lundi 21 octobre 2013

Prescrire ? Les coulisses...

Billet présenté le 21 octobre 2013 par bibi en vue d’obtenir le grade de blo(a)gueur en médecine

Composition du jury :
 
Toi

Remerciements :

Si tu crois que je vais remercier quelqu’un tu peux toujours courir !

 
Serment d’Hippocrate :


Je l’ai déjà prêté le serment, ça, c’est déjà fait, et on me l’a jamais rendu d’ailleurs. Comme je n’arrivais pas à me souvenir quelle main lever pour le prêter le serment, alors j’ai levé les deux, comme ça j’étais sûr de pas m’tromper. En médecine quand tu sais pas, mieux vaut ouvrir le parapluie, comme ça t’es couvert… Oh l’tableau du mec les mains en l’air pour prêter l’serment devant ces types en robe comme au tribunal ! Imagine. Au final, ça s’est plutôt bien passé, j’étais relaxé et on est tous allés boire une flûte ensemble à la cafet’ de la fac. Même avec les types du tribunal, mais sans leur robe.


Introduction :
 
Connais-tu ce type ?


Tu ne risques pas de le croiser puisqu'il est né en 1694 et mort en 1778.
Tu ne vois toujours pas ?
 
Alors voici un indice :
Près des barricades, Gavroche chantait :

"Je suis tombé par terre,
C'est la faute à ..."


Maintenant que tu as trouvé, voici une de ses citations:

"Un médecin, c'est quelqu'un qui verse des drogues qu'il connaît peu dans un corps qu'il connaît moins."

N'ayant pas le talent de Voltaire pour te dire clairement les choses en une seule phrase, et pour la confronter au goût du jour afin de vérifier si ce qui fut écrit il y a plus de 2 siècles et demi est toujours vrai, je t'invite avec moi derrière le rideau, dans les coulisses de certaines prescriptions. Viens, approche, n'aie pas peur, pas encore, après on verra...

***
Voilà, vas-y, installe-toi confortablement à ma place derrière le bureau, observe, touche, lis, n'hésite pas, personne nous voit, le rideau est fermé, tous ces petits trucs resteront entre nous.  
Ah ce gros bouquin rouge, la "bible" du médecin... J'étais sûr que ce serait ce qui t'intriguerait en priorité. Souvent j'ai entendu dire "Ben mon vieux, faut en avoir une tête pour savoir tout ce qu'il y a sur les pages de cet énorme bouquin".  Tu parles, ça c'est du bling bling. Laisse tomber. Allez, rends-moi ma place, je vais t'en dévoiler un peu plus sur les coulisses de la prescription.
 
Les textes officiels disent ceci à son sujet :

-Article R4127-8 du code de la santé publique
 
"Dans les limites fixées par la loi et compte tenu des données acquises de la science, le médecin est libre de ses prescriptions qui seront celles qu'il estime les plus appropriées en la circonstance.

Il doit, sans négliger son devoir d'assistance morale, limiter ses prescriptions et ses actes à ce qui est nécessaire à la qualité, à la sécurité et à l'efficacité des soins.

Il doit tenir compte des avantages, des inconvénients et des conséquences des différentes investigations et thérapeutiques possibles."
 
Parfois, tu peux lire ça : «les chiffres les plus couramment avancés font état de 140 000 hospitalisations provoquées par des accidents médicamenteux et 13 000 décès avérés, sans compter les accidents bénins qui ne font pas l´objet d´une déclaration systématique».

13 000 décès par an liés à des accidents médicamenteux ! En 2012, la route a tué 3645 fois. Tu vois, apparemment, il serait moins dangereux de prendre le volant que de prendre des médicaments. Et si tu prends à la fois le volant et certains médicaments, ben je te laisse imaginer.

Les membres de l’académie de médecine se sont penchés sur le sujet des prescriptions de façon globale et en ont pondu un rapport : Améliorer la pertinence des stratégies médicales .
 
Concernant la représentativité de nos Stars Académiciens de la médecine, l’ami Borée en a fait un billet très instructif, voire Académique, mais là n’est pas le sujet. Même si quand même, ça vaut le détour.
 
Bon, après Voltaire, le code de la santé publique, les académiciens, pis tout ça, à mon tour de parler de la prescription médicale, à bibi.
 
 
Matériel et méthode :
 
Le matériel est très sommaire, juste un ordos, et quelques synapses plus ou moins bien connectées.

Concernant la méthode, si tu penses trouver ici des ingrédients de l’Evidence-Based Medicine (médecine fondée sur les preuves), alors passe vite ton chemin l’ami. Oui parce que comme d’hab, je vais traiter ce sujet de la prescription médicale à ma façon, c’est-à-dire avec une dose poids de caricatures, un comprimé de dérision matin midi et soir, et une perfusion continue de 2 litres de sérum ironique dans lequel j’ai ajouté 3 grammes de mauvaise foi par litre maintenus approximativement à une température ambiante avoisinant le deuxième degré. Tout cela à partir de quelques cas cliniques vécus ou pas, entendus ou pas, observés ou pas, bref, un peu d’à peu près, beaucoup de presque, quasiment rien tiré de la littérature, tout de mon inexpérience et de mes défaillances. Mais c’est ça aussi la vraie vie basée sur l’évidence…

Et désolé pour la longueur du propos, prescrire c’est rapide, un problème = une solution, mais tenter de l’expliquer c’est plus long, c’est ça le problème.
 
 
Discussion :
 
Les propos en italique, c’est la discussion en off avec moi-même, ce qui se dit dans ma tête en gros.
 
-Madame, votre thyroïde, on va la vérifier. Je vais de ce pas vous prescrire une petite prise de sang.
 
Petite ? en vrai de vrai, y a pas de petite ni de grande prise de sang, y a une piquouse et voilà mais quand je dis «petit», c’est pour adoucir le truc histoire que ça passe mieux, c’est comme quand on dit à un type «pour ta prostate, je vais te faire un petit toucher rectal» style tu lui fais croire que tu vas juste le chatouiller du bout de la phalange, tu parles… Bon, la thyroïde, allons-y donc, on dose la T3, euh, non, la T4, merde c’est laquelle déjà ? La T4, ouais ça le fait mieux la T4, c’est un chiffre pair en plus, j’aime pas trop les chiffres impairs, c’est rugueux les chiffres impairs, ça transperce les tympans, on dirait presque de l’allemand les chiffres impairs, c’est pas rond, ça se divise mal. Bon c’est con, c’est pas des arguments scientifiques ça, j’vais quand même pas jouer à pile ou face ! Quoique, si je lance discrètement une pièce en l’air sous le bureau, elle va p’t’être pas le voir la Madame. A moins que ça soit la TSH en fait qu’il faut doser en premier ? Je peux plus faire à pile ou face par contre là. Fait chier, déjà l’autre jour ça m’a fait ça avec le dosage de la lipase et l’amylase, je ne savais plus lequel des deux il fallait mettre. Et le coup d’encore d’avant, c’était le fer, la ferritine, et tout le tintouin. Oh pis merde hein, assez de temps perdu à réfléchir, j’m’en rappelle plus et pis ça va rien lui changer à elle, allez, comme d’hab je lui prescris la totale comme ça on n’en parle plus : TSH, T3, T4 et roulez bolides !
 
-Tenez Madame, voilà votre ordonnance pour faire cette petite prise de sang, je vous ai tout mis, on ne sait jamais.

 
Suivant !
 
