aller courir dimanche… et si je cours pas, comment je vais garder la forme. Tu vois, il me faut vraiment un truc.

Je me dope, tu te dopes, il ou elle se dope… ouais, on peut vraiment le conjuguer à toutes les personnes je crois.

lundi 27 mai 2013

Le jour où j'ai reçu cette lettre, la lettre n° 23...



Ce billet n'était pas prévu, mais ce sont les imprévus qui épicent la vie.


22 mai 2013 :

-7 h00 du mat:

 
Je suis de garde depuis 8 h 30 la veille, il me reste encore 1 h 30 à tirer puis suivra le staff. La nuit fut plutôt calme. Le temps est clair. Ici en Martinique, c'est un jour férié, nous fêtons l'abolition de l'esclavage décrétée le 22 mai 1848. Je décide d'en faire un tweet car je sais très bien que cette date est peu connue en métropole. Déception, aucune réponse, aucun retweet. Je me dis "alors les métros, décrispez-vous, on n'y est pour rien dans cette histoire, ça date maintenant, mais n'oublions pas pour autant, c'est aussi important voire plus que le lundi de la Pentecôte non ?". Puis je reviens à la raison. Ma liste d'abonnés est ridicule (en quantité bien sûr, parce que question qualité, elle est formidable !). Et il y a le décalage horaire, et les gens sont plongés dans leurs préoccupations, etc, etc... Je retente le coup plus tard. Pareil. Tant pis. Ma garde se termine, je rentre.

-19 h00 :

 
J'ouvre ma boîte mail. Une consœur et amie bienveillante m'a envoyé un message accompagné d'une pièce jointe. Je le retranscris ici :

"Objet : rien que pour toi !
Je ne pouvais décemment pas te laisser louper ce billet d'humeur savoureux publié par le président de l'ordre des médecins de l'Hérault... La grande classe !
On lui dit qu'il est minable ?"


La pièce jointe est la page 5 de la lettre n°23 du Conseil de l'Ordre des Médecins de l'Hérault. En détachement en Martinique pour 6 mois, je suis encore inscrit à l'Ordre de l'Hérault. Je devrais donc bientôt recevoir la lettre papier.

Je lis et j'hallucine ! Je relis, et je rehallucine !! Je rerelis, et je rerehallucine !!! C'est pas possible, il ne s'agit pas d'un billet d'humeur, mais d'un billet d'humour, une faute de frappe est vite arrivée. Bon, même pour un billet d'humour, rien de très marrant quand même.
Je réponds à ma consœur (que j'embrasse au passage) que mon mur des cons à moi est déjà plein, mais qu'elle me donne là l'occasion d'en débuter un deuxième. Je commence à me demander si finalement on ne pourrait pas recouvrir la muraille de Chine.
Puis je cogite (je ne suis pas toujours très réactif, problème neuronal sûrement).




23 mai 2013 :

-8 h00 du mat :

En route pour l'hosto, les enfants déposés à l'école, je reparle de la page 5 de la lettre n°23 avec mon épouse. Et tous les deux, on rerererehallucine. L'effet de groupe certainement. Me vient une idée. Je lui soumets. Elle me dit :"Non, laisse tomber, ça va le rendre triste". Elle a peut-être raison, ne remuons pas le couteau dans la plaie. Mais quand même, se taire ça fait chier, c'est presque être complice.

-fin de matinée :

Je relève le courrier dans ma boîte à lettres, la vraie pas la virtuelle. J'ai reçu la fameuse lettre n°23 consultable via ce site (les lettres ayant été retirées du site du CDOM 34). J'enlève le plastique et je vais directement à la page 5. Y a pas à chier, c'est vraiment écrit ça. Je lis l'édito rédigé par le même auteur que le billet de la page 5. C'est complètement dingue. Sans le nommer,  cet édito évoque le cas JC ( Jérôme Cahuzac, pas Jésus Christ hein !). Je le trouve bien cet édito, et je suis en accord avec. Il reprend un article du code de déontologie "le médecin doit s'abstenir, même en dehors de l'exercice de sa profession, de tout acte de nature à déconsidérer celle-ci".  L'auteur de l'édito insiste sur le mot "même" et écrit "Ce petit mot de quatre lettres impose au médecin d'être irréprochable toujours et partout, quoi qu'il fasse, quoi qu'il dise!". La vache, ça fout la pression ça nom d'une pipe ! Les boules ! Et je me dis "mais au fait, il parle vraiment de JC ? ou de lui le bonhomme ?" C'est vrai, c'est la classe ça, c'est intentionnel de ne pas nommer JC dans l'édito, il pourra ainsi resservir dans la prochaine lettre, la lettre n°24 qui reviendra peut-être sur les propos du Dr Patrick Wolff, président du Conseil Départemental de l'Ordre des Médecins de l'Hérault. Bref, en attendant, que faire ? Que dire ? A qui ? Comment ?
C'est décidé, tant pis pour ma femme, je vais au bout de mon idée, j'adresse la page 5 de la lettre n°23 à Borée. Je ne sais pas ce qu'il en fera, mais s'il souhaite en faire quelque chose, je sais qu'il le fera bien et que ça aura une certaine portée. Voilà, un click et c'est parti.