Un mioche qu’a mal à l’oreille. Fastoche, mal à l’oreille = otite = Orelox, un bon goût de banane, une dose poids matin et soir, simple comme bonjour, la crèche ou la nounou ou l’école ne me fera pas chier pour avoir un papier pour lui donner le médoc, affaire pliée. Ah non, attends, faut quand même que je regarde son tympan au mioche. Oh y va encore hurler, et c’est moi qui vais avoir mal aux oreilles après, allez vas-y manman tiens le bien le gamin, voilà comme ça c’est bien, ça y est, je vais pouvoir introduire mon otoscope, bouton On/Off, ben… c’est bien noir là-dedans, ah oui mince, les piles, sont mortes les piles, ça fait trois jours et pas pensé de les changer. Eh, entre nous, j’ai jamais vraiment appris à examiner un tympan, l’autre Pignouf de prof d’ORL à la fac, je suis même pas sûr qu’il nous ait fait un cours sur l’otite et s’il l’avait fait, ça m’étonnerait qu’il aurait été le mieux placé pour le faire donc mal à l’oreille = otite = Orelox. Simple, rapide, efficace.

 
Suivant !
 
Mal à la gorge. Fastoche, mal à la gorge = angine = Gorgelox. Non j’déconne, Gorgelox ça n’existe pas, et je vais pas lui refourguer le même antibio que celui d’avant avec son otite, après on va croire que je n’en connais qu’un d’antibio, quand même, j’ai fait des études moi. Tellement d’études que je vais peut-être même pas lui mettre un antibio dis-donc. Je vais lui faire un test, un gratouillage dans le fond du gosier avec une espèce de long coton tige que je vais ensuite laisser mijoter dans un petit tube à essai contenant quelques gouttes de réactifs. Une petite bandelette sera alors plongée dans le mélange et abracadabra, attention, roulement de tambour, 1 trait rouge ? 2 traits rouges ? Encore quelques minutes. 1 trait = pas d’antibio, 2 traits = un antibio, parce que les antibiotiques, c’est pas automatique, tout le monde le sait ça maintenant, autant que certains refrains de chansons.

Bon, alors on en est où avec cette bandelette ? Combien de traits ? Oh putain c’est pas vrai ! Zéro trait ! La bandelette de mes deux, j’l’ai mise à l’envers. Bon, pas grave, et on va pas tout recommencer hein. Et y a pas mort d’homme. Allez, on avance un peu, les antibiotiques c’est pas automatique, sauf quand on a un test angine positif (ou alors qu’on a mis la bandelette à l’envers). Ben imagine qu’il ait une angine à streptocoque, que ça se termine en abcès, en septicémie, et pis y a le Rhumatisme Articulaire Aigu (RAA), ça fout les boules ça, j’en ai jamais vu, c’est pour ça que ça m’fout les boules peut-être, un peu comme les fantômes. Et c’est pas tout, la Glomérulonéphrite Aigüe (GNA). Au fait, c’est vraiment une complication de l’angine à strepto la GNA ? Et si je lui colle un antibio, c’est prouvé que ça lui évitera cette complication ? Oh pis merde avec toutes ces questions à la fin. Bon il a quel âge ? Y pèse combien ? 5 ans, 17,5 kgs. Alors amoxicilline, 50 mg/kg en 2 prises OK, OK, OK, donc 17,5 fois 50 = 875 que je divise par 2 = 437,5 mg. Donc on a du sirop à 125 mg, 250 mg et, et pis merde de merde à la fin, allez Augmentin 1 dose poids matin et soir et en voiture Simone. Font chier les recommandations à la fin. Et en plus elles n’apparaissent plus sur le site de l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament, j’y comprends plus rien moi. C’est quoi cette arnaque ? C’est louche tout ça ! Et pis à l’hosto quand j’étais interne, on tirait sur tout ce qui bouge avec de l’Augmentin, ne perdons pas la main.


Suivant ! Oh non. Encore lui.

-Bonjour Docteur, voilà, c’est remoi. Rien, mais alors là rien du tout, ça m’a rien fait du tout votre truc, surtout votre Rhinopschittpschitt, ça a fait pschitt. J’vous l’avais pourtant dit. Je tousse, je mouche, un bon rhume de cerveau par là-dessus. Vous savez bien que moi c’est pas comme les autres et qu’ y m’faut un r’mède de ch’val.

Oui ben j’suis pas véto !

-Après Docteur, vous savez mieux que moi que ça va r’tomber sur les bronches, comme la dernière fois où j’me suis tapé une double bronchite carabinée et qu’j’suis allé voir votre confrère d’à côté comme vous étiez pas là vous, ben oui lui il est toujours ouvert, LUI, même le dimanche. Mais vous inquiétez pas, c’était pas une infidélité, vous voyez, la preuve, j’reviens vers vous. Mais lui j’avoue qu’il m’a tout d’suite donné l’bon remède, ça a pas traîné avec lui mon vieux, j’m’étais à peine assis dans l’cabinet, j’avais à peine toussoté deux coups qu’son stylo griffait l’ordonnancier aussi agilement que Zorro dessine son Z de la pointe de son épée. Bon Docteur, j’vous ai ramené son ordonnance pour qu’vous m’remettiez pareil. Et pis, pendant qu’j’y suis, faudrait m’r’garder l’dos aussi. Nom de dieu que je dérouille, presque bloqué l’dos. Allez, r’gardez.
 
*
-Votre examen est rassurant, je comprends votre inconfort, mais ne vous inquiétez pas, ça va passer ce rhume, sans ce traitement de cheval comme vous dites. Pour le dos, rien de bien méchant non plus. Vous allez prendre 1 gramme de paracétamol toutes les 6 h 00.

-Quoi ? Mais c’est que j’ai point de balance chez moi pour peser ça Docteur ! Et c’est quoi l’paratamol ?

-Non, il n’y a pas à peser, ce sont des comprimés, ou des sachets etc… de 1 gramme, c’est le Doliprane, l’Efferalgan, le Dafalgan etc…

-Quoi ? C’est tout ce que vous avez trouvé à m’donner ! Tout ça pour ça ! 10 ans d’études, 23 euros la consultation pour me r’fourguer du Doliprane que vous appelez autrement juste pour faire votre grand Docteur ! Mais j’en prends déjà et tous les jours de ça, ça me fait plus rien. J’vous demande un r’mède de ch’val, un truc de vrai Docteur nom d’une pipe ! Y’m’faut un truc contre le mal.

Et là, je me mets en colère, mais seulement dans ma tête bien sûr. Je suis le seul à m'entendre, et toi tu es le seul à lire cette colère. Chut ! Putain, allez c’est bon, tiens, tu veux un truc contre le mal, voilà, Contramal, fastoche hein, contre le mal = Contramal. J’sais pas si c’est vraiment ce qu’il te faut mais ça se retient bien, surtout après la visite de la belle déléguée qui sentait si bon, avec ses yeux si doux, et sa jupe si courte… Ah les courbes de la déléguée ! Elles sont bien ses courbes à la déléguée, ce que je préfère c’est quand elle fait ses courbettes la déléguée. Mais non non non, elle ne m’influence pas la déléguée avec ses belles courbes. Non non non… Allez, tiens, le voilà ton Contramal.

-Ah merci Docteur, rien qu’avec ce nom, ça me fait déjà du bien. Mais attention, vous savez que je suis fragile de l’estomac . Faudrait pas que ça m’détraque l’estomac votre truc.

-Non, aucun risque, ce n’est pas un anti-inflammatoire, ne vous faites pas de bile.

-Oh si j’m’en fais vous savez, surtout quand on me donne un truc que j’connais pas Docteur. J’ai déjà quelques aigreurs, s’vous plaît Docteur, un p’tit truc pour mon estomac. L’Mopral c’est bon pour l'moral.

In my head : Non, pas l’Mopral ! J’en ai fait une overdose de prescriptions quand j’étais interne à l’hosto. Je ne connaissais que celui-là faut dire parce que c’est à l’hosto que tu commences et « apprends » à prescrire, alors tu prescris ce que tes chefs prescrivent, et surtout tu prescris ce qu’il y a à la pharmacie de l’hosto, en fonction du gros marché signé avec tel ou tel labo. Donc non, pas l’Mopral ! J’en connais d’autres moi M’sieur, j’ai fait des études moi M’sieur. Pis il est cher, pis t’en as pas besoin, pis, pis merde, tiens si t’as d’l’acide qui t’brûle l’estomac, j’vais t’l’inhiber ta pompe à protons, Inipomp, j’sais pas si t’en as besoin, j’sais pas si c’est le meilleur et l’moins cher, mais ça se retient bien, surtout après la visite de l’autre belle déléguée qui sentait tout aussi bon, avec des yeux un peu moins doux mais une jupe encore plus courte… Et ses courbes à elle aussi, j’t’en parle pas parce qu’on n’a pas l’temps, mais ses courbes, Mama ! Revenons tout de suite à l'art médical, aux oubliettes les courbettes de la déléguée ! Bon, ça lui fait donc son truc de cheval pour son rhume que je ne lui ai pas prescrit mais dont il a conservé précieusement les derniers comprimés dans sa table de nuit après sa consultation chez le confrère d'à côté ouvert même le dimanche LUI, plus un peu de Contramal, plus un peu d’Inipomp, plus ce qu’il prend d’habitude. Ah ouais c’est vrai, qu’est-ce qu’il prend quoi donc d’habitude lui encore ? Du Doliprane de son propre chef, un truc pour ses angoisses, un truc pour pioncer le soir, ah pis ça, pour les soirs où il veut faire autre chose que pioncer c’est vrai. Tiens ça, on n’a pas choisi un nom qui se retient bien, mais tout le monde l’a retenu celui-là, on n’a pas eu besoin de le baptiser Baizemieux le Viagra. Bon et son truc pour le cholestérol qu’il bouffe tous les jours entre deux rasades de lard. D’accord, d’accord. Donc là, en gros on a environ 7 ou 8 molécules, ça veut dire qu’en gros de gros, au jour d’aujourd’hui, de façon praticopratique, on ne maîtrise absolument plus la situation, on ne sait pas ce qu’on fait, pochette surprise ! J’suis une pine d’huître en pharmacologie parce qu’à la fac on fait un peu de pharmacologie quand on est apprenti docteur en 4 ou 5ème année d’études, un peu histoire de pas être trop à la rue normalement. Entre nous, le seul truc que j’ai retenu de ces cours de pharmaco, c’est quand le prof nous a dit qu’au-delà de 3 molécules, on ne sait plus ce qu’il se passe. Alors imagine le tableau avec 7 ou 8 voire plus.

Suivant !

Oh yes, yes, et re yes ! Là j’vais être bon. Une première demande de contraception. J’te l’dis là j’vais être bon. T’as bien fait d’venir gamine, ça va bien se passer. A peu de chose près, ça n’aurait pas été le cas mais là, t’as frappé à la bonne porte, au bon moment. Avant, t’aurais pas eu intérêt à passer entre mes griffes acérées pour ce motif, mais heureusement, y en a un qu’a rattrapé le coup, je vais te raconter ça. Sans lui, je ferais déjà, encore, toujours, passionnément, à la folie, partie de la célèbre dream team wincklérienne des médecins maltraitants. La raison à cela ? C’est quand j’étais petit, en 4ème année de médecine. C’est à ce stade que j’ai eu à valider mon module de gynéco. Alors un jour un vieux PUPH de gynéco nous a fait le cours sur la contraception. A la fac, on nous disait souvent qu’une grande partie de ce qu’on apprenait serait dépassée à la fin de nos études. Mais on nous disait jamais qu’une aussi grande majorité l’était déjà… Donc mon cours de gynéco, j’l’avais bien bossé car le vieux PUPH nous avait avertis que le sujet pourrait bien tomber à l’exam de fin d’année. Et il est tombé. Mais fastoche, j’l’avais bien bossé, même si je flippais un peu parce que le moindre oubli des étapes de sa prose au vieux PUPH était synonyme de rattrapage en septembre. Tu me diras, au moins comme ça, on la sait sur le bout des doigts la contraception, ah ah ah, sur le bout des doigts… Sauf que quand c’est des conneries cette prose, c’est con de l’apprendre deux fois hein ! Bref, pour résumer, la contraception dans mon cours de gynéco, c’est un interrogatoire digne des plus hauts gradés de la Gestapo + l’examen habituel : poids, TA, etc… + la palpation mammaire + le frottis frotta + le toucher vaginal en allant bien profond dans le cul de sac de Douglas sait-on jamais des fois qu'y ait un truc incroyable qui s'y cache + le toucher rectal (sur le bout des doigts j’te dis la contraception) = après tout ça, c’est bon, tu peux lui filer la pilule. Voilà, oh yeah baby, emballé c’est pesé. Cours du Professeur Belovaire mémorisé, examen de fin d’année validé, passage en 5ème puis 6ème année, puis l’internat etc… En toute fin d’internat, v’là t’y pas que je suis en autonomie dans un cabinet de médecine générale, presqu’un vrai docteur s’il vous plaît. Et là, je suis seul avec elle. Elle, c’est un peu comme un oisillon tout juste tombé de son nid, fragile, encore un peu ado, pas vraiment adulte, mais qui aimerait voler de ses propres ailes, elle. Elle vient pour une demande de contraception. Cinq ans après, les étapes de mon cours de gynéco défilent dans mon cerveau. Aïe, je crois qu’en fait, ça va pas trop le faire là hein. J’l’avais eu les doigts dans le nez mon module de gynéco, mais je me vois pas trop lui mettre mon doigt dans le c.. là tout de suite à elle. Et pis j’y étais passé en tant qu’interne dans le service de gynéco d’un grand CHU où tu sors hyper compétent vu que c’est là que tout se passe, que tout s’apprend… Malgré tout, je me suis plutôt senti mal à l’aise devant la demande de cet oisillon tout mignon. Non mais ça va pas la tête, je vais pas lui infliger ça la pauvre !!! Elle est repartie sans que je lui fasse rien, sans contraception mais avec un rendez-vous pour le lendemain avec le vrai docteur du cabinet. Et hop, je me suis défilé comme un grand. Ensuite, le vrai docteur du cabinet, un généraliste enseignant, a rattrapé le coup : «mais y a pas que la pilule» ah bon ! «mais t’as pas besoin de faire tout ça» ah bon ! «il faut expliquer» ah bon ! Mais à la fac, le professeur Belovaire, il a dit que... «tu penses vraiment qu’il s’y connaît mieux que nous Belovaire ?» Ben il est Professeur de gynéco quand même !
Voilà comment un généraliste enseignant a rattrapé le coup d’un vieux PUPH de gynéco. Pas facile à digérer et à comprendre hein qu’un petit généraliste de merde sache mieux que le référent régional de gynéco. Et dans d’autres domaines, ça peut être pareil. Dommage qu’ils n’interviennent pas plus tôt dans l’enseignement de la médecine ces petits généralistes de merde hein ! On éviterait quelques conneries.

Bon donc là maintenant tout de suite, je suis chaud, c’est bon, je me suis désintoxiqué de mon cours de gynéco de 4ème année, j’ai revu un peu la question, j’ai même lu d’autres horizons, les horizons wincklériennes un peu zaffranées, les horizons boréennes, etc… Alors là ma gamine, on peut y aller sur la contraception, je vais te donner une info libre loyale et éclairée et tu choisiras en fonction, je ne choisirai pas à ta place. Yes yes et re yes. J’suis content là parce que j’ai l’impression que je vais être utile et presque compétent, tout du moins pas trop maltraitant.

-Alors jeune fille, ça vous convient ?

-Non mais vous fatiguez pas Docteur avec vos explications, je viens juste pour avoir une lettre pour aller chez le vrai spécialiste de la question, je veux juste que vous m’adressiez à Gygy c’est tout.

-Mais y a pas besoin de lettre, et moi je peux…

-Ah ben désolée pour le dérangement Docteur. Je pensais qu’il fallait une lettre. Au revoir.

Voilà, tout ça pour ça, quelle connerie !