-dans la soirée :

Je cogite. Ai-je bien fait ? Pourquoi ai-je fait ça ? Vais-je blesser Borée, ce médecin avec lequel je communique virtuellement depuis peu, mais que j'apprécie beaucoup ?
Moi, je suis hétéro jusqu'au cou. Allez, on est entre nous, et puis vu le vocable utilisé par mon Président Ordinal, peut-être que pour se comprendre il faut utiliser le même. Maman, Papa, Belle-Maman, Beau-Papa, désolé, c'est pas moi qu'ai commencé, c'est lui, alors j'y vais, je me lâche. Je suis hétéro jusqu'aux couilles ! Lors de mes premiers émois d'ado, ce sont les nichons des meufs qui ont fait pétiller mes roustons ! J'y peux rien, c'est comme ça, c'est la vie et ça n'a jamais changé. Mais collégien, j'ai eu un prof homo que j'appréciais beaucoup. Carabin, j'ai croisé la route de camarades carabins homos. Jeune médecin, j'ai remplacé longuement un médecin homo, j'ai eu des patients homos, j'ai reçu les enfants de couples de femmes homos. Et alors, quel est le problème ? Le problème c'est qu'en lisant la page 5 de la lettre n°23, certains visages d'hommes et de femmes sont revenus dans mon esprit. Oui je suis hétéro jusqu'aux couilles, chacun a le droit de penser ce qu'il veut, mais les mots utilisés par le Dr Wolff m'ont fait mal et m'ont semblé indignes d'un médecin qui plus est, Président d'un Conseil de l'Ordre d'un Département. Une instance veillant à la déontologie de la profession, à pacifier les désaccords entre médecins, entre médecins et patients. Oui, je pense que le Dr Wolff, du fait de sa profession et de son statut, a le droit de penser ce qu'il écrit, mais pas d'écrire ce qu'il pense. Il peut à la rigueur tenir ce genre de propos lors d'un repas de famille bien arrosé, lors d'un pot entre potes, mais pas dans une lettre ordinale. Il s'agit là d'une faute. Comment prétendre représenter le corps médical en tenant ce discours ? Je me souviens d'un Président de la République qui un jour a dit "Casse-toi pauv'con !". L'homme Sarko avait bien sûr le droit de penser ça, mais le Président n'avait pas à le dire. Lorsqu'on accède aux responsabilités, il faut prendre de la hauteur, être digne de son statut et de tout ce et tous ceux qu'on représente. Il y a des lieux de débats utiles et nécessaires, mais là on se vautre dans une sorte de combat futile et primaire.



24 mai 2013 :


7 h00 du mat :

Je me prépare pour aller prendre ma garde à 8 h30. Je jette un œil sur ma boîte mail. Borée m'a répondu et demande mon accord pour utiliser la page 5 de la lettre n°23. Non mais, comme si moi qui ne suis rien, avais à donner une telle autorisation. Et franchement, c'était justement mon petit espoir secret. J'ai un pressentiment, je sais qu'il va faire quelque chose de bien, je sais que c'est quelqu'un de bien.
Je prends ma garde. Je m'occupe des petits patients qui arrivent aux urgences pédiatriques. Entre petits bobos et grosses pathos, la journée se passe.

19 h00 :

Depuis mon poste informatique à l'hosto, je n'ai pas accès à ma messagerie. Mais lorsque l'activité me le permet, je peux aller sur Twitter. Je vois des messages de Borée passer. J'échange quelques tweets. Il annonce qu'il publiera un billet sur son blog le lendemain matin. Je le découvrirai plus tard, mais ce billet est "en avant-première" sur ma messagerie perso à laquelle je ne peux pas accéder. La nuit passe.



25 mai 2013 :


7 h 00 du mat :

Je suis un peu décalqué par ma garde, c'est bientôt fini. Et au fait, le billet de Borée. Je file sur l'ordi, c'est déjà le début d'après-midi en métropole, je découvre que Borée a fait le buzz, le buzz du buzzness man. Yes, Yes, et Yes !!! Je vois que les commentaires sur son blog et sur Twitter affluent. Les habituels, Dupagne, Lehmann, Jaddo, et tous les autres de la blogosphère. Des anonymes. Des pseudonymes. Puis des vice-présidents du Conseil National de l'Ordre des Médecins en personnes y vont de leurs petits messages de soutien à Borée. Ouf, quel soulagement ! Là-haut chez les gradés, on honore la profession.