A propos de conneries, le ménage est régulièrement fait dans toutes les conneries qu’on peut prescrire. Chaque génération a son scandale, le Distilbène, le Médiator, mais ça c’est ce qui fait causer, les stars, car y a aussi des trucs moins connus. D’abord les trucs déremboursés, non pas qu’ils soient (trop) dangereux mais parce qu’ils ne servent à rien alors qu’ils ont été prescrits pendant des années. C’est plutôt bien ça moi je trouve, sauf que c’est pas toujours sans effet secondaire encore cette histoire. Ben oui, comme on fait croire et on a appris que quasiment tout se règle par la prescription d’un médoc, alors quand certains médocs passent à la trappe du remboursement, d’autres prennent leur place et à défaut d’être utiles, ils sont plus dangereux. T’es pas obligé de me croire mais quand tu vois une nana d’une vingtaine d’année qui souffrirait d’hypotension sans que ce soit vraiment avéré mais qui prend tout de même pour ça de l’Hept-a-myl, et qui du jour au lendemain, faute de remboursement, passe sous Seglor, un antimigraineux de fond, c’est un peu con moi je trouve. Comme tous ces mucolytiques que les enfants ont avalé lorsqu’ils toussotaient, maintenant quand ils toussotent un tout petit peu trop longtemps au goût des mamans, cocktail corticoïdes inhalés ou à manger avec un petit antibio, et hop là ! La place des mucolytiques est prise. La nature a horreur du vide qu'il paraît.

Pourtant, on fait le ménage dans les médocs dangereux. Le petit choux qui vient d’arriver sans aucun mode d'emploi et qui inquiète maman tellement il régurgite. Ben oui, il régurgite en si grande quantité, c’est énOOrme ! Y en a partout sur le bavOUUU ! Lui le petit choux, il a l’air plutôt en forme, a un très bon appétit, il prend bien du poids, mais maman est inquiète parce qu’il régurgite partout et tout le temps, c’est énOOOOrme ! Y en a partout sur le bavouyOUUUU ! Mais le pyjama ça va, pas une seule trace. Ben faudrait juste prendre le temps de la rassurer et de lui expliquer à cette maman. Mais un coup de Prépulsid, ça va plus vite.

Arrête t’es ouf ou quoi ! C’est dangereux le Prépulsid, on peut plus le préscrire celui-là !

Bon ben le Primpéran alors.

Non plus t’es ouf, on peut plus.

Bon ben le petit cousin, le Motilium c’est bon ça le Motilium. En plus la maman en prend déjà pour stimuler sa production de lait…

Arrête tu m’énerves là, tu me provoques. Il a chaud aux fesses celui-là aussi tu sais !

Bon les labos, vous pouvez nous sortir un cousin au Motilium parce que les petits choux, y vont continuer de régurgiter et nous, faut qu’on ait un truc à prescrire sinon on va faire quoi ? Ben juste discuter et rassurer. Disquoi ? Rasquoi ? Non mais j'suis toubib moi, j'suis pas psychologue, j'suis pas là pour bavarder moi. Donc grouillez-vous les labos pour trouver un truc pour me remplacer ça, que j'aie quelque chose à prescrire aux petits choux qui régurgitent, pis qu'ont la colique, pis après, y aura la 1ère rhinopharyngite suivie de la bronchiolite. Vous voyez, y a pas à discuter, si vous avez des stocks de médocs, j'vais vous les écouler moi. De toute façon, y a rien à craindre, puisque les autorités font le ménage si les médocs sont trop dangereux. Le ménage ? Moi quand je fais le ménage, ça déménage, la place est nette, vide. Mais la nature a horreur du vide, on vient de le dire. Regarde comme on fait du ménage, du vide dans le Vidal avec ses cinquante douze mille antihypertenseurs. La partie «médicaments» (les pages blanches du Vidal), c’était 2304 pages en 2005, 2595 pages en 2011, 2651 en 2012 et va regarder toi-même en 2013, j’vais pas tout faire non plus. Ah c’est du bon ménage ça hein ! Non mais en fait, c’est parce que comme la moyenne d’âge des médecins augmente, alors c’est écrit plus gros dans le Vidal pour les vieux médecins. C’est pour ça qu’il y a plus de pages. MAIS OUI, PRENDS-MOI TOI AUSSI POUR UN CON J’AI L’HABITUDE !!!

Suivant !

-Bonjour Docteur, c'est reremoi, on s'est vus ce matin, vous vous rappelez j'espère. Vous ne vouliez pas me marquer le même remède que votre confrère d'à côté qu'est ouvert tout le temps, LUI, même le dimanche. Ben c'est allé plus vite que je le pensais et c'est déjà r'tombé dans les bronches, des 2 côtés, comme la dernière fois, une double bronchite Docteur. Faut écouter les patients Docteur, vous êtes jeune pour le comprendre, mais écoutez les patients. Vous n'avez pas voulu m'écouter tout à l'heure alors voilà, me revoilà. Vous auriez gagné du temps à me mettre tout de suite le bon r'mède de votre confrère. Et pendant que vous y êtes, j'irais bien voir le spécialiste des poumons, parce que deux doubles bronchites, ça fait quand même quatre bronchites. C'est pas normal ça.

Là ça clignote dans ma tête : prescris/prescris pas, prescris/prescris pas, prescris/prescris pas/… Ouais la prescription, c'est comme le permis de conduire, une fois que tu l'as le permis, tu chopes vite des automatismes, et tant que tes conneries ne sont pas remarquées, tout va bien, tout roule, alors tu continues ton petit bonhomme de chemin sur un long fleuve tranquille sans trop regarder dans le rétro. Mais là le clignotant, il me perturbe la carte grise, euh non, la matière grise. Le confrère d'à côté qu'est ouvert tout le temps LUI, même le dimanche, il a pas les mêmes automatismes que moi. Je lui prescris pas à Mr Me Revoilà, il va aller les chercher à côté ses médocs et je vais encore passer pour un con. Je lui prescris, c'est fait, bon débarras, mais demain soir j’ai «groupe de pairs» et je suis sûr que ça va tomber sur lui mon cas à présenter. Et je vais aussi passer pour un con. Et pis merde ! J’vais pas y aller au groupe de pairs. Me former le soir sur mon temps perso pour pas un rond et passer pour un con, merci ! Tiens, le voilà ton r’mède de ch’val !

-Au fait Docteur, votre Contramal, je l’ai pris au pharmacien mais je l’ai rangé dans ma table de nuit à côté de toutes mes autres petites boîtes de gélules pour quand j’aurai vraiment mal. J’ai lu la notice, c’est plein d’effets indésirables ce machin, et en sortant de chez vous, mon dos allait mieux. Mais quand ça ira mal, je l’aurai sans avoir besoin de vous déranger. J’ai tout un arsenal dans mon tiroir, un vrai trésor de guerre, j’pourrais ouvrir une pharmacie.

Voilà, j’me suis fait avoir comme un bleu, j’savais bien qu’il fallait pas lui prescrire. Mais trop tard, c’est fait. Son trésor de guerre dans son tiroir, c’est plutôt une bombe à retardement, un cocktail Molotov ! Un jour il va nous faire un mélange qui va l’envoyer direct à l’hosto, je le sens bien le coup venir.

-Bon, mon brave Docteur, je ne vous retiens pas plus longtemps, y a une jeune demoiselle dans la salle d’attente qui veut vous voir.
 
*
-Rebonjour Docteur. Je suis venue tout à l’heure, vous vous souvenez ? En fait, j’ai appelé le gynéco mais il n’a pas de place avant 6 mois. C’est long 6 mois vous savez. Alors j’ai quand même pris un rendez-vous mais en attendant, il m’a conseillé de venir vous voir pour que vous me prescriviez la pilule. Il m’a dit que ça ne posait pas de souci car il vous connaît, vous étiez dans la même promo à la fac, vous avez assisté aux mêmes cours de gynéco que lui donc tout va bien. Et au pire s’il y avait un problème, il me verra dans 6 mois.

-Ah oui en effet tout va bien…

Conclusion :

Ne t’inquiète pas, toutes ces prescriptions sont anciennes, c’est quand j’étais jeune, maintenant, je sais tout…, et il y a prescription.

Prescrire, proscrire, une seule lettre pour changer complètement la signification d’un mot. L’erreur est au bout de la plume ?

Pour plus de sérieux, je t’invite à lire ça au sujet des surpréscriptions sur le site du Formindep, ça vaut vraiment le jus.

Et la prochaine fois, je serai plus concis c’est promis.

Allez, viens Gavroche, on se casse d’ici : «Je suis tombé par terre, c’est la faute à Voltaire

Le nez dans le ruisseau, c’est la faute à Rousseau»


 


 



vendredi 27 septembre 2013

Médecine générale-médecine libérale ?



Le 23 septembre 2013, la ministre des affaires sociales et de la santé Marisol Touraine a présenté sa Stratégie Nationale de Santé (SNS) résumée par les médias et commentateurs en tout genre à la généralisation du tiers-payant d’ici 2017. Il est bien dommage de caricaturer les 30 pages de cette feuille de route à ces quelques lignes et de s’engouffrer dans des batailles futiles sur ce seul thème. Le texte est pourtant très clair, il s’agit d’une « possibilité ouverte aux médecins généralistes et spécialistes d’accorder une dispense d’avance de frais (tiers-payant) à leurs patients ». Donc, jusqu’à preuve du contraire, rien d’obligatoire. Bref, une fois de plus, on parle en creux, on interprète, on exagère, chacun y va de sa petite musique sans aller lire la source et ça, c'est vraiment casse bonbons car c'est une perte de salive, de temps, et d'énergie pour rien. Certains syndicats "représentatifs" de je ne sais pas trop qui ni quoi vont même jusqu'à brandir la menace d'une grève  (je comprends pourquoi je ne suis pas syndiqué). Ce qu’on peut objectivement penser, c’est que ça ne va pas révolutionner notre système de santé, qu’il n’est pas démontré que cela entraîne une surconsommation médicale, et que ça va peut-être permettre à certaines personnes en difficulté non bénéficiaires de la CMU d’accéder plus facilement aux soins, donc pour ce dernier point, ça me paraît plutôt positif. Bref, pour juger cette feuille de route, autant aller à la source, c’est facile, c’est ici.

Personnellement, je trouve que ce texte balaie de nombreux sujets, et qu’il fixe des priorités claires et judicieuses, donc que ça va plutôt dans le bon sens. Après, ne soyons pas dupes, il ne s’agit que d’un texte, que d’annonces, qui devraient se traduire par une loi, puis une application, et c’est souvent durant ces étapes-là que l’optimisme dégringole dans les chaussettes. On verra bien.

La lecture de ce texte m’a donné l’envie de faire un billet intitulé « Médecine générale-médecine libérale ? ». Je pense ne pas me faire que des amis avec cet écrit mais l’intérêt d’un blog est d’exposer ses points de vue. Et comme apparemment, ce qui marque les esprits et fait causer les gens, ce sont les caricatures, les raccourcis à la noix, et les résumés à deux balles, alors ne sois pas étonné d’en trouver un florilège dans ce qui va suivre avec une dose  homéopathique de second degré et d’ironie.

Commençons par simplifier les choses en disant qu’il y a deux principaux types d’exercice de la médecine en France, ou plutôt deux statuts : la médecine libérale, et la médecine hospitalière. (Je sais, c’est pas tout mais c’est plus simple comme ça).

Lorsque tu vas consulter ton médecin généraliste, c’est presque toujours un médecin libéral, majoritairement en secteur 1. C’est-à-dire que tu lui règles une consultation dont le tarif est fixé et ce montant te sera remboursé en partie par ton organisme de couverture sociale, bien souvent Madame Sécu. Tu n’es donc que l’intermédiaire de cette petite transaction, et Madame Touraine souhaiterait simplifier cette transaction. Elle t’éviterait ainsi d’être cet intermédiaire. C’est tout. Pas de quoi en faire tout un fromage hein ? Bon, c’est vrai que c’est un peu plus compliqué que ça parce qu’il n’y a pas que Madame Sécu et qu’il reste l’histoire du ticket modérateur, de la franchise, mais pour tout ça y a des ordinateurs, soyons modernes, innovons, tant que ça ne retombe pas sur le dos du médecin... Bref, revenons à ton médecin généraliste libéral de secteur 1. Il s’occupe de toi, du mieux qu’il peut, doit rendre de plus en plus de comptes à son principal patron M’dame Sécu (en fait, le vrai big boss c'est Frédéric Van Roeckeghem, le dirlo de la Caisse Nationale d'Assurance Maladie), qui lui fixe le prix de sa consultation, qui contrôle un peu ses prescriptions, son nombre d’actes, etc… Ton médecin généraliste libéral en secteur 1, on peut un peu dire qu’il exerce une mission de service public et qu’il doit assurer sur la base du « volontariat » la permanence des soins. Ne t’inquiète pas, ça c’est juste volontaire, et s’il ne le fait pas de façon volontaire, t’inquiète vraiment pas parce qu’il se fait réquisitionner et ainsi, devient volontaire pour assurer la permanence des soins. Je ne sais pas pourquoi, mais là je ne serais pas étonné que tu commences à comprendre l’illustration de mon billet… On commence à rigoler un peu hein ! "Médecine générale-médecine libérale" qu'ils disent...

Ton médecin généraliste libéral en secteur 1 dont le tarif de la consultation est fixé par M’dame Sécu, réquisitionnable s’il n’est pas volontaire pour assurer la permanence des soins, a, comme toute profession libérale digne de ce nom tout plein de charges à régler, ce qui fait que sur ce tarif exOOOrbitant de 23 Euros la consultation, y en a une bonne part qui part. Alors pour qu’il en reste dans la popoche, ben, faut faire des actes. Pas beaucoup d’actes, pas beaucoup d’sous, beaucoup d’actes, un peu plus de sous. C'est fastoche. Pour aller encore plus loin en caricaturant histoire de polémiquer un peu, pour pouvoir prétendre aller commander une belle BMW, un médecin généraliste libéral en secteur 1 a plutôt intérêt à enchaîner les consultations de malades pas trop malades, voire pas du tout. Ben oui, les pas du tout malades ou juste un petit peu, ça va plus vite, donc ça fait un peu plus de sous. Celui qui passe du temps avec de vrais malades vraiment malades qui prennent du temps, ou qui prend du temps à rassurer celui qu'a peur de le devenir ou croyait l'être, ou encore à expliquer et donner des conseils pour éviter de le devenir ou l'être un peu moins, celui qui fait son job en fait, ben y peut aller se brosser un peu. Tu vas me dire qu’on peut très bien être heureux dans la vie sans rouler en BM, encore heureux mon neveu, je suis complètement d’accord. Mais tout ça, c’est juste pour me permettre d’amener les questions : la médecine générale est-elle vraiment libérale ? Et est-ce judicieux qu’elle le soit, qu’elle le reste ?

Petit à petit, de nouveaux modes de rémunération arrivent pour le médecin généraliste libéral, que l’on appelle une rémunération au forfait. Le médecin généraliste devient une sorte d’hybride, assis le cul entre deux chaises, avec les inconvénients du médecin libéral, sans les avantages du médecin salarié. C’est assez drôle parce que pendant ce temps-là du côté des médecins hospitaliers, on a vu arriver la tarification à l’activité. En gros, le médecin à l’hôpital reçoit un salaire, mais pour faire rentrer des sousous à l’hôpital qu’en n’a plus beaucoup, on a décidé de mettre un peu la méthode de la médecine libérale à l’hôpital. Donc le travail en équipe ou en réseau pour le médecin hospitalier, c’est pas trop rentable pour l’hôpital, c’est mieux qu’il fasse des actes, beaucoup d'actes. Je suis sûr que tu comprends de mieux en mieux mon illustration. Et pire, on pourrait imaginer que finalement, pour faire plus d’actes, les malades qui se rendent à l’hôpital, ça serait plus simple qu’ils ne soient pas trop malades en fait non ?