Plus tard dans la journée :


Je n'ai rien fait mais je suis heureux. A 8000 kms, j'observe tout cela à travers mon petit écran d'ordinateur, à l'ombre d'un cocotier, en sirotant un Daïquiri sauce Hemingway (ça c'est pas vrai, c'est juste pour vous mettre l'eau à la bouche).

Voilà. Le Docteur Wolff me caricaturera sans doute comme il sait le faire comme "La taupe qui a transmis la lettre à une tapette". Bon, je n'ai pas mis longtemps à sortir de ma galerie même si je préfère l'ombre à la lumière. Sauf que, sauf que non. C'est pas comme ça que ça marche, c'est pas comme ça que je pense. Je ne suis pas une taupe, cette lettre est consultable par tous, il n'y a rien de confidentiel. Et je ne suis pas aveugle, mais je ne savais pas vraiment comment m'y prendre pour ouvrir les yeux. Alors j'ai passé la main. C'est ça la médecine non ? Savoir passer la main à plus compétent. Le seul reproche que l'on peut me faire, c'est de ne jamais être allé voter aux élections ordinales. Mais tout cela me semble tellement flou, et n'être que de petits arrangements entre amis. Ce n'est qu'un sentiment surtout pas une affirmation. J'espère avoir tort. Pour ceux que ça intéresse, je vous conseille d'aller lire les pages 4, 5 et 6 de la lettre n°19 de mai 2011. Vous pourrez y découvrir des propos tout aussi HALLUCINANTS (à dire façon Fabrice Luchini SVP). Mais cette fois-là, il me semble que le Président Wolff a su être digne de sa fonction. Que s'est-il passé en deux ans ? J'imagine que le site internet du CDOM de l'Hérault n'a jamais reçu autant de visites que ces jours derniers. Les curieux auront remarqué le portrait de Rabelais sur la première page du site. Le CDOM de l'Hérault se situe dans la belle ville de Montpellier qui abrite également la plus ancienne faculté de médecine en activité au monde. Parmi d'autres portraits, on trouve sur les murs de cette faculté celui de Rabelais, médecin, humaniste... Je ne crois pas vraiment aux forces de l'esprit, mais sait-on jamais, si l'esprit de Rabelais venait à rôder par-delà nos tergiversations, je l'imagine bien s'agacer de ne point pouvoir prendre sa plume pour nous mettre d'accord avec simplement quelques mots bien trouvés. J'espère en revanche que le Dr Wolff n'hésitera pas un seul instant à prendre la sienne pour de belles excuses publiques, il n'est jamais trop tard.

En cette fin d'après-midi, je pense à cette date du 22 mai 1848, à la liberté des esclaves. A l'époque, on entendait probablement certains colons blancs dire "Regardez ces nègres, hier ils étaient enchaînés, aujourd'hui ils sont déchaînés. Ils ont peut-être gagné leur liberté, mais nous ne serons jamais à égalité".


Je repense ensuite à ce 22 mai 2013, lorsque j'ai reçu la page 5 de la lettre n°23...


Enfin, j'imagine qu'on entendra toujours ce genre de discours de comptoir : "Moi raciste, mais non, j'adore les étrangers, d'ailleurs le petit cousin de la femme de ma tante est Suisse. Par contre, j'avoue que les noirs, eux c'est pas pareil, je les aime pas trop. Moi homophobe, mais non, aucunement, c'est juste les pédés que j'aime pas trop..."


Le soleil se couche sur la mer Caraïbe. Je fixe l'horizon là où mer et ciel se rejoignent tout en restant éternellement séparés. Un couple impossible. Les alizées me caressent la peau. La moiteur de la journée se dissipe. Je suis ému aux larmes. Ma vue se trouble, finalement ciel et mer s'accouplent, mon esprit  s'éclaircit.

Vive la liberté, vive l'égalité, vive la (con)fraternité.





PS : dura lex, sed lex ? Pour certains plus que pour d'autres, mais même, c'est la loi...

2ème PS : juste pour info, toutes les femmes n'allaitent pas...




vendredi 10 mai 2013

Désert... Vous avez dit désert ?

Avant-propos


L'écrit qui va suivre est susceptible d'irriter voire d'ulcérer certaines personnes alors que son objectif est tout autre. Comme tout médecin, je sais que mieux vaut prévenir que guérir (même si c'est pas toujours vrai). Bref, dans ce cas précis, je préviens. Je ne veux surtout pas négliger les difficultés que rencontrent mes confrères qui exercent dans des zones déficitaires en offre de soins (en campagne comme dans certaines villes), je leur tire même mon chapeau et admire leur courage.  Je souhaite simplement apporter un autre regard sur le sujet des déserts médicaux.