Bon, revenons à notre médecin généraliste libéral secteur 1. Imaginons qu’il t’adresse chez un confrère spécialiste. Là tu as le choix entre un spécialiste libéral, ou hospitalier. Le spécialiste libéral est souvent en secteur 2, ça veut dire qu’il peut te demander le prix de la consultation fixée par la sécu plus un dépassement. Donc lui, il est un peu plus libéral que le généraliste ou que son confrère spécialiste secteur 1. Mais pas trop quand même surtout depuis que Madame Touraine (oui déjà ou encore elle, tu vois qu'en fait un ministre ça bosse, après on est d'accord ou pas mais y en a qui bossent) a décidé d’encadrer les dépassements d’honoraires, ça s’appelle l’avenant n° 8 à la convention médicale ce truc. Si en revanche tu vas voir un spécialiste hospitalier, tu ne débourses rien. Voilà, on pourrait s’arrêter là.

Mais en fait non, parce que le médecin hospitalier qui reçoit une paye fixe et qui doit faire beaucoup d’actes pour le bien de la trésorerie de l’hôpital, ben, en fait, il peut avoir une activité libérale et même te demander un dépassement. Aïe, aïe, aïe, ça se complique. Non, tu vas voir c’est simple comme bonjour. Si tu veux aller voir le Professeur Trucmuche au CHU, le meilleur des docteurs, puisqu’il est professeur et qu’il apprend aux petits docteurs, même à ceux qui seront généralistes libéraux en secteur 1 alors que lui-même n’a jamais fait de médecine générale… donc lui si tu veux le voir, pas de soucis, il te recevra dans 6 mois. Ah, ça t’arrange pas trop et ça t’inquiète de le voir dans si longtemps ? Pas de soucis, il peut te recevoir dans 6 jours, en consultation privée, dont le tarif est  de….. puis au cas où il faille te faire une intervention, pareil, ça peut aller assez vite, avec un petit dépassement de ……. Bon, OK, la santé n’a pas de prix et puis de toute façon, grâce à Marisol et son avenant number eight, c’est encadré tout ça. Ben en fait non, perdu, l’encadrement pour le moment ne concerne que les médecins libéraux secteur 2, pas les médecins hospitaliers grands PUPH non libéraux salariés qui ont une activité libérale à l’hôpital. Pas facile tout ça hein ? Tu le vois de mieux en mieux le serpent qui se mord la queue ? Tu comprends ce que ça veut dire : nous faire avaler des couleuvres ?

C’est un peu le bordel tout ça. Tu t'y retrouves dans le parcours de soin, ça va ? Tant que tu as ton chéquier tout va bien, tu ne peux pas te perdre. Finalement, cette petite balade dans cette jungle permet de se rendre compte que ton médecin généraliste n'est pas tant libéral que ça même s'il reste persuadé de l'être. Il est en tout cas moins libéral que son confrère spécialiste en secteur 2 et même moins que certains médecins hospitaliers. C'est drôle non ? (Je sais, certains commencent à rire jaune là, mais c'est pas ma faute).

Donc le 23 septembre, la ministre nous a éclairés en fixant le cap pour les 10 ans à venir au sujet de notre système de santé. Concernant la médecine générale, la feuille de route de la ministre est franchement intéressante. Elle place le médecin généraliste comme « pivot de la politique de prévention ». Si j’ai bien compris, il sera toujours rémunéré à l’acte pour ce qui concernera le curatif, et d’une autre façon pour son activité de prévention et de coordination. Sauf que je ne vois pas trop comment il est possible de découper les choses ainsi. Elle écrit elle-même qu’il est indispensable de ne pas cloisonner curatif et préventif. L’axe 1 de sa feuille de route est intitulé : « Prioriser la prévention sur le curatif et agir sur les déterminants de santé », avec plus loin dans sa prose cette phrase « notre système de santé doit donner toute sa place à la prévention et à la promotion de la santé, outil négligé depuis des décennies, levier majeur de réduction de la mortalité et de la morbidité évitables…. ». Je suis plutôt d'accord. Bon, faut pas trop se la raconter, le médecin généraliste n’est qu’un acteur parmi d’autres dans cette histoire, et tous les autres acteurs ne sont pas que des médecins et heureusement. La santé, et la prévention, c’est loin d’être l’unique résultante du boulot des toubibs, avouons-le. Mais si le médecin généraliste de demain doit devenir un de ces acteurs et avoir ce rôle majeur que semble vouloir lui confier la ministre, j’avoue ne pas être convaincu que son statut d’hybride mi-libéral mi je sais pas trop quoi, bref, je ne suis pas certain que le laisser assis le cul entre deux chaises soit une bonne solution. Tu vois sûrement où je veux en venir. Oui, au risque de m’attirer les foudres des grands défenseurs de la médecine libérale, je crois que quitte à vouloir aller dans ce sens, ben allons-y franchement, parlons de salariat pur et simple de la médecine générale. On dirait que c’est un sujet tabou, pourquoi ne pas lancer concrètement et sereinement ce débat ? A quelques exceptions près, le médecin généraliste à l’heure actuelle est le seul spécialiste contrairement à ses confrères à ne pouvoir exercer son métier qu’en milieu libéral. Il n’est jamais bon d’imposer, mais pourquoi ne pas au moins lui laisser le choix entre l’exercice libéral et un statut salarié proche ou équivalent à celui des praticiens hospitaliers ? Il me semble que ce serait une des solutions pour pouvoir appliquer le texte de Madame Touraine, s’il est appliqué un jour. Et j’ai un peu le sentiment que le salariat est le souhait des jeunes générations. Mais je ne voudrais surtout pas m’exprimer à leur place, moi le plus tout à fait très jeune sans être vieux pour autant. Franchement, disons les choses, médecin généraliste est un beau métier et le problème actuel de son attractivité réside plus dans son statut libéral quasi exclusif. Ce n'est pas la médecine générale qui est un frein, c'est la médecine libérale. L'attrait des jeunes médecins pour l'exercice salarié n'est d'ailleurs pas spécifique à la médecine générale, les jeunes spécialistes choisissent majoritairement ce type d'exercice (Sources Conseil National de l'Ordre des Médecins page 19 du document en lien).

Bon, avant de s'étouffer, respirons calmement. Il est toujours bon de prendre un peu de recul et d’aller puiser dans l’histoire des éléments pour le futur. Ce lien vers une analyse historique et économique de la médecine libérale de la révolution à nos jours prouve que la question ne date pas d’aujourd’hui et que la réponse n'est donc probablement pas si simple. Mais au moins, débattons nom d'une pipe !