 *****

Quelques titres et phrases glanés dans la presse ici et là: 



"Déserts médicaux : se fédérer pour panser le manque de soins" 
"C’est l’une des premières interrogations lorsqu’on emménage. Nos administrés se demandent, avant de savoir s’il y a une école ou une boulangerie, s’ils trouveront un médecin, une pharmacie proches de leur domicile"
"Signal d'alerte : la campagne en mal de médecins"
"Des secteurs entiers du Midi redoutent d’être privés de soins de proximité."

"L’alerte.
Les jeunes généralistes rechignent à prendre la relève, si rien ne change, des populations seront privées de soins de proximité"

"Lutte acharnée contre les déserts médicaux."
"Déserts médicaux : le Sénat veut encadrer la liberté d'installation"

 « Nous avons trop longtemps laissé les professions de santé gérer seules leur démographie. Il est temps d'agir et de faire des choix. » Nicolas Sarkozy, le 18 septembre 2008.


*****



Dans un village gaulois reculé, deux vieilles papotent :



- Ma pauvre Germaine, tu sais pas la dernière ? Le Docteur Maboul, v'là qui va prendre sa retraite. Et d'après ce qu'on dit, y a personne pour le remplacer. Ah les jeunes ! On va être nous aussi dans un désert médical comme y disent dans les journaux. Le Jean-Pierre Pernaud, il en a encore parlé à midi au poste de télévision.
-Oh ben Simone, j'va t'dirrre une bonne chose, ça m'fait une belle jambe. Moé, j'l'avo jamais ben aimé c'toubib, avec sa tête de pie. Et pis sa feumme, so pas pour ren qu'elle est parrtie. J'sais ben qu'elle s'est jamais faite à la vie à la campagne, un p'tiot village de 300 âmes, so pas pourrr une grrrande dame d'la ville. Mais j'crroés surrtout qu'c'est pas un drrôle le m'sieur. Moi, j'irro comme toujourrs voérr mon p'tiot docteurr du bourrg d'à côté, 10 minutes quand so ma fille qui m'y mène en auto, 20 quand so mon Gérrrard en tracteurrr, so ren du tout.
(Les fautes, c'est pas vraiment des fautes, c'est juste un peu du patois morvandiau vingt diou !!!)




*****

 Désert... Vous avez dit désert ?

Comme souvent, les titres de presse angoissent. Les phrases choquent, cognent. Elles interpellent,  attisent la curiosité du passant. C'est ainsi, il faut vendre. Mais cela reflète-t-il la réalité ? Tu sais, c'est un peu comme lorsque la neige s'abat sur Paris. Si tu regardes, lis, ou écoutes les journaux, tu as l'impression que la France entière est paralysée sous la neige. Lorsqu'il pleut dans le Sud et que certaines zones sont inondées, tu as l'impression qu'à partir de Lyon, la moitié sud de la France c'est Venise. Pour les déserts médicaux, j'ai un peu l'impression que c'est pareil non ? A en croire les journalistes, la France serait un énorme gruyère truffé de déserts médicaux. Et on sous-entend souvent que ces déserts ne concernent que la médecine générale...
Que nous montre cette petite conversation de trottoir entre Simone et Germaine ? Simone est inquiète car son médecin traitant installé depuis des décennies dans son village de 300 habitants part à la retraite sans être remplacé. Comme elle l'a vu dans les journaux, elle pense qu'elle aussi va bientôt vivre dans un désert médical. Au contraire Germaine elle s'en contrefiche car elle a toujours son médecin du bourg à dix minutes en voiture, vingt en tracteur. On peut donc imaginer que finalement Simone ne sera pas dans un désert médical puisqu'elle peut trouver un médecin à dix minutes de chez elle. Mais cela ne l'empêchera pas de penser avec angoisse qu'elle vivra prochainement dans un désert médical. Et ce phénomène doit probablement être pris en compte. Il y a les véritables déserts médicaux que personne ne peut nier. Et il y a le sentiment de vivre dans un désert lorsque le médecin du village part alors que premièrement d'autres médecins sont installés dans le bourg voisin et que deuxièmement, il n'aurait peut-être jamais dû s'installer là. Ben oui, il faut bien admettre qu'à une certaine époque, même si ça paraît inconcevable aujourd'hui, les médecins étaient trop nombreux et certains sont allés s'installer dans des petits villages parce qu'il n'y avait pas de place ailleurs. Alors quand ils partent, ça fait un vide, oui, mais est-ce pour autant un désert ? Encore une fois, je répète que je ne cherche surtout pas à négliger le fait qu'il existe de véritables déserts médicaux, mais jusqu'à preuve du contraire, et surtout, pour contrer ce que laissent croire certains titres de presse, concernant la médecine générale, ils ne sont pas si nombreux que cela à l'heure actuelle. Mais ça fait vendre. J'ai aussi un peu l'impression que pour les élus et les ministres, c'est un sujet "bankable". Ben oui, quand la main sur le cœur tu affirmes d'une belle envolée lyrique que tu vas combattre les déserts médicaux, tu apaises les angoisses provoquées par la presse et tu ne peux qu'en tirer des bénéfices, ça te rapporte des voix ce sujet-là c'est sûr. C'est un peu comme quand tu dis que tu vas lancer la guerre contre le chômage, ou t'atteler à faire repartir la croissance, ben ouais !!! C'est chouette, youpi ! Allons-y !   Mais entre la presse, les on-dit, et les politiciens, où trouver la définition de ce fameux désert médical ?

*****

PUB


Petite pub pour souffler un peu, on se retrouve juste après OK, ne zappe surtout pas :

 -Papa, c'est quoi cette bouteille de lait ? PAPA ! C'est quoi cette bouteille de lait ? Papa, c'est quoi un désert médical ?

-Eh bien c'est tout nouveau, c'est une bouteille de lait longue conservation UHT, elle conserve au lait tout son bon goût et en plus, elle se revisse. Il suffit de demander...."

*****

C'est bon, t'as soufflé ? T'es allé faire ton petit pipi ? On peut y retourner ?

Donc à défaut de donner une définition précise d'un désert médical, on résume très souvent la chose ainsi  : c'est un endroit où il n'y a plus de médecins généralistes. Et ça c'est assez drôle. Oui, oui, je dirais même que c'est assez hilarant. Pourquoi ? Parce que régulièrement dans la presse, les MG on les charge de tous les maux. Ils prescrivent trop de ça, pas assez de ça, ils s'occupent mal de l'obésité, prennent mal en charge les troubles de la mémoire, ne dépistent pas correctement le risque suicidaire chez les ados, mais leur prescrivent trop d'antidépresseurs et n'importe comment. Et j'en passe et j'en passe. Bien sûr les journalistes n'inventent rien et relaient tout simplement le discours d'un grand PUPH, ou d'un membre de l'académie de médecine. Mais c'est pas tout, le trou de la sécu, c'est les généralistes, trop d'arrêts de travail, c'est les généralistes, le problème de la permanence des soins, c'est les généralistes, trop d'antibiotiques, c'est les généralistes. Mais supprimez-les nom d'une pipe et tout ira mieux !!! Ils sont dangereux ces types-là, si tu vas chez eux en bonne santé, t'as limite de la chance d'en sortir indemne... Et franchement ils coûtent cher !!! Pour résumer, ils sont nuls, ils coûtent cher, mais finalement, oui finalement, en y réfléchissant un peu, on aimerait bien qu'ils soient partout et tout le temps, c'est drôle non ? Heureusement, il y a un truc qu'est vraiment sympa, c'est que malgré tout ce qu'on leur met sur le dos, il se trouve que les français leur font confiance et les plébiscitent. Malgré tous ces messages négatifs, les patients ont cette faculté de discernement. Ils se rendent bien compte que ce qui est dit dans les journaux ne correspond pas au docteur qu'ils vont consulter, et ça, ça fait chaud au cœur. Beaucoup de politiciens rêveraient de tels scores de popularité. Ils sont jaloux !!! Je te le dis, ils sont jaloux. Non blague à part, derrière le sujet des déserts médicaux revient souvent l'idée de la coercition, c'est à dire qu'on imposerait aux jeunes généralistes d'aller s'installer dans ces fameuses zones déficitaires. Son ombre plane depuis plusieurs années. Dans certains endroits, l'Etat a démissionné, des services publics de proximité ferment, mais on a le toupet d'envisager et de resservir régulièrement aux médecins généralistes "libéraux..." ( on rediscutera de ce qualificatif ultérieurement)  cette histoire de coercition. Un jour c'est un député qui veut faire parler de lui et faire plaisir à ses électeurs, un autre jour c'est au Sénat qu'on en parle, et même, oui même qu'un jour, c'est carrément le Président du Conseil National de l'Ordre des Médecins qui y est allé de sa petite musique coercitive. Finalement, il a rapidement baissé d'un ton puis changé de partition mais pour combien de temps ? Oui parce que la coercition rampe petit à petit dans les esprits. On fait semblant d'essayer de régler le problème, on essaie de diviser et à la fin on dira "vous voyez, on a tout essayé, ça ne marche pas, vous n'arrivez pas à vous entendre, donc maintenant on n'a plus le choix, il faut passer aux mesures coercitives". Pourquoi je dis qu'on divise ? Parce que c'est vrai. On essaie de diviser médecins et patients "regardez ces nantis à qui la société paie des années d'études et qui en contrepartie refusent d'aller s'installer en zones déficitaires", on divise les jeunes des vieux médecins "Ah dans le temps les médecins bossaient tout le temps et s'installaient partout", on incrimine la féminisation "ben avec toutes ces femmes médecins, évidemment ça va plus". Non mais franchement faut pas déconner, la féminisation de la profession est un formidable atout (je suis un mec et c'est sincèrement ce que je pense). Donc on fait tout pour tenter de diviser le corps médical, certains syndicalistes, et même certains médecins n'hésitent pas. Même le père Pelloux n'y va pas toujours de main morte avec ses confrères généralistes. Ben oui depuis le coup de la canicule qui date maintenant, de temps en temps il faut bien qu'il fasse parler de lui l'oiseau ( L'ouyat en patois morvandiau). Pendant ce temps-là certains élus cherchent des solutions miraculeuses, et parfois ils nous en sortent des bonnes