Enfin avant de conclure, je vais tout de même faire une critique sur le texte de Madame Touraine dans lequel on parle donc beaucoup de prévention. Voici quelques phrases glanées au milieu de ces 30 pages :

« investir le champ de la promotion de la santé et de la prévention et développer une action volontariste dans l’éducation à la santé dès l’école. »

« prioriser la prévention sur le curatif »

« l’école est un lieu décisif de réduction des inégalités sociales de santé »

« dépistage, vaccination, éducation pour la santé, ….., sont les principaux outils d’une promotion de la santé intégrée. »

Ces mots et ces phrases me font penser à une médecine qui existe déjà mais qui n’apparaît nul part (ou brièvement sous-entendue) dans la Stratégie Nationale de Santé. C’est une médecine pratiquée majoritairement par des médecins généralistes, travaillant en équipe pluridisciplinaire, axée sur la prévention, les vaccinations et le dépistage, en consultations ou en écoles et qui souffre des mêmes maux que la médecine générale : manque d’attractivité, zones sous dotées, méconnaissance voir absence totale de reconnaissance, et d’enseignement etc… Malgré une loi relativement récente réaffirmant son intérêt et ses missions de prévention (loi du 5 mars 2007 sur la protection de l’enfance renforçant le texte du Code de la Santé Publique), la PMI (Protection Maternelle et Infantile) n’apparaît pas dans la feuille de route de la ministre de la santé. A sa décharge, la PMI est une mission attribuée aux Conseils Généraux, dont au passage la trésorerie n’est pas folichonne… Elle ne dépend donc pas du ministère de la santé. Ouais je sais, ça se complique de nouveau, la PMI est composée de soignants (infirmières puéricultrices, sages-femmes, pédiatres, gynécologues, médecins généralistes, etc…) qui font du dépistage, des vaccinations et de la prévention, des suivis de femmes enceintes et d’enfants jusqu’à 6 ans mais tout ça, ben c’est pas une compétence du ministère de la santé. Donc chaque Conseil Général fait ce qu’il peut avec les moyens qu’il a pour honorer approximativement la loi. Bon, y a tout de même un ministère qui s’occupe plus ou moins de ça, déstresse…. Ouais, un Conseil Général est une collectivité territoriale. Les collectivités territoriales dépendent d’un ministère que tout le monde connaît bien surtout en ce moment : le ministère de l’Intérieur… Donc voilà en gros comment ça marche, Madame Touraine parle de prioriser la prévention sans parler de ce qui existe déjà : la PMI, qui de façon très caricaturale et en faisant un grossier raccourci je le reconnais dépend plus ou moins de Monsieur Valls plutôt occupé à courir derrière les gangs de Marseille, à renvoyer les Roms à la frontière, et à mimer mieux que personne un ancien Président pour tenter de le devenir à son tour. On est donc assez loin de la prévention.

Bref, c’est dommage de parler de prévention et d’école sans vraiment évoquer la PMI ni la médecine scolaire. La médecine scolaire, encore un truc qui dépend d'un autre ministère. Décloisonnons, oui décloisonnons, y a de quoi faire. Parce que le temps qu'ils trouvent un moment pour se réunir et travailler tout ça ensemble tous ces ministres, on a le temps de changer trois fois de Président. Et plutôt que d'inventer de nouvelles choses, préservons, valorisons et modernisons l'existant. Mais là n’était pas le sujet de mon billet, puisque je n’aurais dû parler que de médecine générale-médecine libérale. Donc, quitte à mettre les pieds dans le plat, mettons-les en plein dedans. C’est toujours mieux que d’être assis le cul entre deux chaises !

Pour résumer, pourquoi ne pas créer un statut de praticien ambulatoire pour les médecins généralistes qui le désireraient, calqué sur la grille des praticiens hospitaliers ?  Je l'avais déjà brièvement évoqué ici. Tous les médecins, même les spécialistes de médecine générale auraient ainsi le choix de leur statut. Des passerelles entre les différentes fonctions publiques (hospitalière, territoriale, éducation nationale, etc...) et même entre exercice libéral et salarié permettraient de faciliter les changements de parcours et de varier les types d'exercice. Ne serait-ce pas un moyen de donner un second souffle à une médecine générale faussement libérale qui se meurt ? On passerait peut-être d'une médecine générale libérale à une médecine générale libérée.

(ajouté le 28/09/13) Suite à quelques commentaires pointant les difficultés financières des Centres de Santé dans lesquels les médecins généralistes exercent sous le statut salarié, je tiens à préciser qu'il n'est nullement ici question de généraliser les Centres de Santé ou "dispensaires", ni de s'opposer à la médecine libérale. Il ne s'agit que de rétablir l'équilibre entre médecins spécialistes qui ont le choix d'exercer en libéral ou en centre hospitalier contrairement aux généralistes qui n'ont quasiment que la possibilité de l'exercice libéral. Puisque les spécialistes ont leur lieu d'excellence, une belle fonction publique hospitalière avec des CHU alliant médecine, recherche et enseignement, alors pourquoi ne pas imaginer une belle et ambitieuse fonction publique ambulatoire de soins primaires ?

Si tu as réussi à me suivre jusqu'ici, je te remercie par avance de ne pas m'insulter. Et si tu as pris le temps de lire la Stratégie Nationale de Santé de Madame Touraine et souhaite en débattre, alors voilà où je t'invite à le faire : #PrivésDeMG.


lundi 23 septembre 2013

#PrivésDeMG : Moi médecin généraliste ?

 
Moi médecin généraliste, j'en ai un peu marre des entourloupettes, réformettes et petites courbettes.
Moi médecin généraliste, je pense sincèrement que le temps du changement, c'est vraiment maintenant.
Moi médecine généraliste, je sais que notre société a cette fâcheuse manie de vouloir tout certifier, alors d'accord, certifions :
  
"Je soussigné, moi médecin généraliste, certifie que les soins  primaires sous TOUTES leurs formes ne présentent à ce jour aucune contre-indication à pouvoir bénéficier d'une réforme ambitieuse.
 
Certificat remis en mains propres pour faire valoir ce que de droit."
 
Donc
 
Moi médecin généraliste, je milite pour une noble et vraie filière universitaire pour mes futurs jeunes confrères.
Moi médecin généraliste, je ne nie pas qu'ici ou là pointent quelques déserts, que c'est dur de trouver des volontaires.
Mais moi médecin généraliste, ne veux pas être pris pour un dindon, non merci sans façon, alors je dirai toujours non à la coercition !
Moi médecin généraliste, j'aurais besoin de temps pour mes missions, sans pour autant que l'on m'entraîne à la soumission.
Moi médecin généraliste, j'aimerais qu'on parle aussi de ceux qui dévissent avant l'heure, lessivés vidés de toute humeur,
Oui, moi médecin généraliste, j'avoue que ça me fait peur, ce burn out puis la fin "volontaire" due au labeur.
Moi médecin généraliste, comme tous les autres spécialistes, j'aimerais avoir le choix de mon type d'exercice.
Moi médecin généraliste, j'ai besoin de pouvoir mieux travailler avec tous les acteurs de la chaîne de soin, car sans eux je ne suis rien.
Moi médecin généraliste, je ne quémande point d'argent avec ces quelques mots, mais une refonte ne coûterait pas si cher et pourrait rapporter gros.
Moi tout petit médecin généraliste sans légitimité et fier de l'être, un médecin "normal", je ne lance pas le SOS d'un médecin en détresse, car je conserve beaucoup d'espoir.

 
Alors laissez-moi espérer, faites-moi rêver !
 

Le fond de cet écrit est bien maladroit j'en conviens, mais pour plus d'idées et de précisions, je vous invite à lire le message commun des 86 participants soignants de #PrivésDeMG (1), suivi des nombreux commentaires de soutien recueillis suite aux propositions de #PrivésDeDéserts (2), souvenez-vous l'année dernière...

Quant à cette forme qui ne sera pas sans rappeler quelques souvenirs à certains, oui je l'avoue, je l'ai piquée à quelqu'un que vous connaissez bien, puisqu'il détient quelques unes des clés de notre destin. Comme d'autres, il fut bien discret sur le sujet pendant sa campagne, comme si tout avait déjà été dit, comme si rien ne devait être fait, pour l'avenir de la médecine générale et les soins primaires de façon plus globale.
 
Très respectueusement.

 
 


(1) Notre message commun avec des propositions claires, nettes, et précises :


Médecine générale :

dernier arrêt avant le désert


Comment sauver la médecine générale en France et assurer des soins primaires de qualité répartis sur tout le territoire ?
Marisol Touraine présente ce lundi sa Stratégie nationale de santé. Cet évènement constitue l'occasion de nous rappeler à son bon souvenir, rappel motivé par l'extraordinaire enthousiasme qui avait accompagné nos propositions (voir plus bas les 600 commentaires) dont aucune n'a été reprise par la Ministre.