qui sont tellement bonnes que soit tu pisses de rire.... soit tu pleures... Un jour, une élue a lancé l'idée de faire appel aux vétérinaires dans les zones déficitaires. Je sais, tu es en train de te dire que j'ai fumé. Eh bien non, non et non,  je ne fume pas, même à l'insu de mon plein gré. Je t'assure que c'est la vérité vraie. Même que c'est l'adjointe responsable des questions santé au maire de la ville où j'ai fait mes études qui nous l'a sortie celle-là. Je peux te dire que ce jour-là je ne l'ai pas trop ramenée et je n'ai pas été très chauvin. Ben faut pas pousser mémé dans les orties moi je trouve, parce que demander aux vétos  de soigner les gens des campagnes, c'est un peu vache... c'est même les prendre pour des ânes... nom d'un chien !!! Je ne sais pas pourquoi mais je sens que tu ne me crois toujours pas, avoue. Bon OK, tu l'auras voulu, alors j'enfonce le clou, clique ici si tu veux vérifier. Tu vois, je te l'avais bien dit, soit tu pisses de rire soit tu pleures. Bon, je suis pas trop fier de moi parce que j'ai chargé à gauche. Pour pas couler, je vais charger un peu à droite maintenant car on fait guère mieux tu sais. Rappelle-toi la mère Roselyne quand elle était à la Santé pendant cette histoire de grippe  H1N1. Elle nous expliquait qu'il fallait limiter les regroupements de foules pour éviter la dissémination du virus en même temps qu'elle nous demandait d'aller tous nous faire piquer dans ses vaccinodromes. Tu vois elle aussi elle nous a considérés comme du bétail à nous faire tourner en bourrique. Mais Miss BachelotRette, c'est pire, car étant ministre, elle pouvait tranquillement mettre ses idées à la con en application. Alors je dois bien t'avouer que lorsque le père Hollande a été élu, j'ai un peu serré des fesses en attendant de voir qui prendrait le ministère de la santé.  Le Guen, c'était trop évident (je parle de Jean-Marie, pas de Pat du Club Dorothée faut pas trop déconner non plus). Alors j'avais un peu la trouille que comme il s'était tellement présenté comme normal le François, il allait lui péter l'idée de mettre l'extravagante Miss Tenenbaum à la santé. Et là, j'aurais vraiment pas été d'humeur à te dire "A ta santé mon gars !!!" parce qu'on aurait été empaillés dans de sacrées bottes de foin... Ouf, quand j'ai appris que c'était MST, j'ai desserré des fesses, c'était peut-être pas très précautionneux de ma part va savoir ?  Bon, j'ai chargé à gauche, j'ai chargé à droite, tout est OK, mon embarcation est équilibrée, je peux désormais continuer à ramer tranquillement au milieu du désert. Alors moi j'ai envie d'être un peu plus sérieux que ça et dire que quand même le problème des déserts médicaux ne doit pas être raccourci  au manque de généralistes dans certains coins de France. Oui c'est un problème, mais ce n'est qu'une partie du problème et pas la principale donc arrêtons de résumer et caricaturer. C'est vrai que c'est la meilleure façon de faire diversion, et d'oublier que depuis des décennies, gouvernants de droite comme de gauche ferment des hôpitaux et des maternités de proximité, ça au moins c'est un gros problème qu'on ne peut pas mettre sur le dos des généralistes. Oui, on ferme des petites structures sous prétexte que leur faible activité les rendrait dangereuses. Ah bon, parce que les grosses usines (in)hospitalières déshumanisées où tout se fait à la chaîne, à la va-vite, sans causer, ne le sont pas ? C'est un peu comme si on disait à un généraliste : "écoute mon vieux, tu ne vois que 15 à 30 patients par jour, ton activité est trop faible, tu es dangereux pour tes patients, donc soit tu en vois 30 à 60 pour rester au niveau, soit tu fermes". Je sais il y a un juste milieu. Je caricature un peu mais c'est fait exprès, juste pour faire réfléchir et dire que dans nos hôpitaux, nos gouvernants, technocrates, gestionnaires, ont zappé le fait que la médecine n'est pas qu'un acte technique, c'est un acte de soin, une relation entre un soignant et un patient... Il suffit d'aller voir ce qui se passe dans les hôpitaux locaux (je parle ici des hôpitaux locaux que certains appellent hospices de vieux voire mouroir). Ce sont d'ailleurs presque toujours des généralistes qui les font tourner dans les petites bourgades où les personnes souvent âgées peuvent être hospitalisées à proximité de leur famille, ainsi ils sont encore un peu chez eux. Ils y passent quelques semaines, quelques mois, plusieurs années, voire la fin de leur vie. On n'y voit pas d'IRM, ni de PET Scan. On n'y fait pas de la médecine de haute technicité, quoique, c'est bien souvent ici que médecins et soignants sont confrontés au difficile exercice des soins palliatifs. Ce type de structures à taille humaine est indispensable à préserver. Tu vas me dire "mais y a plus de médecins généralistes pour y bosser", mais si mais si, t'inquiète pas. Organisons correctement les choses, délestons-les de toutes ces paperasseries pour leur laisser plus de temps médical, tu verras qu'ils sont encore en nombre plus que correct.   Il y a encore des généralistes, répétons-le haut et fort : IL Y A ENCORE DES GENERALISTES EN FRANCE !!! Certes, dans certains endroits c'est tendu, compliqué,  mais c'est encore plus compliqué de trouver des spécialistes. Ah ben oui, on n'en a pas trop parlé d'eux, pourtant, ils sont très concernés par le problème des déserts médicaux, on leur demande pas à eux d'aller s'installer là-bas. On leur dit pas "ben alors les jeunes spécialistes, faudrait peut-être bien faire comme les vieux et aller s'installer là-haut à 200 bornes de ta fac". Cela fait  des années qu'on s'est timidement offusqués de trouver autant de dermatologues en région PACA que dans toute l'Angleterre. Pourtant ils savent mieux que personne qu'il n'est pas conseillé d'aller se faire dorer la pilule au soleil. (Je sais, si t'es dermato dans le sud, je t'irrite un peu, mais je suis moins irritant que le soleil, et je peux t'assurer que tu es beaucoup moins irrité et bousculé que si tu étais médecin généraliste, continue tranquillement de t'occuper des grains de beauté de mémé fausse blondasse de la côte, et prends lui un bon dépassement au passage, bisous bisous !!! ).   Tu vas dire que moi aussi je divise, mais non mais non, je constate, c'est pas pareil. Ben oui, le sujet des déserts médicaux, c'est d'abord l'offre hospitalière qui s'est délitée, c'est ensuite l'accès à certains spécialistes qui devient compliqué et enfin, en troisième et queue de peloton, c'est certaines zones déficitaires en généralistes. Et ça c'est pas souvent dit dans les médias, ni par les ministres. Regarde le plan de l'actuelle ministre de la santé : pacte territoire santé. C'est très axé sur la médecine générale donc ça ne répond pas à l'ensemble de la problématique des déserts médicaux donc ça ne marchera pas donc à la fin on dira "désolé les gars, vous voyez, on a tout fait, ça n'a pas marché, donc les jeunes généralistes, allez-y, au turbin dans le purin, on ne discute plus". Je m'avance, je m'avance, je critique. Bon il faut que je rééquilibre. Alors, on peut tout de même lui reconnaître cette qualité de dialogue à notre ministre de la santé. Lorsqu'un groupe de médecins blogueurs a lancé des propositions : Privé de désert (les mots comme ça en couleur c'est pour cliquer dessus et voir ce que c'est, ben oui, on n'est pas tous au même niveau sur le net alors je préfère préciser) elle n'a pas hésité à les rencontrer et à dialoguer avec eux. L'initiative était belle et noble, l'écoute de la ministre intéressante et encourageante. Mais la ministre posait le problème des déserts médicaux quasiment par le seul angle des zones déficitaires en généralistes alors que nous venons de voir qu'il ne s'agit que d'une partie du problème et pas la principale, tout du moins pour le moment. Malgré ses qualités d'écoute et de dialogue, il est dommage de voir qu'une ministre ne prenne pas un problème dans sa globalité.  Et en face, les propositions de "Privé de désert" me semblaient plus répondre à la question fondamentale d'une revalorisation voire d'une réforme en profondeur de la médecine générale. Et là, à mon humble avis, on peut discuter des propositions, mais je pense sincèrement que le problème posé par les médecins blogueurs était le bon. Incontestablement, il y a un problème d'attractivité de la médecine générale dans notre pays dont les déserts médicaux ne sont que les premiers symptômes. Soit on fait comme Madame la  ministre : on tente d'administrer un traitement symptomatique, en sachant qu'on ne s'attaque pas à l'ensemble des symptômes (mais c'est peut-être intentionnel pour faire passer autre chose après...). Soit on est beaucoup plus ambitieux en tentant de traiter une partie de la cause comme l'ont proposé les médecins blogueurs. Ces médecins dynamiques et talentueux ne sont peut-être pas adjoint au maire spécialiste des questions de santé dans une grande ville, néanmoins leurs propositions me semblent plus cohérentes et surtout elles ne divisent pas. Bravo et merci les gars et les filles. Evidemment, elles ne sont pas suffisantes puisque rien ne se règlera tant qu'on ne s'attaquera pas à l'ensemble du problème. Mais ça, c'est justement un petit peu le boulot d'un ministre et de sa tripotée de conseillers qui comme leur nom l'indique sont là pour le conseiller. Alors les conseillers, allez-y nom d'une pipe, ne vous censurez pas, conseillez la, vous êtes payés pour ça je crois !