Nos idées sont concrètes et réalistes pour assurer l'avenir de la médecine générale et au-delà, des soins primaires de demain.

Notre objectif est de concilier des soins de qualité, l’éthique de notre profession, et les impératifs budgétaires actuels.

Voici une synthèse de ces propositions.

Sortir du modèle centré sur l’Hôpital

Depuis des décennies, l’exercice de la médecine ambulatoire est marginalisé, privé d’enseignants, coupé des étudiants en médecine. La médecine hospitalière et salariée est devenue une norme pour les étudiants en médecine, conduisant les nouvelles promotions de diplômés à délaisser de plus en plus un exercice ambulatoire qu’ils n’ont jamais (ou si peu) rencontré pendant leurs études.

Cette anomalie explique en grande partie les difficultés actuelles. Si l’hôpital reste le lieu privilégié d’excellence, de recherche et de formation pour les soins hospitaliers, il ne peut revendiquer le monopole de la formation universitaire. La médecine générale, comme la médecine ambulatoire, doivent disposer d’unités de recherche et de formation universitaires spécifiques, là où nos métiers sont pratiqués, c'est-à-dire en ville et non à l’hôpital.

La formation universitaire actuelle, pratiquée quasi-exclusivement à l’hôpital, fabrique logiquement des hospitaliers. Pour sortir de ce cercle vicieux, il nous semble nécessaire de réformer profondément la formation initiale des étudiants en médecine.

Cette réforme aura un double effet :

Rendre ses lettres de noblesse à la médecine « de ville » et attirer les étudiants vers ce mode d’exercice. Nous ne pouvons reprocher aux étudiants en médecine de ne pas choisir une spécialité qu’ils ne connaissent pas.

-  Apporter des effectifs importants de médecins immédiatement opérationnels dans les zones sous-médicalisées.

Il n’est pas question dans ces propositions de mesures coercitives aussi injustes qu’inapplicables contraignant de jeunes médecins à s’installer dans des secteurs déterminés par une tutelle sanitaire.

Toute mesure visant à obliger les jeunes médecins généralistes à s’installer en zone déficitaire aura un effet repoussoir majeur. Elle ne fera qu’accentuer la désaffection pour la médecine générale, poussant les jeunes générations vers des offres salariées (nombreuses), voire vers un exercice à l’étranger.

Une véritable modernisation de la formation des médecins est nécessaire. Il s’agit d’un rattrapage accéléré d’opportunités manquées depuis 50 ans par méconnaissance de la réalité du terrain. Si la réforme Debré de 1958 a créé les CHU (Centres Hospitaliers et Universitaires), elle a négligé la création de pôles universitaires d’excellence, de recherche et de formation en médecine générale. Ces pôles existent dans d’autres pays, réputés pour la qualité et le coût modéré de leur système de soins.

Idées-forces

Les principales propositions des médecins généralistes blogueurs sont résumées ci-dessous. Elles sont applicables rapidement.

  • Enseignement de la Médecine Générale par des Médecins Généralistes, dès le début des études médicales

  • Construction par les collectivités locales ou les ARS de 1000 maisons de santé pluridisciplinaires qui deviennent aussi des maisons médicales de garde pour la permanence des soins, en étroite collaboration avec les professionnels de santé locaux.

  • Décentralisation universitaire qui rééquilibre la ville par rapport à l’hôpital :

Ces maisons de santé se voient attribuer un statut universitaire. Elles hébergent des externes, des internes et des chefs de clinique (3000 créations de postes). Elles deviennent des MUSt : Maisons Universitaires de Santé qui constituent l’équivalent du CHU pour la médecine de ville.

  • Attractivité de ces MUSt pour les médecins seniors qui acceptent de s’y installer et d’y enseigner :

Statut d’enseignant universitaire avec rémunération spécifique fondée sur une part salariée majoritaire et une part proportionnelle à l’activité.

  • Création d’un nouveau métier de la santé : “Agent de gestion et d’interfaçage de MUSt” (AGI).

Ces agents polyvalents assurent la gestion de la MUSt, les rapports avec les ARS et l’Université, la facturation des actes et les tiers payants. De façon générale, les AGI gèrent toute l’activité administrative liée à la MUSt et à son activité de soin. Ce métier est distinct de celui de la secrétaire médicale de la MUSt. Les nouveaux postes d’AGI pourraient être pourvus grâce au reclassement des visiteurs médicaux qui le souhaiteraient, après l’interdiction de cette activité. Ces personnels trouveraient là un emploi plus utile et plus prestigieux que leur actuelle activité commerciale. Il s’agirait d’une solution humainement responsable. Il ne s'agit en aucun cas de jeter l'opprobre sur les personnes exerçant cette profession.

  • Les « chèques-emploi médecin »

Une solution innovante complémentaire à la création du métier d’AGI pourrait résider dans la création de « chèques-emploi » financés à parts égales par les médecins volontaires et par les caisses.

Il s’agit d’un moyen de paiement simplifié de prestataires de services (AGI, secrétaires, personnel d’entretien). Il libérerait des tâches administratives les médecins isolés qui y passent un temps considérable, sans les contraindre à se transformer en employeur, statut qui repousse beaucoup de jeunes médecins.


Nos propositions et nos visions de l’avenir de la Médecine Générale, postées simultanément par l'ensemble des 86 participants, sur nos blogs et comptes Twitter, le 23 septembre 2013, sont des idées simples, réalistes et réalisables, et n'induisent pas de surcoût excessif pour les budgets sociaux.

L’ensemble des besoins de financement sur 15 ans ne dépasse pas ceux du Plan Cancer ou du Plan Alzheimer ; il nous semble que la démographie médicale est un objectif sanitaire d’une importance tout à fait comparable à celle de la lutte contre ces deux maladies.

Ce ne sont pas des augmentations d’honoraires que nous demandons, mais des réallocations de moyens et de ressources pour rendre son attractivité à l’exercice libéral.

Les participants à l'opération (Noms ou Pseudos Twitter) :

1.     Docteurmilie
2.     Dzb17
3.     Armance64
4.     Matt_Calafiore
5.     Docmam
6.    Bruitdessabots
7.     Ddupagne
8.     Souristine
9.    Yem
10.   Farfadoc
11.   SylvainASK
15.   DrKalee
16.   DrTib
17.   Gélule, MD
18.   DocAste
19.   DocBulle
21.   Dr Stephane
23.   Docteur_V
24.   Dr_Foulard
25.   Kalindéa
26.   DocShadok
27.   Dr_Tiben
29.   PerrucheG
30.   BaptouB
33.   MimiRyudo
35.   DrGuignol
36.   DrLebagage
38.   CaraGK
39.   DocArnica
40.   Jaddo
41.   Acudoc49
42.   AnSo1359
43.   DocEmma
45.   GrangeBlanche
47.   Borée
48.   10Lunes
50.   OpenBlueEyes
51.   nfkb
52.   Totomathon
53.   SophieSF
54.   SuperGélule
55.   BicheMKDE
56.   Knackie
57.   DocCapuche
58.   John Snow
59.   Babeth_Auxi
60.   Jax
61.   Zigmund
63.   DrNeurone
65.   YannSud
66.   Nounoups
68.   Boutonnologue
70.   Une pédiatre
71.   Heidi Nurse
72.   NBLorine
73.   Stockholm
74.   Qffwffq
75.   LullaSF
79. Dr Glop
80. Ninou
84. Doc L
85. DrLaeti
86. LBeu




(2) Les commentaires de soutien de décembre 2012

Comment ne pas être ébranlé par les centaines de commentaires enthousiastes de jeunes médecins, de professionnels de santé ou de patients face à nos propositions ? Pourquoi ne pas aider les jeunes médecins à la fois à réaliser leurs rêves et à se mettre efficacement au service de la santé des Français ?

Les propositions de réforme de la médecine générale des 24 médecins blogueurs ont reçu plus de 1000 signatures de soutien.

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