Voilà, si tu es encore là, c'est que tu n'es pas ulcéré. Tu dois pourtant un peu te dire : "il est bien gentil ce petit connard, mais à part critiquer et blablater avec 2 ou 3 jeux de mots has-been, il ne sort pas beaucoup de chiffres à l'appui et ne propose rien". Ben excuse vieux mais souvent les chiffres, ça gonfle. Si tu en veux quelques-uns, alors OK, let's go my friend. La France compte environ 345 médecins (généralistes et spécialistes) pour 100000 habitants. L'Espagne 395. La Grèce plus de 600. Non mais c'est juste pour discuter puisque tu as voulu des chiffres je te les donne. OK les Grecs, ça va pour eux, je sais, ils sont au bord du gouffre, même au fond en fait, mais tout va bien puisqu'ils ont plein de médecins... A contrario, les Hollandais (ceux qu'habitent aux Pays-Bas donc rien à voir avec ceux qui sont en France sous Hollande tu piges ?), donc aux Pays-Bas, on a environ 280 médecins pour 100 000 habitants, en Angleterre 274, et au Québec 213. J'ai pas franchement l'impression que l'espérance de vie soit catastrophiquement moins élevée dans ces trois derniers pays que la nôtre mais à vérifier par précautions. Ben ouais, ça craindrait de dire n'importe quoi quand même. Alors vérifions, vérifions,  les chiffres, il faut s'en méfier, rendons à César ce qui est à César car je ne sors pas de la cuisine de Jupiter comme disait le célèbre philosophe Coluche pour ne pas le nommer. Encore un petit chiffre au passage, l'Organisation Mondiale de la Santé fixe à 250 soignants pour 100 000 habitants le seuil critique médical. Soignants ça veut dire médecins + infirmières + sages-femmes. Tu vois ça fait du monde. En France, on est à 376 soignants. Je sais pas si c'est suffisant mais ça me semble faire un peu de marge, 126 de plus que le seuil critique de l'OMS. Je sais, tu te dis encore qu'il est bien gentil, mais on sait qu'il y a suffisamment de médecins en France, le problème c'est leur répartition sur le territoire. Oui, oui, oui mon ami. Concernant la médecine générale, moins de 5 % de la population gauloise serait dans un désert médical, donc plus de 95 % ne le serait pas, les boules !!!! Elle serait entre 15 et 20 % concernant la médecine spécialisée (oui je sais les généralistes sont devenus des spécialistes, mais il faudra au moins un siècle pour que ça passe dans les mœurs...). Voilà, tu voulais des chiffres, je t'en donne. Va vérifier si tu le souhaites et à toi de te faire une idée maintenant. Si t'es encore angoissé de ne pas pouvoir accéder facilement à un cabinet de médecin généraliste, ben va voter pour celui qui te promet qu'il va faire disparaitre les déserts médicaux, tuer le chômage, relancer la croissance, c'est ça la démocratie mon gars. Mais j'espère que désormais tu auras un regard légèrement différent si on te ressert ce plateau. Tu te souviendras peut-être de quelques idées de "Désert... Vous avez dit désert ?"

 La prochaine fois, je sais déjà plus ou moins de quoi je te parlerai, mais j'ai pas envie de te le dire.
Avec tout mon profond respect.